[LP] Tourists – Another State

Ce fut l’une des plus belles surprises de notre fin d’année 2020 lors que nous fûmes confrontés à ce monument. À cette pochette, diablement graphique, affichant ses rangées infinies et vertigineuses de fenêtres donnant sur un océan que l’on devine par le bleu du ciel qui vient s’y refléter et le palmier, au feuillage partiellement cramé par le soleil, trônant fièrement devant. Avant même d’avoir lancé l’écoute et sans rien même savoir de lui, le premier album de Tourists, quintet rock alternatif du Sud de l’Angleterre avait déjà toute notre attention.

Il faut dire les choses pour ce qu’elles sont ; d’autant plus à l’ère d’un streaming compulsif et massif, soigner sa pochette autant que sa musique quand on est un groupe en développement n’a peut-être jamais été aussi nécessaire. Sans être la clef du succès, avoir un coup d’avance sur ses rivaux, c’est déjà se donner la chance d’exister dans un monde où la concurrence est rude et, souvent, sans partage. Originaire de Torquay, charmante cité balnéaire de la Riviera anglaise, Tourists annonce le meilleur à nos oreilles en quête d’agitation.

Ce sera « Smokescreen », second titre mis en avant sur ce disque qui jouera le rôle de déclencheur d’une écoute intégrale, puis deux, puis trois. Depuis, on ne les compte plus. Ce premier single, sorti initialement en mars 2020, à l’heure où le monde d’hier s’arrêtait pour laisser place à notre nouveau présent à l’issue incertaine, a fait l’effet d’une bombe à retardement dans notre esprit. Avec ses riffs fulgurants, sa rythmique implacable, le post-punk gravissime de Tourists, évoquait sans le savoir le monde actuel, ses questionnements, ses doutes, mais également ses espoirs. « Are you living the life that you always wanted? / You should go where you want to go and do what you want to do »

Le précédent single « Align », à la rencontre de DIIV, Slowdive et de l’Interpol des débuts, confirmait nos premières impressions. Celui d’un groupe solide musicalement, installant titre après titre l’esprit d’une conversation entre les morceaux, riche de spiritualité, de sensations, mais aussi de questionnements, à l’instar des textes interprétés avec une conviction majeure par Jamie Giles « Time for a change, I will come for you again / And I’ll draw you in, open your door now / All I need are those words from your lips »

Ainsi, chacun des dix titres de ce premier album – produit d’ailleurs par Daniel Schlett (The War on Drugs, DIIV) aux Strange Weather studios de Brooklyn – nous offre un élément du mystère Tourists. Des compositions haletantes, fascinantes mêmes, conviant pour certaines l’urgence, pour d’autre la pesanteur d’un post-punk actuel, touchant ça et là au shoegaze et à la synthpop à l’instar du monumental « Blindside » ou de l’abyssal (au sens le plus noble) « Strangers ». Il est nécessaire de s’abandonner à l’écoute d’« Another State », de ses mantras rock et climatiques, de sa sagesse électrique dispensée avec autant de maîtrise que de passion.

La fin du voyage, sur l’éponyme « Another State », n’est certainement pas une fin en soi, sur ce titre planant et apaisant à souhait. « Four nights ago I prayed / I felt the sun shining across my face / And I learnt another state / It was fine and I felt safe / Such a calm and lonely place / We can’t stay here too long ». Quand on vous disait que le premier album de Tourists touchait aussi à la spiritualité, on ne s’était pas vraiment trompés.

Disque aux multiples humeurs et influences (on pourra citer parmi ses contemporains Froth, Lower Dens ou Preoccupations sans trop s’y risquer), « Another State » de Tourists est un disque essentiel de ces derniers mois. Généreux et sans écueil, un compagnon du présent nous invitant avec sa sensibilité et sa propre compréhension du monde à dépasser les défis de notre époque et à libérer les imaginaires confinés de nos âmes romantiques.

« Another State » de Tourists est disponible depuis le 20 novembre 2020 chez Modern Sky.


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