[EP] 1=0 – qui ?

Revendicatif et ténébreux, bourré de sens interdits et de doubles voies, un EP noisy et offrant de multiples interprétations.

unegalezero - qui

Genre casse-gueule s’il en est, le rap s’offrant des vêtements rock est doublement risqué. D’une part, à cause de son aspect anarchique, parfois révolutionnaire. Ou, d’autre part, son extrême opposé : une soupe soi-disant comestible mais que l’on régurgite aussitôt car trop opportuniste. On est en droit de se demander quel est le bien fondé d’un tel mélange, de ce qui pourrait devenir une infâme bouillie indigeste. Surtout dans le rock français ; à part Diabologum et Portobello Bones, tout le monde s’y est plus ou moins cassé les dents. On oubliera ainsi ceux qui pensent que personne n’est innocent, ou les loufo-forains. Qu’en est-il alors de 1=0, entité parisienne étrange et se mettant (on suppose volontairement) en marge de l’actualité artistique hexagonale ? Les concernant, ne boudons pas notre plaisir, loin de là : « qui ? » est une bombe à retardement de quatre titres savamment pensés et directs, choquants (dans le bon sens du terme) et exilés dans des territoires rock qui nous manquent cruellement.

Brèves et assumés comme tels, les pièces du puzzle permettant de découvrir de « qui ? » il s’agit s’imbriquent dans des positions imprévisibles et jamais évidentes. Ce qui est bénéfique aux chansons présentées ici ; on passe du rock français très 90’s en reconnaissant certains des groupes précités (« sans ») à une évocation continue de tous ceux que la musique actuelle cherche à plagier, dans un brouhaha sonore noyant les influences pour mieux les recracher (et laisser chaque nouvel artiste assumer, ou pas, sa filiation) ; « tous » est autant un constat d’échec pour beaucoup qu’un besoin de ne pas oublier ses racines.

Mais on assiste également à un dialogue désabusé sur une existence en berne (« malgré toi ») ; 1=0 regarde, simple mais lucide, la désincarnation des esprits face à un quotidien morne, qui nous ferait presque perdre la tête. Idée qui nous a déjà été suggérée dans « 10000 », où la souffrance se confronte à l’impuissance et l’inutilité de tendre la main à son prochain. De là naît une colère sourde, un besoin d’expression plus direct, même si celui-ci ne mènera à rien. Considérer la musique du groupe comme revendicative serait soit réducteur, soit inexact. Elle est comme ces accès de violence que l’on a chez soi et pendant lesquels on ne fait que hurler, un oreiller sur la figure, avant de passer à autre chose.

Pour autant, rien n’est perdu. « qui ? » est une étincelle au milieu de broussailles enflammées. De celles que l’on ne voit pas au premier coup d’œil mais qui jouent un rôle dans la destruction que l’on contemple, impuissants. On se noie dans le marasme, on essaie d’y faire entendre sa voix. Et ces quatre titres prouvent que, même s’il convient d’être défaitiste, rien n’est jamais acquis, ou ne se trouve pas finalement à portée de main. Les évocations psychotiques qui en émanent tiennent plus de la conclusion, d’un cycle achevé qui n’attend que de révéler de nouvelles cartes. Coup de poker autant que de blues, l’EP inspire et souffle, offre une représentation à la troisième personne de situations qui ne peuvent pas subsister que grâce à leur pseudo statut inextricable. Tend-moi la main, on verra bien si je la saisis ou pas. Mais au moins, tu essaies.

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Certains considéreront « qui ? » comme hermétique et difficile d’accès ; c’est avant tout un ensemble intime qui se suffit à lui-même mais qui, grâce à son achèvement, s’ouvre à nous. Autant saisir la balle au bond, même si elle provient d’une arme à feu.

« qui, » de 1=0, disponible depuis le 10 octobre 2014 chez Quixote R.P.M.


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