[EP] Totalmess – Meteologist & Slow Owls

Dans une instance électro-glitch, Totalmess voue un culte au bordel le plus inné, musique comprise, dans de belles variations statiques.

Totalmess - Meteologist

L’image d’une fourmilière picote le cours de mes pensées. Vous savez, ces bébêtes chatouilleuses qui s’affairent dans une hiérarchie digne des plus grandes productions industrielles. Leur vie peut paraître si bordélique qu’elle nous empêche de croire à son bon fonctionnement. Elles se montent dessus, s’activent à tout va, font des aller-retour à ne plus savoir quoi en faire. Elles sont des milliards de stressées qui suivent une logique trop plantureuse pour leur petitesse. Leur communauté est une organisation masquée, une timide maniaquerie, une minutieuse illusion, car vu de loin, une fourmilière n’est qu’un vulgaire amas de terre qui déforme la plénitude d’une clairière en forêt. Mais comme disait Victor Hugo, « la forme, c’est le fond qui remonte à la surface ». Ce fond souvent invisible et disparate, mais qui doit tout ou presque à la forme, si assistée et lascive.

Les sons de Totalmess côtoient l’esprit de ces insectes. C’est sur cette base que Jimmy, un Niçois de 26 ans, a construit son projet musical. Vilain petit canard du cocon familial, il a commencé à fricoter avec l’électronique quelques années plus tôt, en laissant de côté l’académisme de ses semblables.

En accord avec la glitch music, terme provenant du dysfonctionnement d’un dispositif électronique, il boursoufle ses compositions génératrices de bruit blanc et de mauvais sampling. Il laisse tout ce qui pourrait salir le son.

« J’ai l’habitude d’écrire un titre en me donnant des obstacles, soit en changeant le tempo, la tonalité ou la signature temporelle. »

Une restriction qu’il contente par le biais d’enregistrements maison, de synthés analogiques et de boîtes à rythmes qui excitent sa création. Des notions électros inspirées par ses influences trip-hop (Four Tet, Burial), alternatives (Thom Yorke, Mount Kimbie), bandes originales (Clint Mansell), et par ses acolytes Sun Glitters, Woodini et Spazzkid.

Ce bain de cultures vient enrichir la production de ces deux derniers EP « Slow Owls » et « Meteologist ». Des pistes qui perturbent notre habitude, mais qui captivent ensuite à force d’écoute et de laisser-aller. Elles doivent être soumises à décantation. Les interférences s’adonnent à la lutte (« T.U »), les cliquetis s’orchestrent en trombe (« The Magic ») et l’électro coule dans une expérimentation au bord de la netteté, comme un essai statique et nuancé du rythme.

Totalmess

Les sons s’avortent et forment une masse ample et légère, en perpétuelle variation. Jimmy bidouille et étire le fond de ses échantillons sonores, sampling du troisième type. On groove dans une pagaille où les particules s’agitent comme l’image brouillée d’un téléviseur cathodique. Sa musique a littéralement le hoquet. Elle est un labyrinthe, une ode à Dédale.


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