[Live] This Is Not A Love Song 2017, jour 2

C’est sous un soleil aride que nous découvrons la programmation de cette deuxième journée, reposant sur la moelle de la ligne éditoriale de TINALS : des perles de la scène indie et pop anglaise et française, flirtant successivement entre rock alternatif, folk et garage. À l’instar de milliers d’autres, nous n’avons pas laissé la chaleur refroidir nos ardeurs et avons décidé de profiter de cette première après-midi gratuite : des familles et des enfants se joignent aux visages encore exaltés de la veille, et jamais les coins à l’ombre donnant sur les scènes, les fatboys et les transats n’ont eu autant de valeur.

Johnny Mafia – crédit : Boby

Article écrit par Noé Vaccari et Hugo Audam

Nouveauté de cette édition : la présence d’un spectacle jeune public exploitant le patio intérieur (où les seuls adultes autorisés sont ceux accompagnant les enfants), mettant sur scène Shugo Tokumaru dans un set encore plus intimiste. Une initiative intéressante qui illustre parfaitement la volonté de faire découvrir et d’inscrire le festival dans une bonne humeur partagée par tous.

crédit : Marie Meletopoulos

Contraints par l’absence d’enfants dans nos rangs, nous avons décidé de nous rendre devant les scènes extérieures pour profiter des trois concerts assurés par autant de groupes prometteurs. C’est ainsi que nous commençons notre seconde journée en compagnie des Français d’Équipe de Foot. C’est joyeux, jovial, chaleureux, les discussions avec le public sont nombreuses et très agréables. La musique, quant à elle, reste un cocktail simple, mais efficace : le son puissant des guitares, les jeux vocaux de question/réponse, la saturation de l’ensemble.

crédit : Martin Hugo

Immédiatement après, c’est la voix puissante de Norma qui envahit l’espace sonore de manière presque magnétique. Munie d’une guitare lourde, d’un piano et du groove surréel des deux musiciens qui l’accompagnent, l’artiste prouve que la maturité de composition de ses chansons ne l’empêche pas d’exprimer toute l’énergie de sa jeunesse. Ses solos sont sulfureux, ses refrains entraînants et ses mélodies disjointes ; son flottement entre les genres la positionne toujours à un riff de guitare ou de piano de tomber dans le grunge, le post-punk ou l’indie pop sans jamais aucun moyen de le prévoir.

crédit : Alexandra de Lapierre

La programmation enflammée de ce début d’après-midi ne s’arrête pas là puisqu’à peine dix minutes après, Johnny Mafia vient occuper la grande scène extérieure pour faire entendre son garage rock. Les rockeurs de Sens prouvent ainsi leur grande maîtrise des codes du style et offrent aux oreilles une recette qui, certes, n’a rien de novatrice mais qui fonctionne et fait toujours plaisir. À noter qu’à un moment, le chanteur s’indigne lui-même contre ce soleil si brûlant. De notre côté, on en vient à se demander si la chaleur est dégagée par le soleil ou par ces concerts toujours aussi enfiévrés.

La soirée payante démarre tout feu tout flamme avec Baptizein & Secret Yolk, le groupe de garage venant de Sedan. Dans la continuité directe de Johnny Mafia, la performance musclée se dévoile comme une succession de riffs plus sulfureux les uns que les autres où chaque coup de la batterie et chaque note ingambe comme annonçant la trombe d’énergie qui va suivre. Véritable performance magmatique, les hurlements du chanteur se posent sur la basse galopante pour former une cadence nerveuse et il n’est pas surprenant de voir de nombreuses personnes vider rapidement leurs verres pour rejoindre les premiers rangs agités. Peu de soucis à se faire pour la scène garage française, à en juger de l’air satisfait des visages en ressortant du concert. De belles années sont encore devant elle !

Au même moment, la grande scène extérieure est investie par les légendes des années 80, Echo & The Bunnymen ; parenthèse presque nostalgique du week-end. Mais sur scène, ce n’est pas qu’une simple démonstration spatio-temporelle de rock puisque le clavier, valeur ajoutée efficace, rend les anciennes comme nouvelles chansons bien plus dansantes et entraînantes qu’en album et donne parfois même aux morceaux des accents blues. Le guitariste, quant à lui, jongle aisément entre des riffs de guitare électrique écrasants et des passages plus doux à l’acoustique. Quoi qu’il en soit, pas moyen de passer un mauvais moment et le groupe l’a bien compris : entre une reprise de « Walk On The Wild Side » de Lou Reed et Ian McCulloch qui déclare « This is the greatest song ever written » de manière amusée avant de lancer leur grand tube « Killing Moon », on comprend que le groupe n’a plus rien à prouver et compte bien prendre du plaisir sur scène pour le plus grand plaisir du public.

Accompagnés des quelques bribes de new-wave encore dans l’air après cette dernière performance, c’est au tour de Requin Chagrin de venir défendre son indie pop que seule la France peut produire. Nous sommes directement accueillis par une avalanche de notes chamarrées de synthés maintenues en place par une basse puissante et chaleureuse, recette semblant destinée à provoquer des déhanchements. Marion Brunetto et les musiciens l’accompagnant capitalisent sur une formule plus minimaliste et plus sonique qu’en album, n’hésitant pas à finir le concert de manière très électronique pour rappeler la marge de progression dont ils sont encore capables. Entre surf-pop et néo-romantisme, le groupe ne vise pas exactement l’horizon, mais plutôt les vagues qui lui donnent sa forme. Ce concert est avant tout un moment privilégié entre un groupe en train de monter et un public déterminé à le soutenir dans cette ascension, preuve en sont l’énorme foule rassemblée devant la plus petite scène, l’intensité des applaudissements et des sourires ou encore la bouée en forme de requin volant entre les rangs.

crédit : Martin Hugo

Pour continuer dans cette lignée de pop française, la programmation enchaîne instantanément avec Le SuperHomard, groupe avignonnais présent sur la scène adjacente. Les influences se bousculent chez ces Français qui manient extrêmement bien les beats électroniques et fournissent parfois une musique aux accents rétro new wave, parfois des passages plus jazzy, d’autres fois un son se rapprochant plus de la musique lounge. Les claviers sonnent tantôt comme des xylophones, tantôt comme un vrai piano qui vient agrémenter les morceaux. Certaines fois, lorsque le tempo est lent, on pense à Beach House dans les jeux de succession de nappes de synthé, un moment doux et émouvant, un vrai vent de fraîcheur. En somme, on sait qu’on a quitté le large pour rejoindre la plage et Le SuperHomard apporte avec lui cette transition vers la soirée explosive qui nous attend.

crédit : Gabriel Popoff

Hidden Charms se positionne dans la continuité directe des jeunes groupes talentueux qui paraissent déterminés à occuper les grandes scènes dans un futur proche, tant sa musique puissante et directe rappelle un mélange entre Arctic Monkeys et The Black Keys. La performance répond à la plus pure tradition rock’n’roll des années 60 et 70 : cheveux au vent, accumulation de solos et de mimiques à la Pete Townshend.  Au fil des chansons, on en vient néanmoins à penser que le groupe a peut-être une décennie de retard tant chaque astuce musicale nous semble déjà entendue. Cela paraît cependant peu importer sur le moment présent face au plaisir ostentatoire des musiciens résultant en un concert haut en énergie qui s’achève sur une invasion de la scène par les premiers rangs.

On se demandait si Show Me The Body allait performer les sonorités plus hip-hop qu’il a pu développer dans son dernier album ou le post-punk aux accents hardcore viscéral qui l’a fait connaître. Finalement la formation new-yorkaise a choisi cette deuxième option. Le cocktail est ainsi explosif, il électrise directement le public dérouté puis ravi par tant de noise. Tandis que les pogos s’enchaînent, les membres du groupe n’hésitent pas à cracher sur scène ou à multiplier les mouvements frénétiques. À noter la performance du banjo, d’autant plus incongrue que réussie. Quoi qu’il en soit, le plaisir est total et le set d’une heure passe excessivement rapidement et c’est avec un certain regret qu’on quitte le devant de scène toujours aussi plein d’énergie.

Ce regret ne durera pas longtemps et cette énergie nous sera bien utile puisque la soirée et définitivement pleine de surprises : c’est au tour de HMLTD de nous éblouir. Après sa performance récente remarquée au Point Éphémère et l’émulsion que provoque le groupe dans la presse britannique, impossible de manquer son concert. Toutefois, on a beau être au courant de sa réputation, il n’y avait aucun moyen de se préparer pour l’énorme claque esthétique et musicale que propose le jeune groupe. Le quintet paraît invoquer Bowie à son heure la plus glam et New Order à son époque la plus pop, chaque chanson débordant d’une énergie créative enchaînant les couplets glorieux et les refrains écrits pour rester accrochés dans un coin de notre tête. Le jeu de scène est déjanté et la synergie entre le public et le groupe est à son paroxysme ici, ce dernier paraissant sans limites en empruntant parfois à l’opéra-glam, parfois à une synthpop aux abords IDM pour nourrir un art punk foudroyant. Le concert se développe de manière décousue, les ruptures s’enchaînent et empêchent une quelconque familiarité de s’installer à la manière d’une œuvre baroque. Il ne faut pas se laisser tromper par son apparence, le groupe ne propose pas seulement un hommage, mais a quelque chose à dire et on ne doute pas du fait que son album, impatiemment attendu, va le propulser sur les devants de la scène internationale.

Le dernier nom de la journée n’est pas des moindres puisque c’est Thee Oh Sees qui prend place sur la scène Flamingo. Dernier concert, certes, mais qui donne l’impression que chaque performance jusque-là n’était qu’un échauffement massif destiné à préparer les corps pour ce déchaînement d’énergie total.  Fidèle à sa réputation, il ne faut en effet pas attendre longtemps pour que la bande de John Dwyer déclenche un pogo monumental, entraînant presque l’intégralité des personnes présentes dans cette expérience sans répit. La collision permanente des deux batteries apporte une touche de chaos directement répercutée par la guitare et la basse qui n’offrent aucun répit ; les dents comme les épaules s’entrechoquent, concrétisant de la sorte une journée sous le signe de l’énergie. Il s’est
ainsi avéré que l’absence de tête d’affiche dans la soirée a été un choix plus que réussi tant l’enchaînement nous a saisis plus que jamais.  Bien mérité, le repos succédant les applaudissements chaleureux tombe à point nommé afin de profiter pleinement de la dernière journée qui pointe le bout de son nez quelques heures plus tard seulement.


Retrouvez This Is Not A Love Song sur :
Site officielFacebookTwitter

Partager cet article avec un ami