Une ascension fulgurante couronnée d’un succès à la fois légitime et surprenant, et vient enfin l’heure du premier album pour Vaults. Et force est de constater que la popularité ne leur est pas montée à la tête, tant « Caught In Still Life » est aussi facile d’accès que riche en arrangements et fort d’une production impeccable qui n’enlève rien à l’originalité du projet. Un premier coup d’essai plus que prometteur.

Que de chemin parcouru pour le trio anglais Vaults depuis 2013 ! Trois EPs faisant croître la reconnaissance mondiale qui leur est due, une apparition sur la B.O. de « Cinquante Nuances de Grey » aux côtés de ténors de la pop et du rock… Et aujourd’hui, concrétisant cette montée en puissance médiatique, un véritable premier disque, « Caught In Still Life », risqué car pouvant très bien faire passer nos musiciens pour un pur phénomène de mode ou, au contraire, des compositeurs qu’il va falloir suivre de très près et dont le succès n’a pas fini de grandir. Bilan ? C’est bien la deuxième réponse qui s’impose, car cet opus bercé d’électro-pop et porté par la voix sublime de Blythe Pepino dépasse toutes les attentes. Une œuvre certes grand public, mais avec ce supplément d’âme qui en fait un travail aussi émotionnel qu’abouti.
Totalement à l’opposé de la grosse machine hollywoodienne en termes de créativité, Vaults prend le temps de poser chacune de ses pistes avec une patience presque maniaque, favorisant les atmosphères mystiques et vaporeuses (« Poison », « Lifespan ») plutôt que des artifices inutiles et brisant le charme. Car l’electronica du groupe se dévoile ailleurs, que ce soit dans des mouvements rapides et tendus (« Midnight River », « Paradise ») ou au contraire sur des instantanés d’une sobriété émouvante et palpable (« Bodies »). D’aucuns trouveront ici certaines similarités avec d’autres artistes anglais dont la renommée a été elle aussi brusque et rapide, comme Florence & The Machine ou London Grammar ; mais, à l’opposé, nous sommes loin d’une évidente promotion hasardeuse portée par une major en quête de la perle rare. Non, Blythe Pepino, Barney Freeman et Ben Vella ont bel et bien conservé une entière liberté sur leur ouvrage, profitant d’un confort évident pour donner vie à des titres dont la profondeur et l’intention toujours bienveillantes forcent le respect. Il suffit d’écouter les cordes puissantes et ravageuses de « Bloodflow » et « One Day I’ll Fly Away », ces envolées si captivantes et magiques, pour s’en rendre définitivement compte.
« Caught In Still Life » fait partie de ces disques pour lesquels on ressent un plaisir d’abord coupable, puis entièrement assumé. Car il est bien difficile de résister aux remarquables berceuses humaines et tendres que nous offre Vaults, avec sagesse et intelligence, démontrant que l’on a bien devant nous non pas trois individus projetés sous le feu des projecteurs et susceptibles d’y perdre leur innocence, mais une créature hybride aussi admirable à contempler qu’à écouter. Un premier LP précieux, à fleur de peau et nous donnant pleinement conscience de la générosité de ses géniteurs ; il faudrait être snob ou idiot pour ne pas en profiter comme il se doit, en attendant la suite avec une impatience grandissante…

« Caught In Still Life » de Vaults est disponible depuis le 2 décembre 2016 chez Virgin EMI Records.
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