[Flash #37] TV Party, Carambolage, Cathedrale, MATA HARI et Glass Museum

L’indépendance est aussi et surtout un état d’esprit, une façon de concevoir le monde et de vivre sa musique. La situation actuelle réduit considérablement les espaces d’expression des groupes indépendants, que ceux-ci soient médiatiques ou scéniques. Pourtant, depuis quelques semaines, notre rédaction reçoit des tonnes de messages de groupes plus motivés que jamais, qui redoublent d’ingéniosité et de créativité pour dépasser les contraintes du quotidien et croire en des jours meilleurs. Ce nouveau Flash vous propose un petit tour d’horizon de l’actualité de la scène rock indé française remuante et sans complexe, mais aussi une plongée dans la musique organique de jeunes talents venus de Belgique qui repoussent les limites de la musique électronique avec maîtrise et précision.

[Clip] TV Party – Stuff

Le groupe TV Party symbolise un axe franco-américain, reliant Portland à Annecy, à travers une association complice entre le guitariste chanteur, Joshua Spacek et les frenchies, Jean-Bastien Calatayud à la basse, Juliette Béha au synthé et Thomas Ibagnez à la batterie. Depuis quelques jours, leur premier EP « Dark Heart » est disponible en numérique : l’occasion de revenir sur le dernier titre clippé, sorti au début du mois d’avril, extrait de cette petite boîte de bonbons pop acidulés, de berlingots d’accords cristallins et de caramels de groove élastique. « Stuff » est certainement le titre le plus cool et le plus posé du tracklisting, mettant en valeur le sens mélodique du leader de la bande, que nous pourrions comparer à Dylan Baldi de Cloud Nothings. À ceci près que Joshua Spacek serait lui animé par une mélancolie douce et apaisée, en lieu et place des sombres tourments de son compatriote de Cleveland. Dans un esprit DIY parfaitement assumé, TV Party synchronise son morceau sur un montage slow motion inventif, patchwork de dessins et de vidéos vintage, qui colle parfaitement à l’humeur candide de cette ode à l’insouciance et à la liberté. Si les comparaisons avec les Strokes fleurissent à leur sujet, sur ce morceau, le côté très lumineux et léger de l’ensemble nous suggérerait un rapprochement avec des illustres références françaises comme Concrete Knives, Tahiti 80 et même Phoenix. En somme, TV Party est un groupe en devenir, plein de promesses et de qualités, qui doit encore progresser pour asseoir une personnalité déjà bien marquée, à l’image de ce titre accrocheur et attachant.

« Dark Heart » de TV Party, disponible depuis le 17 avril 2020.


[Clip] Cathedrale – Open Your Eyes

Dernière ligne droite pour les Toulousains avant la sortie imminente et très attendue de « Houses Are Built The Same », long format explosif et remuant, qui confirme le potentiel dévastateur du post-punk agité et jubilatoire de ce quatuor expressif, n’ayant rien à envier à leurs alter-egos américains et anglais tels que Shame, Bodega, Flat Worms et autres Idles. Après les imparables « Bet » et « Gold Rush », c’est au tour d’« Open Your Eyes » de répandre son délicieux venin dans un clip contemplatif et énigmatique. Derrière cette apparente tranquillité urbaine, cette succession de plans fixes, capturant l’immobilisme et la permanence des choses, interroge notre rapport au temps et à l’existence. Par effet de contraste, le tempo enlevé et l’énergie déployée par les quatre garnements de Cathedrale nous invitent à sortir de cette torpeur, de cette apathie qui ruinent nos imaginaires et nos âmes, en somme à ouvrir nos yeux et dévorer le monde, avant que… (à vous de compléter, nous avons l’embarras du choix en ce moment). Précédé par trois singles de très haut vol dont ce captivant « Open Your Eyes », « Houses Are Built The Same » s’annonce comme l’un des albums de rock indépendant de l’année 2020, soutenu par l’intelligence et le dynamisme de l’infatigable label Howlin’ Banana Records.

« Houses are Built The Same » de Cathedrale, sortie le 24 avril 2020 chez Howlin’ Banana Records.


[Clip] Carambolage – Weekend Nostalgie

Il ne faudrait pas réduire Carambolage à son approche new wave presque caricaturale, tant son leader, Rémi Peltier, semble nourri d’une multitude d’influences, qui doivent d’ailleurs dépasser le strict cadre de la musique. C’est ce que nous percevons dans cette vidéo à l’introduction prenant des allures de court-métrage confessionnel joué avec beaucoup d’intentions par l’actrice Ophélie Baron, puis débouchant sur un foisonnement d’incrustations d’images faussement amateurs dans lequel évolue le chanteur et musicien rennais. Images résultant d’une fusion surréaliste entre l’univers visuel du top 50 époque Marc Toesca et l’humeur post-adolescente des clips des années grunge, le tout passé à la moulinette de la culture numérique actuelle. Vous l’aurez compris, chez Carambolage, le décalage est un principe fondateur, qui joue aussi bien sur la nostalgie, la dérision et le second degré que la mélancolie, l’approche arty et conceptuelle de l’image et de la musique, pour mettre en valeur de façon détournée un regard critique et amusée sur la société. À ce petit jeu-là, un morceau comme « Weekend Nostalgie », sous ses airs naïfs et rigolos, en devient foncièrement distrayant au sens noble du terme, juste avant de nous ouvrir des questionnements sur nos modes de vie, nos organisations de travail, notre vie démocratique, nos identités culturelles (le clip est a priori sous-titré en breton !). Bien sûr, l’ensemble tient au personnage étrange mis en scène par Rémi, sorte de croisement improbable entre Rémi Gaillard et Jean Leloup, qui aurait suivi des cours du soir intensif avec Michel Gondry et Antoine de Caunes. Encore une fois, c’est à travers la curiosité et la malice de Howlin’ Banana, que déboule dans notre actualité cet OVNI atypique, mais pas vraiment dû au simple hasard des choses puisque les musiciens qui forment la section rythmique de ce groupe sont ceux du groupe psyché surf garage rennais Kaviar Special, des habitués du catalogue du label parisien.


[Clip] MATA HARI – Concrete Masses

Au début de l’année, nous n’avions pas manqué de saluer l’urgence et la sincérité du tonitruant EP « Building Site » de MATA HARI. Si le côté énervé et frondeur des Montpelliérains ne faisait l’objet d’aucun doute à l’écoute de ce manifeste post punk énergique, les clips de « Castle » et de « Factory » révélaient un vrai sens de l’image et une étonnante capacité à dépasser le sens premier de leur propos. De retour avec un clip artisanal totalement décalé, mettant en scène une performance XXL de Paul Gauloise (chants, clavier, guitares) sur le terrain historique de Véronique et Davina, les MATA HARI nous offrent un véritable rayon de soleil cheap et pas cher dans un océan de mauvaises nouvelles. Aux nappes cold wave, à l’accélération punk, aux envolées pop tout en chœur de ce morceau héroïque et fédérateur, les trois garnements de MATA HARI affichent par effet de contraste, de l’humour, une idée simple, une veste de survet’ chic, trois bouts de ficelles, un drap et un vieux magnétoscope VHS. De quoi démontrer qu’il est plus que salutaire de se moquer de tout et surtout de soi-même, pour mieux donner de l’importance à l’essentiel, et non aux apparences. Résultat gagnant puisque « Building Site » sera assurément l’un de nos remèdes contre la morosité ambiante dans les jours qui viennent.

« Building Site » de MATA HARI, disponible depuis le 13 décembre 2019.


[Clip] Glass Museum – Clothing

Depuis Bruxelles, les jeunes musiciens Antoine Flipo (piano et claviers) et Martin Grégoire (batterie) distillent une étonnante musique à la fois puissante et contemplative, lorgnant vers la sphère des musiques électroniques instrumentales, sur la base d’un background et d’une formation classique et jazz. Point d’orgue de l’album « Reykjavik» qui sortira en fin de semaine, le morceau « Clothing » est une ode rétro-futuriste tout en progression nous amenant vers un final extatique grisant. Si le concept d’un montage d’images en forme de patchwork n’a plus rien d’innovant de nos jours, il a le mérite ici de suivre à la perfection les développements et les nuances de cette composition agile et élégante. Au-delà d’un aspect purement esthétique, il symbolise la distance d’un regard posé sur le monde, un regard cosmopolite et sensible, qui n’a pas besoin de mots et laisse ses émotions parler à travers la musique. Rendez-vous est fixé dans quelques jours, pour une chronique plus approfondie de l’album « Reykjavik » afin de saluer, entre autres choses, une ouverture musicale, que « Clothing » ne permet que d’entrevoir malgré toutes ces qualités intrinsèques.

« Reykjavik » de Glass Museum, sortie le 24 avril 2020 chez SDBAN Ultra.

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