[LP] Zola Jesus – Okovi

L’introspection, au fil des années, peut mener à une exposition de sa propre psyché qui, non seulement, libère sa proie de ses craintes et phobies, mais devient également un repère pour ceux qui en souffrent. La carrière de Zola Jesus prend, dans cette démarche, un élan encore plus marqué avec « Okovi », album travaillé et pensé aussi bien dans l’intimité que dans l’ouverture à un auditoire, à ses envies autant qu’à sa vision de l’exemple donné généreusement par l’artiste, elle qui se sera rarement autant mise en avant. Une cure, une thérapie, un testament de la douleur et de la renaissance que l’on n’est pas prêt d’oublier.

Au premier abord, Nika Roza Danilova, alias Zola Jesus, semble vivre dans un monde qui n’appartient qu’à elle ; un univers peuplé de créatures imaginaires, belles ou cauchemardesques, qu’elle personnifie à travers sa musique depuis plus de dix ans. Compositrice toujours avide de sortir de son cocon et de vivre pleinement la gloire qu’elle est en droit de goûter, elle met tout son cœur et toute son âme dans ses odes, celles-ci évoluant au rythme de sa thérapie artistique personnelle. « Okovi », objet sonore noir et blanc tour-à-tour possédé et libre, ôte le voile sombre du visage de l’artiste, sans pour autant l’exorciser de ses démons ; ceux-là mêmes avec lesquels elle cohabite, chaque jour, s’imprégnant de leurs mots murmurés à son esprit pour écrire de sublimes œuvres aussi charmeuses que troublantes.

De retour dans sa région natale du Wisconsin, à la recherche de ses racines autant que des manques que le déménagement prématuré de ses parents a impliqué dans la construction de sa personnalité, Zola Jesus s’est retrouvée encerclée par la mort ; celle, palpable, d’êtres disparus, tout comme celle, plus dangereuse encore, de proches voulant en finir. Pas de sensationnalisme, ici ; simplement, une mise en condition nécessaire pour comprendre « Okovi ». De ce fait, ce qui commence comme un songe intérieur calme et profond (« Doma ») se précipite dans la résurrection des fantômes hantant la créatrice, aussi bien sur le flamboyant et obsessionnel « Exhumed » qu’à travers le refrain dévastateur et marquant de « Siphon » (« Won’t let you bleed out, can’t let you bleed out… »). De victime, la musicienne devient confidente, connaissant les maux afin de mieux soigner ses proches, doucement d’abord (sublimes cordes de l’impuissance traumatisante de « Witness »), puis dans une perte de moyens et de contrôle dont elle ne se cache pas, respiration nécessaire à la bénédiction d’un opus à fleur de peau (« Veka », « NMO »). L’espoir revient pourtant, éphémère mais bien présent, au sein du rythmé et déstabilisant « Remains », extase pure et radicale, exutoire parfait et vital, avant que « Half Life » ne nous transperce et fasse monter les larmes à nos yeux déjà embués.

« Okovi », ces chaînes lourdes à porter et difficiles à défaire, pèsent sur le disque avant de libérer la créature céleste et visionnaire qu’est Zola Jesus. Plus rien, de nos peurs, de nos dépressions, de nos doutes, de nos absences, ne sera jamais comme avant grâce à ce monument cathartique et aux inépuisables pouvoirs de guérison. Un guide dans la tempête, une vie après la mort de l’ambition et de l’envie ; une voix, universelle, pour toutes celles et tous ceux qui aiment autant la vie que le silence.

« Okovi » de Zola Jesus est disponible depuis le 8 septembre 2017 chez Sacred Bones Records.


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