[LP] 1=0 – non-deux

Reprenant l’intégralité de ses EPs pour constituer un album homogène et déstabilisant, 1=0 confirme tout le bien que l’on pouvait penser de lui, créant autour du projet une singularité toujours plus passionnante.

1=0 - non deux

Il n’est pas forcément évident de parvenir à engendrer une rétrospective de ses œuvres passées sans y perdre son âme. Combien se dont égarés dans l’exercice purement commercial et inutile (sauf pour des raisons financières, bien sûr) du « best of », sans passion ni motivation louable ? Ainsi, quand on apprend que les Parisiens de 1=0 se livrent eux aussi à cette dérive, on a peur ; mais le résultat final relève du miracle. Celui, immédiat, de découvrir tous les EPs de cette entité hors norme sous l’appellation « non-deux » ; mais avant tout, une sensation radicale de tenir entre ses mains un véritable album, cohérent, direct et aussi percutant qu’un coup de poing dans le ventre. Avant que le cœur n’explose.

Car le rock de 1=0 – si l’on peut l’étiqueter ainsi – est fracassant, inoubliable et tranchant, laissant apparaître des plaies à vif cisaillées de guitares incisives (Forteresse, Dieu). Poète désabusé du non-être, Ali Veejay coupe et saigne, panse parfois ses plaies (Tue-le) pour mieux rebondir et marquer les esprits. Parfois martelées et profondes, entre hurlements et solennité (Mossoul), les chansons de cette fuite en avant entêtée et franche explosent et répandent leurs blessures sur nos peaux meurtries (Sabre). Le LP n’est jamais décousu, mais fait au contraire preuve d’une arborescence mélodique et furieuse qui épuise même les plus obstinés des auditeurs. L’expérience est aussi viscérale que cérébrale. Déliquescent et versatile, il contient les ingrédients d’un obus toujours amorcé et menaçant, avec lequel on joue en attendant sa possible activation (Nada).

Les textes, berceaux de la noirceur et de l’expulsion des sentiments les plus tourmentés, sont déclamés, intériorisés puis crachés au visage, pour mieux se confondre dans un maelström lyrique de la désillusion et de la révolte. Cette succession de termes et de constats est universelle et intime, étanchant la soif au travers d’un breuvage amer et fort. L’alcool de l’âme qui fait fondre la glace par simple contact et réveille les sens, les malmène. Mais derrière cette apparente impression de désespoir se cache une poésie de la rébellion et de l’humain, dans ce qu’elle a de plus sincère et directe. 1=0 crie, orne ses monologues de perversions textuelles prêtes à s’imposer dans nos esprits et à nous aider à nous mettre debout, frapper nos poings contre les murs, voir l’hémoglobine couler le long de nos bras et avancer, avec autant de fierté que de réserve. Déclamer pour mieux mener chacun à sa propre révélation. Courir, s’essouffler. Et recommencer jusqu’à tomber pour mieux se relever.

crédit - France Anatol
crédit : France Anatol

Perturbant et troublant, « non-deux » ne laisse certainement pas indifférent. Et nous colle à la peau, pour longtemps.

« non-deux » de 1=0 est disponible depuis le 9 juin 2015 chez Quixote R.P.M.


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