[Interview] Yalta Club

Avec son nouvel album, « Hybris », sorti le 13 janvier dernier, Yalta Club voit grand ; très grand, même. Mélangeant à la perfection influences ethniques rythmées et possédant les corps et les esprits dans une transe mystique et profonde avec des mélodies ciselées et soignées, le groupe n’emprunte pas le chemin de la facilité mais exprime un langage musical totalement original et incomparable, entraînant et jouissif à souhait. Il était donc temps de revenir avec eux sur la genèse de ce disque hybride et passionnant, ainsi que sur leurs ambitions présentes et futures pour faire vivre leur art décidément à part. La parole est donnée à l’un des projets les plus trépidants de ce début d’année pourtant déjà riche, même si « Hybris » sort, sans aucun conteste, du lot de nouveautés qui se profilent à l’horizon 2017.

crédit : Sigried Duberos
  • Bonjour à tous et merci de bien vouloir répondre à quelques questions ! Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore ?

Nous sommes Yalta Club, une famille franco-allemande pop de cinq personnes. On a sorti un EP, « Midas », en 2016, et on s’apprête à sortir notre deuxième album, « Hybris » !

  • Votre nouvel album, « Hybris », justement, est sorti le 13 janvier dernier. Comment vous sentez-vous par rapport à cette nouvelle étape de votre parcours ?

Très excités ! Ça fait deux ans qu’on bosse comme des dingues sur cet album, on avait très hâte de le présenter au public. Et un peu peur aussi. C’est le moment où l’album vit sa vie et échappe à notre contrôle…

  • Les arrangements et ambiances sur ce nouveau disque semblent beaucoup plus travaillés que sur vos œuvres précédentes. Comment avez-vous abordé le processus de composition pour « Hybris » ?

Après notre premier album qui était très spontané, notre guitariste a quitté le groupe. On a dû se réinventer et composer énormément pour trouver notre nouvelle identité à cinq. On a produit environ soixante maquettes pour sélectionner onze morceaux. Ce processus de composition nous a beaucoup fait mûrir. On a bossé avec Florent Livet et Pavle Kovacevic, qui nous ont accompagnés dans cette maturation. Ça a été une rencontre déterminante pour nous.

  • Cet opus donne une vision globale de votre art, une image entre pop et musique ethnique, ce que confirment vos visuels actuels. Était-ce une intention consciente, ou cela s’est-il révélé au fur et à mesure de l’avancée de votre travail ?

Aujourd’hui, les cloisons entre les différents styles musicaux sont beaucoup moins nettes qu’elles pouvaient l’être il y a quelques années. Donc, comme la plupart des gens, on se retrouve à écouter énormément de styles de musiques. On peut passer indifféremment d’un Mura Masa feat. ASAP Rocky à un Leonard Cohen, d’un Bill Withers à un Dominique A ou un LCD Soundsystem. Quand on compose, on ne peut pas faire abstraction de ça et créer dans un style pur et dur. Le mélange est ancré dans notre musique. Après, il a fallu structurer ça pour ne pas partir dans tous les sens et avoir une cohérence tout au long de l’album, une identité propre. Aujourd’hui, tout le monde mélange tous les styles, donc c’était essentiel pour nous de ne pas mélanger pour mélanger, mais pour servir et illustrer un propos.

  • Parlez-nous de votre collaboration avec le studio graphique Akatre.

Encore une rencontre déterminante ! On avait adoré leur travail avec Benjamin Clementine, notamment. On a fait beaucoup de recherches graphiques autour des thèmes de Midas et Hybris, et Akatre est apparu comme une solution évidente pour aller dans ce sens. On n’a démarché personne d’autre. Heureusement pour nous, ils ont beaucoup aimé l’album et ont accepté de réaliser les pochettes et les clips. On a beaucoup discuté en amont pour trouver une direction générale commune. Puis, on s’en est entièrement remis à eux. On sait combien ça peut être perturbant quand des personnes extérieures se mêlent à la création. On les a donc laissés travailler en toute confiance et, vu le résultat, on a bien fait.

  • Votre nouveau clip, « Of Mice And Gods », est fabuleux. Comment vous est venue l’idée de mélanger un esthétisme aussi soigné dans les plans et le design des protagonistes et certaines images beaucoup plus violentes ? Que souhaitiez-vous montrer à travers cette vidéo ?

C’est compliqué de répondre à cette question sans avoir les réalisateurs à nos côtés. Mais, pour nous, c’est une très belle illustration de l’album dans son ensemble, qui aborde des sujets durs mais s’en nourrit pour créer de belles choses. Il n’était pas question de tenter de lisser les choses à l’image et d’aseptiser le message.

  • La production semble prendre une part importante dans votre projet. Qui fait quoi ? Comment s’est passée votre collaboration avec Florent Livet et Pavle Kovacevic, et pouvez-vous nous les présenter ?

Florent Livet a entre autres travaillé avec Philippe Zdar sur « Wolfgang Amadeus Phoenix » ; ça pose le personnage. il a été le réalisateur sur l’album. Il nous a encouragés à pousser le processus de composition beaucoup plus loin, à jeter des maquettes dont on était a priori contents parce qu’il pensait qu’on pouvait faire mieux. Il a su être très critique avec nous et on est très reconnaissants qu’il l’ait fait. Il a parfois fallu mettre notre ego à rude épreuve, mais ça a été pour le mieux.

Pavle Kovacevic a travaillé sur énormément de disques dont « My God is Blue » de Sébastien Tellier. Il a une connaissance encyclopédique des claviers et sait en tirer le meilleur. C’est très très impressionnant de travailler avec lui. Mais il s’est vraiment mis au service des morceaux et nous a aussi fait passer un grand cap.

  • Comment comptez-vous reproduire la complexité de vos titres sur scène ?

L’écoute dans une salle de concert est très différente de celle d’un disque. On ne peut pas reproduire sur scène les morceaux à l’identique et on n’en a pas envie ! D’ailleurs, certains morceaux plaqués à l’identique ne fonctionneraient pas. On réfléchit plus en terme d’énergie et d’émotion. Il faut parfois simplifier certaines parties pour ne pas être brouillon et réussir à transmettre l’émotion du morceau sans interférences. Il faut savoir rester lisible et garder le public impliqué. On adore aussi jouer sur les structures, mélanger des morceaux entre eux, ajouter des transitions pour proposer un live vivant, et pas seulement jouer onze morceaux machinalement. En tant qu’auditeurs, on aime que les groupes proposent quelque chose de différent sur scène ; sinon, autant rester chez soi pour écouter le disque.

  • Le Yalta Club, c’est avant tout un collectif. Comment gérez-vous le rôle de chacun dans le groupe ?

Ça demande beaucoup de temps. On a vraiment envie que chacun s’épanouisse dans le groupe. Le Yalta Club, c’est une grande partie de notre vie, donc il est essentiel que tout le monde s’y sente bien. Les rôles se répartissent naturellement, mais on se voit régulièrement pour discuter des envies de chacun. C’est primordial pour éviter que des petites frustrations ne grossissent et viennent enrayer la machine. Ça arrive beaucoup plus vite qu’on le pense et ça peut être très destructeur.

  • « Hybris » pourrait être vu comme la rencontre idéale entre pop et musique tribale, dans le but de faire vivre à l’auditeur des émotions fulgurantes et motivantes, tout autant qu’il incite à danser avec envie et frénésie. Que souhaitez-vous transmettre à tous ceux qui vous écoutent ?

On met beaucoup de nous dans nos morceaux. C’est difficile de choisir ce qu’on va transmettre, il y a souvent un décalage surprenant entre ce qu’on croit transmettre et ce que le public ressent. Même si on explore des émotions différentes et des sujets parfois difficiles sur « Hybris », on espère que les gens en ressortiront quelque chose de lumineux. On parle de la fin d’un Monde, mais aussi du début d’un nouveau. « Hybris » est un album sombre et plein d’espoir à la fois.

  • Vos dates françaises ont commencé le 18 janvier dernier au Pop-Up du Label à Paris. Comment vous sentez-vous au moment de donner à vos nouvelles chansons sur scène ?

On est très heureux de pouvoir enfin partager ces nouvelles créations et d’instaurer un nouveau dialogue avec le public. On a déjà pu en tester certaines et peaufiner notre set. On a beau travailler énormément en amont, le retour du public est essentiel pour voir ce qui fonctionne ou pas dans notre spectacle.

  • Quels sont vos projets à venir, en plus de la promotion de « Hybris » ?

On a encore beaucoup à faire sur le live. C’est un processus de travail perpétuel. On essaie de toujours tenter de nouvelles choses pour ne pas tomber dans une sorte de routine. C’est essentiel pour nous de monter sur scène avec de l’excitation, du stress et l’envie de dialoguer, de convaincre…

crédit : Sigried Duberos

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