[Live] This Is Not A Love Song 2016, jour 3

C’est avec la certitude d’assister à une excellente conclusion que nous nous dirigeons vers l’ultime journée de ce qui a été pour le moment une excellente édition du festival nîmois. Et la programmation de ce dimanche 5 juin 2016 n’est pas en reste ! Toujours dans le balancement entre anciens grands groupes et nouveaux talents enthousiastes, elle propose cette fois un éclectisme total touchant à tous les recoins du rock alternatif. Le final sur Beach House est empli d’émotion : il nous laisse avec le cœur un peu lourd d’avoir réalisé que tout est passé si vite, mais encore vibrant de toutes les excellentes surprises que le festival This Is Not A Love Song a su nous réserver. Ce qui est certain, c’est que nous guetterons avec impatience la prochaine édition.

crédit : Adelap
crédit : Adelap

Article écrit par Noé Vaccari et Hugo Audam

La troisième et dernière étape du festival démarre en trombe avec Kursed, quatuor montpelliérain, dont la musique s’aventure à mi-chemin entre le punk et le rock’n’roll. Le groupe décide de mettre le « power » dans « powerchord » et dissipe immédiatement tout soupçon de regret face au temps passant trop vite à travers un jeu de scène agressif et provocateur. Des chansons filant à toute vitesse nous orientant vers la glorieuse journée devant nous.

crédit : Marie Meletopoulos
crédit : Marie Meletopoulos

C’est après un fracas d’applaudissements que nos pas se dirigent vers le deuxième concert de l’après-midi gratuite, et c’est le camarade de Kurt Vile et ancien guitariste de The War On Drugs, Steve Gunn, qui a pour tâche de continuer à nous éblouir.  Le musicien de Brooklyn nous livre une performance à l’image de son album, « Eyes On The Lines », sorti plus tôt cette année : un rock indé coloré et technique, actualisant sans cesse des influences des années 60 et 70. La voix éclatante de Steve se pose délicatement sur ces sonorités charmantes et les guitares paraissent construire mélodie travaillée sur mélodie travaillée, portées par une section rythmique au groove méticuleux. Le groupe nous fournit ici un rock propre et charmeur correspondant parfaitement à l’atmosphère resplendissante de cette belle après-midi.

Le dernier concert de l’après-midi est lui nettement plus sombre avec le groupe prometteur Qúetzal Snåkes. Le concert prend très vite de l’allure avec des trémolos noyés sous les effets, nous plongeant dans une dreampop psychédélique brumeuse, les trois guitares submergeant la scène extérieure et rameutant un public captivé. Les lignes de basse flirtant avec le post-punk semblent cadrer les cris funèbres du chanteur et c’est à travers ce mélange de genres que se dégage un tout unique et hypnotisant nous rappelant, par exemple, les débuts de The Horrors. Affaire à suivre !

crédit : Prune Phi
crédit : Prune Phi

La soirée débute avec Nots dans la petite salle ; un groupe dans la mouvance Riot grrrl garage avec comme principale originalité l’utilisation d’un synthé qui ajoute une dimension noisy nouvelle à l’ensemble très classique. Les rythmes sont rapides, agrémentés par les cris de la chanteuse qui ne semble jamais se fatiguer alors que ses pas de danse font écho à ceux du public des premiers rangs. Les morceaux s’enchaînent, tous aussi physiques les uns que les autres, jusqu’au dernier, paroxysme du concert : le groupe originaire de Memphis nous sert une immense fresque progressive, sur laquelle s’ajoutent harmonieusement basse, guitare, et synthé, jusqu’à la dernière montée en pression.

Pour les jambes alourdies par tant de concerts éprouvants et par l’optique d’une soirée encore une fois mouvementée, c’est vers Robert Forster, la légende Australienne anciennement leader de The Go-Betweens, qu’il fallait se diriger. Et le musicien nous apprend dès son arrivée sur scène que le concert n’a failli pas avoir lieu, car le train avait été annulé et qu’il s’était perdu en chemin ; c’est donc sous un tonnerre d’applaudissements pour la vieille dame les ayant conduits jusqu’au site du festival que le concert débute. Nous sommes immédiatement submergés par le pop-rock doux et subtil si caractéristique de sa musique, mélange d’un folk porté par les mélodies moelleuses du violon et d’un rock alternatif encouragé par des guitares étincelantes et des lignes de basse chaloupées. Le songwriting assuré est retranscrit et animé fidèlement sur scène, notamment au travers de la voix sincère flirtant parfois avec Lou Reed et d’autres avec les Talking Heads, permettant au public de participer à ce flot de passion et de joie. Que ce soit en duo intime entre sa guitare sèche et le violon comme avec tous les instruments ensemble, Robert Forster enchante tout le monde et confirme son statut.

Vient le tour de Porches d’offrir au public une performance inoubliable, le bassiste allant même jusqu’à faire des pompes avant de monter sur scène. Toutes les sonorités semblent parfaitement maîtrisées, reproduisant en premier temps exactement la pop nostalgique du dernier album, « Pool », pour mieux s’en détacher par la suite ; la guitare prenant bien plus d’importance qu’en studio. L’usage du vocodeur, sans surprise, fait mouche. Le chanteur, extrêmement loufoque, participe à l’ambiance atypique du concert. Lorsque le public lui fait remarquer que son micro n’est pas assez fort, il se caresse lentement le visage en répondant « I’m so confused… ». Il lance aussi notamment des chorégraphies audacieuses, demandant à la salle de tenir en équilibre sur une jambe, l’autre repliée. Ses gestes se font précis, hypnotiques, et toute la salle est irrémédiablement séduite ; les passages légèrement planants aidant à cet effet. Dans ce qui est probablement le concert le plus dansant du festival, tout le monde virevolte naturellement sur les grooves minimalistes de la basse et sur la batterie à la fois technique et prodigieusement efficace.

Deuxième légende vivante de la journée, c’est vers Drive Like Jehu qu’une masse considérable s’oriente afin de pouvoir voir le fameux groupe de post-hardcore californien dissous en 1995 et miraculeusement reformé l’année dernière. Un membre du staff joue même avec le mythe en déclarant humoristiquement que le concert est finalement annulé juste avant que le quatuor prenne place sur scène. Et dès les premières notes se déverse un torrent d’agressivité, de riffs d’aciers, de chant à la limite du cri et de bondissements tous les côtés de la part des membres du groupe. Après quelques chansons assaillies de ruptures rythmiques et de dissonances nous rappelant l’aspect progressif de leur musique, nous pouvons affirmer indubitablement que nous retrouvons le groupe dans le même état qu’ils nous avaient laissé il y a vingt ans. Le chanteur, surpris par sa propre énergie, déclame entre deux chansons « I think my voice is fucked » et demande à l’ingénieur du son de monter le volume des guitares pour la couvrir. La pression ne se désaccentue pas de tout le concert et, au contraire, chaque nouveau titre joué semble accroître la violence de la performance. Le groupe signe remarquablement son retour avec un set explosif dépassant largement les attentes.

Afin de se calmer et de reprendre quelques forces, une partie du public se rend dans la grande salle intérieure afin d’assister au concert de l’un des géants du post-rock : Tortoise. Sur scène, les instruments sont nombreux, avec comme singularité notamment l’usage d’un métallophone, ou cette manie de sans cesse échanger de place pour ne pas rester fixé sur un seul instrument. Ainsi, le premier batteur (deux batteries sont par ailleurs utilisées) devient successivement guitariste, claviériste, de nouveau batteur… Les morceaux sont extrêmement longs et les transitions, très douces, participent à la création d’une atmosphère apaisante. Le concert débute sur des pistes jazzy aux multiples claviers, puis les influences se mélangent, s’entrecroisent, jusqu’à parfois donner des interludes dansants pour le moins inattendus. Nous restons néanmoins dans notre zone de confort puisque l’ensemble reste totalement progressif, les instruments s’ajoutant et s’enlevant en jeux de couches et surcouches.

Sur la grande scène, c’est Parquet Courts, le groupe new-yorkais du moment, qui prend place. La popularité du quatuor a grimpé en flèche avec son dernier album, « Human Performance », acclamé unanimement par la presse et c’est donc avec excitation que nous voulons voir comment les grands garçons de Brooklyn le défendent sur scène. Les quatre membres s’en donnent visiblement à cœur joie et se déplacent sur l’intégralité de la scène en jouant avec le public, ce dernier bougeant à la cadence du chant scandé du bassiste. Le groupe dégage à la fois une maturité musicale et une fougue juvénile dans son post-punk lancinant qui paraît accompagner le soleil dans sa chute douce. Cependant, le rythme du concert ne s’accélère pas et l’attention de la foule se dissipe petit à petit, préférant aller faire un tour à la buvette et regarder le concert de loin. Ce concert est finalement une légère déception, car il n’a pas réussi à embrayer sur un départ prometteur.

C’est donc des festivaliers pas rassasiés qui se sont dirigés vers la scène Mosquito pour voir le phénomène noise grunge dublinois Girl Band. Et le concert commence encore une fois à vive allure, ses membres développant une musique anxiogène bruitiste et expérimentale, cherchant systématiquement les sonorités les plus dérangeantes. Cette performance débridée est comme une déroute continue dans laquelle on s’engage volontairement ; une sueur froide collective. Le public semble, à l’instar du chanteur Dara Kiely qui a le diable au corps, possédé par ce post-punk sombre et acharné composé de rythmes répétitifs et d’absence presque totale de mélodie. La basse semble être complètement dépossédée de sa fonction originelle et cadence abstraitement les accords dissonants de la guitare, allant jusqu’à apposer une bouteille de bière sur les cordes. Le groupe enchaîne avec une fluidité déconcertante des morceaux lancinants de dix minutes et d’autres d’une agressivité catalysée en quelques dizaines de secondes seulement. Un concert éprouvant et stimulant, une parenthèse décalée et exaltante dans une programmation qui l’est tout autant pour notre plus grand plaisir.

crédit : Prune Phi
crédit : Prune Phi

L’honneur est donc fait à Beach House de clôturer l’édition 2016 de TINALS devant une foule remplie à ras bord et prête à se laisser bercer par la musique éthérée du duo de Baltimore. Le concert s’ouvre avec le synthé séraphique de « Levitation », paisiblement ramenée sur terre par la voix grave de Victoria Legrand et par les décors magnifiques cadrant la scène, s’illuminant au rythme des notes, se transformant même en voie lactée après un geste élégant de la chanteuse pendant « PPP ». Les ombres portées des artistes sont restituées sur le fond de la scène alors que les projecteurs créent d’autant plus une ambiance intimiste. Les chansons prennent une dimension astrale sur scène et c’est sans surprise que nous entendons la foule chanter en chœur pendant des chansons comme « Space Song » ou « Myth », répondant à la passion de Victoria, se jetant au sol à plusieurs reprises et accompagnant les notes de son synthé de lancers de cheveux. Le concert se conclut avec l’irrésistible « Sparks », allumant une étincelle dans nos cœurs qui paraît faite pour durer jusqu’à l’édition prochaine d’un festival qui a encore une fois rempli toutes ses promesses et beaucoup plus.


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