[Live] White Lies au Trabendo

Le 15 octobre dernier, c’est dans la petite salle du Trabendo que les membres de White Lies sont venus à la fois défendre leur nouvel album aux sonorités plus pop et faire plaisir aux fans en leur proposant un set revisitant et exaltant leur discographie.

White Lies

La première partie est assurée par The Ramona Flowers, quintette anglais, originaire de Bath (au sud-est de Bristol), qui s’était fait remarquer avec l’excellent album « Dismantle And Rebuild » en 2014. Et c’est bien le même genre d’électro puissante et énergique, n’hésitant pas à tendre parfois vers l’indie et parfois vers l’indus, que le groupe fait exploser dès son arrivée sur scène. À grand renfort de chants pénétrants et de riffs agressifs, il fait se remplir petit à petit la fosse de regards curieux, mais déjà captivés. Le groupe paraît apprécier la réactivité du public et son chanteur, Steve Bird, n’hésite pas à se jeter dans la foule tandis que le reste de la formation se donne corps et âme dans sa performance. Le set est court, mais tellement intense qu’on ne paraît pas envisager que les Anglais gardent une telle véhémence plus de temps ; cette première partie constitue définitivement une mise en bouche et oreille parfaite pour lancer la soirée.

C’est devant une salle, cette fois, archi-pleine et surexcitée que, quelques minutes plus tard, White Lies fait son entrée sur scène. Et pas besoin de période de chauffe, les premières notes de « Take It Out On Me » sonnent comme une détonation atteignant non seulement la fosse, mais aussi les deux gradins supérieurs et même les escaliers. Portés par la basse rapide et incisive, tout le public chante les paroles bien que la chanson ne soit sortie que quelques semaines auparavant, démontrant l’engouement de la solide fanbase du groupe (mise à l’honneur dans cette relativement petite salle ; un pari gagnant pour eux) ainsi que l’efficacité du tournant pop que représente son dernier album. Son leader, Harry McVeigh, joue même de cela en incitant tout le Trabendo à l’accompagner avant de relancer le refrain faisant encore monter la température pourtant déjà brûlante. Sans relâcher la tension, le batteur lance « There Goes Our Love Again », les lumières roses et enjôleuses accompagnant le refrain ainsi que le public aux bras levés et aux cheveux dans le vent. La bourrasque de tubes ne semble pas pouvoir s’arrêter, car après quelques secondes de pause seulement, c’est au tour de l’incroyable « To Lose My Life » et sa basse métallique alourdie par des percussions tranchantes d’accentuer la tension de ce concert ardent et véloce.

White Lies varie les manières de nous faire danser sans jamais perdre en qualité, comme le prouve la transition radicale vers une ambiance proche du disco avec « Hold Back Your Love », sur laquelle le public se met à battre le rythme des mains pendant le bridge, avant même qu’Harry McVeigh n’ait le temps de l’y inviter à son grand amusement, ou encore la colorée « Getting Even ». Les émotions, les intensités rythmiques évoluent mais ne baissent jamais en régime : c’est un périple délectable que le groupe londonien nous fait traverser. La sublime « Unfinished Business » capitalise d’abord sur une atmosphère morbide avant de s’embraser intégralement lors du couplet, nous donnant l’impression que la chanson ne fait qu’un avec le groupe, la salle et le public. Le plaisir que prend White Lies se ressent et le trio anglais n’hésite pas à le transmettre en la faisant durer plus longtemps qu’en studio. Cette volonté d’aller vers les fans est mise en avant par son frontman qui nous explique qu’ils a décidé de jouer « Price Of Love », une chanson oubliée depuis huit ans, pour la seule raison que c’est une des préférées des fans, qui s’en donnent à cœur joie pour montrer leur gratification en chantant à tue-tête les paroles. Ne donnant même pas le temps au public de se remettre de ses émotions, le groupe enchaîne instantanément avec l’effréné « Farewell To The Fairground », le chanteur laissant soin à la foule de mener le bridge, faisant monter la tension jusqu’à ce que l’intégralité de la salle explose avec le retour du furieux galop du refrain et saute à l’unisson (sans toutefois s’arrêter de chanter). À cet instant du concert, c’est presque un acte de bravoure de ne pas danser, chose que personne ne semble s’oser à essayer.

À côté de la course qu’a représenté ces dernières minutes, l’ensoleillée « Morning In LA », sa basse lumineuse et ses synthés ancrés dans les années 80 paraissent être une pause. De courte durée néanmoins, car White Lies introduit ensuite sa chanson préférée du dernier album, « Is My Love Enough », qui paraît être une ode au synthpop avec son refrain au charme époustouflant et le néo-romantisme assumé des paroles, puis la fervente « E.S.T » qui s’envole et prend possession de la salle grâce aux percussions lourdes appuyées de la ligne de basse captivante. Le chanteur se perd en remerciements devant le fracas d’applaudissements et continue le concert avec la radieuse « Summer Didn’t Change a Thing » sous des lumières orangées et violettes.

C’est donc un répertoire varié, alternante entre son mythique premier album, « To Lose My Life… », et le rafraîchissant « Friends » qu’affiche ici le quintette anglais, sans jamais manquer de faire mouche. Avec « From The Stars », la voix unique d’Harry McVeigh prend toute son ampleur, toute sa profondeur et chaque mot se détache comme une mélodie poignante qui se répercute même dans ses expressions faciales et ses mouvements de main. Le jeu de lumière est particulièrement à souligner, notamment sur « Don’t Want To Feel It All » où les couleurs s’associent parfaitement aux notes s’envolant, les subliment et paraissent donner le courage au public de reprendre en chœur le refrain, s’ajoutant à la liste déjà longue des refrains qu’on aura du mal à sortir de notre tête avant plusieurs jours. Le set s’achève avec la tonitruante « Death » dont les subtils éléments de la composition s’enchaînent parfaitement sur scène et vient conclure une prestation extraordinaire, poussant l’exaltation générale à son paroxysme en faisant passer la fosse de l’état de danse à l’état de pogo.

Forcés de revenir après de longs applaudissements, White Lies termine le concert (le meilleur de la tournée selon leurs propres mots) avec des chansons comme « Big TV », « Come On » et finalement la fiévreuse « Bigger Than Us », portant ses mélodies chaleureuses à son apogée. De quoi être en mesure d’interpréter cette performance comme un ultime remerciement pour la réception effervescente de la salle voire même comme une incitation destinée à nous faire revenir à sa prochaine date, ce qui paraît difficile à refuser tant cette démonstration entre pop rafraîchissante et post-punk enflammé avait vraiment tout pour plaire et nous convertir.


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Noé Vaccari

Étudiant passionné par le post-punk et la musique alternative en général