[LP] Worshipers – Playsure

En termes d’électro-rock, il y a tout et n’importe quoi pour se revendiquer du genre. Et, aujourd’hui, il y a Worshipers, machine de guerre impitoyable qui déroule huit titres sentant la poudre et dynamitant le style avec une énergie et une fougue hors du commun, tout en débouchant les canaux auriculaires sans se soucier des effets secondaires. La bête est lâchée…

Né en 2012 dans le sud de la France, le duo Worshipers, alias Mak et Ghis, se fait déjà une solide réputation en 2013 avec un premier EP, « Slidechain », mettant immédiatement en avant une marque de fabrique qui a tout d’une épopée où les explosions électro les plus intenses vont se confronter à des rythmiques imparables et traumatisantes ; une ambition qui se concrétise sur « Two » l’année suivante. Mais là où l’on aurait pu craindre un manque total de renouvèlement et un enfermement dans des contrées électro-rock plutôt hermétiques, le combo revient avec « Playsure » qui, lui, signe un revirement total dans l’appréhension de leurs titres déjantés et débridés. En injectant un savoir-faire dans les arrangements et une efficacité redoutable dans les beats et synthés, Mak et Ghis maîtrisent à la perfection leur sujet et deviennent les balises idéales dans cette tempête sonore que l’on croit impénétrable, mais qui fait bel et bien le ménage en se débarrassant des idées reçues avec un savoir-faire à la fois passionné et précis. Du grand art dans le tumulte, en quelque sorte.

Loin de ne se faire que la tête de file d’une mouvance bruitiste et mélodique que l’on connaît déjà en pays anglo-saxons (The Prodigy en tête), « Playsure » est un concentré de folie brute et de métaux lourds qui ne peuvent que nous emporter dans un tourbillon inexorable de plaisirs coupables, en même temps qu’une transe implacable et viscérale. « Jump » et « Fire » sont les points d’ancrage de cet opus phénoménal et testostéroné, lâchant les chiens dans une colère presque indus, où les cris se mêlent à des riffs synthétiques et des pulsations rythmiques profondes et marquantes. La jungle de « Ko » se fait immédiatement hypnotique, mélangeant sonorités cinématographiques (on pense aux claviers de John Carpenter dans les passages calmes) et bruitages en roue libre. « Poumchak2.0 », sans doute la piste la plus « apaisée » (tout est relatif…) du LP, se complaît dans des vibrations plus condensées et mélodiques, avant de replonger tête baissée dans les méandres stroboscopiques de « Run » et « Beat » en un déluge d’artifices explosant devant nous et dans nos oreilles tout en faisant abstraction des conséquences irrévocables sur nos esprits et nos tympans ; mais on ne s’en plaindra certainement pas, tant l’expérience est grisante et pénétrante. « Circle Pete » (joli jeu de mots), qui clôt cette débauche sensorielle et folle, achève, dans un dépouillement surtout porté par la conjugaison des samples vocaux et des battements électroniques rapides et mécaniques d’une intrumentation implacable, boucle cette exhibition nocturne de tous les vices humains possibles et imaginables.

En cas de dépression nerveuse, la prescription est toute trouvée : « Playsure » est une décharge d’adrénaline qui transperce nos membres et nous force à laisser notre système circulatoire se mettre à bouillonner avant de nous obliger à foncer, tête baissée, dans les tourments du quotidien ; mais avec du muscle en plus et des protéines musicales qui font parfaitement leur effet. Gonflé aux anabolisants pour un résultat physique et psychologique immédiat, « Playsure » démontre que Worshipers n’est pas là pour uniquement se faire un nom, mais bel et bien pour devenir une figure incontournable de ce que la musique pulsionnelle et foudroyante peut susciter chez nous, en ne nous laissant aucun répit. Un album électrique et maîtrisé à la perfection, et qui révèle d’ores et déjà un duo inclassable, donc précieux. Le temps de s’éponger le front, et on y retourne sans se poser de questions ! Imparable.

« Playsure » de Worshipers est disponible depuis le 12 janvier 2017.


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