[LP] Xavier Rudd & The United Nations – Nanna

Quand le reggae revêt sa véritable signification première : du cœur, des mélodies réfléchies et un sens du rythme immédiat marié à des arrangements intelligents.

Xavier Rudd & The United Nations - Nanna

Autant être franc dès le départ : l’auteur de ces lignes ne porte pas le reggae dans son cœur. Genre musical trop souvent dénaturé par des groupes soi-disant revendicatifs et pseudo-témoins du patrimoine laissé par leurs glorieux aînés, il fascine autant qu’il laisse indifférent. La faute, certainement, à toutes ces entités qui, à défaut de choquer la plupart, s’éloignent de l’essence même d’un style qui, au fil des ans, n’est plus devenu que l’ombre de lui-même. Comment, dans une telle situation, séparer le bon grain de l’ivraie ? En étant prêt à accepter chaque bonne surprise, chaque disque capable de réconcilier mélodies rythmées et sens accru de l’inventivité et de l’arrangement.

Le reggae est artisanal et se doit également de faire voyager l’auditeur ailleurs, dans les méandres d’inspirations humaines et naturelles. Le compositeur et multi-instrumentiste australien Xavier Rudd, ici accompagné de son nouveau groupe The United Nations, nous offre, avec « Nanna », un vibrant hommage à ces chansons de l’espoir et de la lutte, mais s’accorde également de nombreuses libertés harmoniques surprenantes et modernes.

Mélangeant ensemble vocal et rythmiques douces et ancrées dans les créations reggae les plus sincères (Flag, Warrior), Xavier Rudd dépasse sa réputation de musicien de scène pour fouiller encore plus profondément dans sa propre musique et y insérer une multitude de détails contemporains offrant une saveur différente et étonnante. Que ce soit lors d’un pont sublime de dépouillement (Come People) ou en accueillant des instruments synthétiques pour les inviter à la transe (Rusty Hammer, Rainbow Serpent), il ne se contente jamais du strict minimum mais, au contraire, revêt une dimension sincère et réfléchie pour toucher les objectifs mélodiques qu’il s’est fixés.

On ne sera donc pas surpris de trouver, dans son timbre, une similitude avec Peter Gabriel, ce qui brille tout autant devant les risques qu’il prend dans une démarche toujours assidue à faire de ses créations les chants actualisés d’un cri aussi doux que revendicatif, entre cuivres (Radiate) et litanies ancestrales (Creancient).

Les hymnes au Dieu de la Lune que Xavier Rudd clame délicieusement tout au long de l’album deviennent les incantations de ceux qui cherchent une lumière dans les ténèbres, une fertilité dans le marasme industriel environnant. Menant chaque auditeur vers un salut et une rédemption qui semblaient impossibles, il laisse éclater les lueurs douces et nuancées d’un ailleurs que l’on cherche chaque jour, d’une libération dans l’expérience sensorielle et humaine, autant dans l’absence de l’autre que dans le combat pour sa propre existence. Car, même si les armes ont été rendues, d’autres mains se lèvent, portées par les chansons de l’être et de la vérité que l’on écoute dans un silence quasi-religieux, si tant est que le terme puisse être utilisé ici.

Ne sombrant jamais dans le cliché trop souvent ressassé, « Nanna » dépasse les frontières d’une terre qui ne l’attendait pas et réunit, en un peu moins d’une heure, des ethnies qui s’ignoraient mais s’acceptent et se mêlent en un univers sain et magique, entre dévotion et incarnation du bien pourtant palpable, malgré les fardeaux.

Xavier Rudd & The United Nations

On ne parlera donc pas ici de reggae ; on parlera de véritable world music, grâce à une remarquable capacité à inviter tous les courants de la création moderne. Un album qui vaut le détour et réconciliera tous ceux que le style rebute.

« Nanna » de Xavier Rudd & The United Nations est disponible depuis le 17 mars 2015 chez Nettwerk.


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