De retour du Sziget Festival de Budapest, après un voyage entre Nashville et New-York, le musicien et voyageur Tiwayo sera le dimanche 28 août prochain à Rock en Seine. En attendant impatiemment de fouler l’herbe verte du parc de Saint-Cloud, le chanteur soul rock parisien revient pour indiemusic sur l’histoire de son récent EP « The Young Old » sorti en mars dernier, nous offre le récit de ses souvenirs de voyage et nous fait part des disques qui l’ont particulièrement marqué et qui ont influencé sa musique.

- Tu as un univers partagé entre soul et rock. Cette singularité musicale, au-delà d’un timbre vocal qui t’est propre, fait-elle ta force ?
Je crois, oui. Des fois je me pose moi-même cette question : « Ne vas-tu pas trop loin dans le mélange des grooves ? Ne vas-tu pas perdre les gens ? » D’autant plus que je me remets à intégrer mes influence reggae ces derniers temps… (sourire) Et au final, je me dis : « F… c’est ce mélange qui fait mon identité. » J’ai autant frissonné sur Bob Marley, Janis Joplin, Otis Redding ou Jimi Hendrix et ma cuisine doit être ce plat super épicé qui mêle toutes ces influences et y ajoute la touche frenchy qui est mon regard d’étranger sur ces musiques.
- Tu viens d’avoir trente ans. Est-ce que la musique que tu composes aujourd’hui aurait pu naître dix ans plus tôt ?
J’ai pas encore trente ans, mais ça sera le 5 septembre prochain, en fait (rire). D’ailleurs tout le monde trouve que j’en fais vingt ! Non sérieusement, je pense que, oui, cette musique aurait pu naître dix ans plus tôt, pour certains morceaux. Il y a des morceaux que l’on joue encore dans le set live qui ont presque huit ans …et qui ne semblent pas « has been » pour le public. D’autres, en revanche, plus récents dans la composition, renvoient à mes expériences de vie de ces dernières années et la manière d’écrire et de composer a un peu changé. Il y a des morceaux plus dark, plus poétiques et plus introspectifs que je n’aurais pas osé exprimer dix ans plus tôt (« Winter Shades Blues », « Full Moon », « Waiting For the Morning Lights », etc.)
- Ce qui fait la richesse de ton second EP « The Young Old », c’est sa variété au sens le plus noble du terme. On passe de titres débordants d’énergie et de fougue (The Other Side, Too Young) à des slows passionnés (Full Moon, Waiting For The Morning Lights). Faire danser et émouvoir, ça pourrait être les deux buts de ton projet ?
D’une certaine manière, oui. Je me reconnais dans des personnages passionnés et hauts en couleur. J’aime voir la vie quand elle passe du rire aux larmes. J’aime dépeindre le mouvement de résilience, partir de quelque chose de cassé, et qui se reconstruit et vit de manière d’autant plus forte et exaltée. J’aime bien pleurer en écoutant Donny Hathaway ou Nina Simone et derrière m’envoyer un gros Led Zep.
- Peux-tu me raconter l’histoire de ton dernier EP « The Young Old » ? Comment de temps a été nécessaire à sa composition ? Ça semble être un disque assez important pour toi…

C’est un disque important parce qu’il est le dernier EP avant l’album complet…
Il marque aussi la transition de mon ancien à mon nouveau groupe. Il collecte grosso modo des morceaux composés dans les six mois avant son enregistrement en janvier 2016. Il ne contient donc quasiment que des morceaux récents. La manière dont il a été enregistré, très simplement et quasi tout en live a été aussi une tentative de rendre compte de la cohésion du groupe, avec qui, je dois dire ; ça roule grave ! Il balaye les univers qui me sont chers, sans se mettre de barrière. Il a été enregistré dans la colloc’ du batteur en une grosse semaine et on est tous sorti très « high », plus forts et plus soudés de cette expérience.
- Tu explores et t’inspires librement de décennies de musiques nord-américaines : on retrouve notamment de la soul, du rhythm’n’blues et du rock dans tes morceaux. Écouter tes disques, mieux encore te découvrir sur scène, ne serait-ce pas finalement le meilleur moyen de voyager au sein de cette vaste culture auquel tu sembles passionnément attaché ?
Je ne sais pas. Peut-être pas le meilleur moyen ! Là, je conseillerai tout de même d’aller chercher quelques vinyles et de se les écouter à fond les ballons avec une bonne bouteille de rouge… (rire) Je pense qu’au travers de ma musique, live ou enregistrée, les gens peuvent avoir accès à une musique vraiment populaire, faite pour les gens peu importe d’où ils viennent sur le globe. Une musique faite avec passion et simplicité et qui peut accompagner les moments de vie de tout un chacun. La notion de musique populaire me tient à cœur, j’avoue. J’ai plutôt tendance à ne pas faire attention plus que ça à la mode, son élitisme et ses représentants.
J’aime les choses sincères et je crois qu’en ce sens, c’est pour ça que je me rattache à certains artistes du passé. Par exemple, si tu écoutes Janis ou Otis chanter, tu sens bien que son unique propos est de te terrasser en te faisant passer toute l’envie d’amour et de connexion qu’il y a en eux. Il y a bien sûr de nombreux artistes comme ça aujourd’hui ! Je me sens partie de ceux-là, les « pas sophistiqués » et les « sans filtres ».
- Ta musique est liée également à des voyages. Tu es notamment allé en Haïti et aux États-Unis, jusqu’à encore récemment. Quel impact ont eu ces expériences sur ta manière de ressentir et de partager la musique ?
Mes expériences de voyage, avec le recul, m’ont permis d‘entrevoir plus les similarités que les différences. Au-delà des milieux sociaux et des couleurs de peaux, un cœur qui bat est le même de Paris à la Nouvelle Orléans, de Port-au-Prince au Loir-et-Cher. Je pense que ce qui fait la richesse des voyages, c’est avant tout les gens que l’on rencontre qui par leurs actes et leur générosité peuvent t’emmener très très haut sur l’échelle du bonheur.
Le sentiment de déconnexion et de « se sentir étranger soi-même » est un moteur à la création et à l’émancipation. Pour ma part, ces voyages et la rencontre d’artistes locaux m’ont avant tout donné du bonheur, des amis à l’autre bout du globe, des histoires à conter et de la confiance en moi. Il est probable que j’enregistre ce premier album dans le sud des États-Unis. (sourire)
- D’ailleurs, si tu devais retenir un disque par décennie depuis les années 60, à quoi penserais-tu et pourquoi ceux-là particulièrement ? Quel impact ont-ils eu sur ta création musicale ?
Dure question, dure réponse !
Pour les sixties : « I Got Dem Ol’ Kozmic Blues Again Mama! » de Janis Joplin
J’ai tellement écouté cet album quand j’étais au lycée que je pense qu’il me suivra toute ma vie. J’écoutais cet album en même temps que je commençais à jouer de la gratte. Je pense qu’il couvre, par ailleurs, toutes mes joies et déceptions amoureuses de la seconde à la terminale. Et d’ailleurs jusque aujourd’hui en fait. (rire)
Pour les seventies : « Survival » de Bob Marley
C’est excessivement difficile de choisir dans les années 70, tellement il y a d’albums qui m’ont marqué durant cette décennie, tous styles confondus. Je choisis cet album de Bob Marley qui est à mes yeux et mes oreilles un bijou de réalisation et de songwriting. C’est sûrement celui de Bob que j’ai le plus écouté avec « Babylon by Bus ». Avec mes potes au lycée, on passait de nombreuses heures à fumer des cigarettes magiques et écouter et regarder du Bob. Le reggae est la première musique que j’ai jouée en groupe. J’apprenais les classiques de la guitare reggae avec ses rythmiques spécifiques et les solos de blues caractéristiques dans la musique de Bob. Je jouais dans plusieurs groupes et c’est par le reggae et sa musique que j’ai découvert la soul et le blues.
Pour les eighties : « Give Me The Night » de George Benson
Je suis fan de George, j’avoue. C’est l’un de mes guitaristes préférés. L’album est un bijou of course et incarne au mieux pour moi comment on peut faire de la musique pop de haute volée. Special big up à Quincy Jones qui produit l’album avant de s’attaquer à Michael Jackson… George, qui est un (gros gros) jazzman à la base te sort ça, bourré de guitares groovys, très classe et dont le single du même nom est un titre sur lequel on aura toujours envie de bouger même en l’an 3456 à mon sens.
Pour les nineties : « Simple et Funky » d’Alliance Ethnik
Encore du funky, oui c’est tellement bon ! Je me rappelle de mes premières booms où l’on connaissait les paroles par cœurs… Nostalgie… le collège. Je réécoute et je trouve que ça déchire toujours ! Je remercie mon grand frère d’avoir acheté le CD 2 titres. Car oui, à l’époque ; il y avait un truc qui s’appelait le « CD 2 titres ». (sourire)
Pour les années 2000 : « Back to Black » d’Amy Winehouse
Pas de surprise à ce niveau … Une grande chanteuse plus un super songwriting plus une production au top…
Cet album a sûrement beaucoup joué en faveur du retour de la soul dans la pop internationale très produite ou indé. Ça n’a pas loupé pour moi puisque je reprends le sample de batterie de « You Know I’m No Good » sur mon morceau « Wild ».
Pour les années 2010 : « Son Little » de Son Little
J’aurai pu citer les Black Keys mais j’invite tout à chacun à aller découvrir un gars bien moins connu, mais dont l’album est une perle : Son Little. Cet Américain délivre un blues moderne, porté par voix qui prend aux tripes, des pures compos et des prods groovys et épurées… I love it !
- Tu n’es pas seul sur scène, mais bien entouré d’Alexandre Perroud au clavier, d’Anatole Wisniak à la basse et d’Erwan Morisse à la batterie. Depuis combien de temps partages-tu la scène (et les heures de répétition et de studio) avec eux et comment avances-tu avec eux ?
Il y a aussi Benoît Gillon, notre ingé son qui contribue au son que l’on rend en live. On est ensemble depuis un peu plus d’un an.
Disons que l’on essaye de se voir le plus possible même s’ils sont chacun pris par leurs autres groupes. Cela alterne entre des phases où je travaille seul (compo, répétition) puis des phases de travail groupe avec eux donc (répétition, adaptation des compos au son du groupe, mise en place des setlists et arrangements pour le live) Je pense qu’ils croient tout particulièrement en ce projet. Je suis tout juste de retour du Sziget en écrivant ces lignes et je dois dire que je me sens très heureux de pouvoir travailler avec ces gars-là. Ils sont bien sûr talentueux, mais ce qui est vraiment génial c’est qu’ils sont dans cette dynamique d’emmener la musique et le rendu live toujours plus loin, de progresser, et ça c’est fondamental ! On est vraiment connecté et je me sens porté par ces gars. Par ailleurs, on est tous très blagueurs donc on se marre beaucoup. Dans le camion du retour du Sziget, du festival à l’hôtel, partagé avec d’autres groupes européens, on était tellement mort de rire pendant une demi-heure à cause de blagues de l’ingé son que les mecs des autres groupes nous regardaient mal. (rire) Ils devaient se dire : « Ils sont vraiment sauvages ces Français ! ».
- Tu joueras sur la Scène Île-de-France de Rock en Seine le dimanche 28 août prochain à 17h. Qu’attends-tu de cette date ?
On attend pas mal de cette date, j’avoue. C’est un vrai tremplin pour le projet. On sent que l’on doit faire nos preuves. Je n’ai pas grand-chose à dire à part que l’on est surbouillants est que l’on a qu’une envie : manger la scène !