[LP] William Z Villain – William Z Villain

En nous offrant un premier album à la fois cru et râpeux, mais chargé d’un supplément d’âme effleurant chaque chanson pour mieux nous posséder, William Z Villain crée la surprise avant de remporter l’unanimité grâce à un sens inné de l’écriture et d’arrangements sur le fil du rasoir et épidermiques. Une nouvelle référence qui s’impose, à travers ce coup de maître, comme un exemple à suivre autant qu’une idole spirituelle à aimer et vénérer.

Commencer simplement, en saisissant les opportunités : c’est bel est bien ce qu’a fait le songwriter américain William Z Villain avant d’engendrer ce premier opus spontané et direct. Une guitare acquise grâce à un héritage puis modifiée, et le tour est joué (sans oublier la présence de quelques chats, pour se sentir moins seul et avoir un public fervent et attentif) ; le résultat est ce disque éponyme dont les saveurs explorent aussi bien l’intensité du blues que des rythmes afro-cubains très présents, mais le tout dans une sobriété et un dépouillement instrumental qui ne peuvent que nous inviter à nous asseoir aux côté du compositeur, en toute intimité, pour l’écouter dérouler ses contes et nouvelles de pays réels et imaginaires visités au gré des inspirations. L’ensemble est aussi beau et pur que râpeux et dense, mais touche au plus profond de nos cœurs en faisant régulièrement vibrer nos cordes sensibles.

Après une intro portée par des chœurs sincères et parfaitement porteurs des intentions de l’artiste, sur une six cordes en roue libre, l’enregistrement pénètre dans le vif du sujet en laissant dialoguer instrumentations et rythmiques sur le sulfureux et sensuel « Spike My Brain », épousant les mouvements de corps en plein ébat, ou en transe, selon l’impact que la chanson a sur nous. Une fête qui s’annonce, au coin du feu, sur le place centrale d’une hacienda imaginaire et propice à tous les débordements mélodiques. Mais William Z Villain maîtrise l’improvisation, comme le démontre l’alternance d’énergie et d’apaisement de « Tippy Tippy Top » ou la complainte surréaliste et duveteuse qu’est le magnifique « Her Song », moment figé dans l’ambre et offert à l’âme sœur avec humilité et tendresse. Ne laissant jamais de côté son désir ardent d’écrire et d’exposer ses toiles existentielles et harmoniques au milieu d’un paysage sauvage, tout juste prononcé par des bruitages naturels faisant la transition entre chaque piste, l’auteur n’hésite jamais à plonger dans les anecdotes rythmées d’histoires quotidiennes que seuls les genres qu’il visite, comme la musique cubaine (« Ef-Ta ( Haunt Becky Smiles When She Talks About The Apocalypse) ») ou le folk mis à nu et exposé à tous les regards (« Home ») laissent de libertés nécessaires à la puissance évocatrice de ses sculptures sonores intemporelles et spirituelles.

Ermite ayant décidé de venir prêcher la bonne parole dans le tumulte de cités endormies, William Z Villain déploie une mythologie harmonique entre humain et divin, toujours à même de se glisser sous nos peaux et de nous toucher, grâce au venin rédempteur qu’elle contient, au plus profond de nos âmes tourmentées. Parfois troubadour, souvent prédicateur d’un monde qu’il est possible d’atteindre par la seule force de sa volonté et un immense désir de laisser entrer la lumière dans la grisaille quotidienne, il se fait le porte-parole d’une génération dont les repères ont été faussés, mais qui, à travers ses pieuses comptines de l’ordinaire, trouvent un nouveau propos et un langage incomparable pour parler des douleurs et des joies qui se dissimulent dans le fil de nos vies. Sans pudeur mais avec une générosité incomparable et infinie, William Z Villain signe un disque essentiel, délicat et amenant à réfléchir de manière intensive à nos propres conditions humaines.

« William Z Villain » de William Z Villain est disponible depuis le 3 février 2017 chez Normandeep Blues.


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