[Live] Rejjie Snow, Wiki et Lewis OfMan à Stereolux

De grandes espérances… On attendait probablement trop de ce concert de Rejjie Snow qui nous a conquis avec le grandiose « Dear Annie ». Hors de question cependant de rester sur une déception. Stereolux s’est transformé en discothèque ce 9 avril dernier. En guise d’intro, la fraîcheur de Lewis OfMan et la verve de Wiki ont soufflé le chaud et le froid sur le public qui était conquis d’avance.

Rejjie Snow par Fred Lombard 24
Rejjie Snow – crédit : Fred Lombard

Quoi de plus logique que de retrouver en première partie de Rejjie Snow le beatmaker aux manettes sur plusieurs titres de « Dear Annie », fabuleux LP du rappeur irlandais ? Et pourtant… Les bulles pop sorties des claviers par Lewis OfMan semblent tout d’abord très éloignées de l’univers du rap, plus connu pour sa puissance et ses beats lourds. Une fois la surprise passée, on constate rapidement l’efficacité de la recette. On connaît l’épreuve des premières parties : tenter de chauffer l’ambiance malgré le désintérêt de la plus grande partie du public. Ce soir, le jeune Lewis contredit la règle et fait danser tout le monde dès les toutes premières minutes de son set.

Avouons qu’on a rarement entendu musique aussi « fresh » et que l’on sourit autant qu’on se balance. Les mélodies sont délicieusement accrocheuses et la mélancolie, très légèrement dosée, apporte une légèreté salutaire. Très habile derrière ses claviers, Lewis OfMan joue avec brio les morceaux issus de « Yo Bene » (mars 2017) et est rejoint par Milena pour le tout nouveau « Plein de bisous ». Ça annonce l’été et emporte les spectateurs vers des rivages merveilleux sous un ciel d’un bleu profond.

Les quelques titres chantés dévoilent des paroles simples qui n’écorcheront que les oreilles des grincheux en mal de désespoir. Tous les autres savourent ces mots naïfs et tendres servis par des accords synthétiques qui appellent à l’abandon sur le dancefloor. Lewis s’empare du micro, salue et remercie le public qui le lui rend bien. La prestation est brillante et se termine sur « Flash », titre au groove implacable à l’origine de la hype qui entoure depuis quelques mois le jeune et très talentueux garçon.

Changement d’ambiance avec Patrick Morales, alias Wiki, défenseur d’un rap old-school from NYC. Le rappeur, accompagné d’un DJ à la carrure impressionnante, compte bien en démordre et prouver à l’assistance qu’il doit être pris au sérieux. Le flow est rugueux, acerbe et puise son énergie dans un ragga puissant qu’on imagine sortis de puissants soundsystems jamaïcains. Le boucle est bouclée : les toasters rastas ont engendré des MC New-Yorkais et Wiki s’inscrit dans la lignée des grandes gueules en éructant un rap complètement habité. Les basses sont lourdes et le public semble sonné par cette rage subite qui ne baisse pas une seconde en intensité.

« Mayor », « Chinatown Swing », « Pretty Bull » démontrent leur puissance sur scène même si l’on pouvait espérer que les instrus riches et foisonnants de « No Mountains on Manhattan » (août 2017) soient davantage mis en avant. Wiki tire manifestement son épingle du rap game avec sa verve atypique qui pulvériserait immédiatement le moindre rappeur autotuné à sa portée. Les plus gaillards dans le public bondissent. Les autres éberlués attendent, un peu craintifs, la fin de la tempête pour être au plus près de la scène et acclamer Rejjie Snow.

La vedette de la soirée se fait attendre. Le DJ se place et teste la foule dans une mise en scène bien connue à base de « Make some noise !! ». Impatients, filles et garçons ne se font pas prier et dansent au son du funk. Ce n’est qu’au bout de quelques minutes que Rejjie Snow arrive tout sourire et expédie son phrasé élastique. Les titres se succèdent et tout le monde reprend en chœur « Egyptian Luvr ». Le flegme cool caractéristique sur ses albums du rappeur laisse place à une énergie véloce. Le public est enchanté, connaissant les lyrics de bout en bout.

On ne va pas gâcher notre plaisir de danser mais on doit reconnaître qu’on est déçu de voir le traitement donné aux titres de « Dear Annie », assurément l’un des meilleurs albums de rap qui aura été publié en 2018. Maladroitement tronqués par un effet d’écho, on croit tout d’abord à une erreur … qui se répétera malheureusement à la fin de chaque morceau. On n’attendait pas une retranscription fidèle des productions remarquables de « Pink Lemonade », « Rainbows » et consorts mais la fougue l’emporte sur l’inventivité et la surprise. « Crooked Cops », sorti en 2017, apparaît comme le titre à part dans ce set quand surgit enfin une tension palpable. Mais le public a le dernier mot. Milena revient pour « Mon amour » et « Désolé » accompagnée dans les rangs avec enthousiasme. L’heure est à la ferveur et à la fête. Peu importe qu’on ait droit à un medley d’une ribambelle de titres quand on aurait préféré que ceux-ci se développent, gagnent en ampleur et nous surprennent autant qu’à la première écoute, la salle vibre et l’on pense à George Clinton qui avait bien raison : « Free your ass and your mind will follow ! ».

Olivier

Accro à toutes les musiques. Son credo : s’autoriser toutes les contradictions en la matière.

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