[Live] This Is Not A Love Song 2016, jour 2

Après nous avoir offert une superbe première journée, le festival nîmois continue de plus belle et même le retour de la pluie ne peut pas refroidir nos ardeurs. Preuve en est la foule encore plus nombreuse venue accueillir une affiche encore plus remplie. Cette dernière l’est d’ailleurs tant que c’est avec le cœur serré que nous devons faire des choix douloureux entre divers groupes que nous adorons, jouant au même moment ; choix caractéristique d’un festival de grande qualité. Une dizaine de relectures anxieuses du programme plus tard, nous voilà parés pour affronter cette deuxième journée s’annonçant toute aussi riche en émotions.

crédit : Adelap
crédit : Adelap

Article écrit par Noé Vaccari et Hugo Audam

La pluie fine accompagne donc la foule considérable lors de l’après-midi gratuite et c’est avec plaisir que nous retrouve les talentueux Américains de Sheer Mag, dont tous les EPs ont été acclamés par la presse internationale. À grand renfort de hard rock aux racines ancrées dans les 70s et de chansons au format classique, certes, mais indéniablement rafraîchissant, les notes des solos du guitariste principal semblent affronter la pluie, et remporter le duel étant donné le nombre de spectateurs s’agitant devant la scène. Le charisme de la chanteuse et de sa voix puissante se joint à la bravoure des instruments et le tout insuffle un feu dans nos esprits ne pensant déjà plus à l’humidité ambiante. Si certains battent en retraite à la buvette, surveillant néanmoins le concert du coin de l’œil, d’autres battent la cadence d’autant plus farouchement pendant tout le concert et semblent conquis par cette entrée en matière.

18 heures, le staff s’active pour organiser le début de la soirée payante, tandis que nous nous déplaçons vers la grande salle intérieure pour assister au concert de NO ZU. De manière surprenante, avant même que le concert ait débuté, la foule semble déjà électrisée et de multiples cris surgissent déjà. L’arrivée du groupe répond parfaitement aux attentes : petits pas de danse nerveux, lunettes de soleil et vestes chics dont ils n’hésiteront pas à se débarrasser lorsque la chaleur montera ; en somme très rapidement. C’est dans ce cadre-ci que le groupe développe une musique fondée sur le dub, mais empruntant au zouk, à la synthpop et à d’autres influences plus improbables encore. L’ambiance est tantôt planante, alors que les trois vocalistes s’activent sur les reverbs d’une percu et sur la langueur de différents cuivres, tantôt endiablée, lorsque des coups de sifflets percent le rythme effréné d’un morceau, provoquant même une chenille dans le public qui traversera la salle. C’est indubitable : cet hybride expérimental est une réussite, le public est conquis et la pluie de dehors a rapidement été remplacée par le puissant soleil de la grande salle.

C’est avec un vent de nostalgie et d’excitation que nous rejoignons alors la grande scène pour observer le retour du groupe mythique de shoegaze Lush, 17 ans après la séparation de ses musiciens. Dès les premières notes, nous comprenons pourquoi tant de gens se sont déplacés, nous sommes immédiatement envahis par les guitares éclatantes chargées de reverb comme par la voix envoûtante de Miki Berenyi. Si la musique du groupe a pris un tournant nettement plus pop, c’est sans perdre en qualité ;  les harmonies volent, les têtes oscillent devant les mélodies et les visages prennent un plaisir ostentatoire à redécouvrir les anciens titres phares comme « Ladykillers» ou « Light from a Dead Star ».  Le plaisir semble même partagé puisque Miki demande au public son avis sur l’eurosceptisme britannique et chante même une chanson en français sous les applaudissements chaleureux. Que les chansons prennent une tournure agressive ou au contraire plus pop, tout le monde est convaincu par le retour gagnant sur les scènes du trio londonien. Ce concert clôture joyeusement une douce soirée et nous lance pour le reste de la nuit.

crédit : Adelap
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Et nous sommes instantanément contents d’avoir pu nous reposer le temps d’un concert, car c’est avec une véritable explosion d’énergie qu’Algiers et son post-punk unique nous accueillent à travers un déferlement de passion dans les voix déchaînées, se transformant souvent en hurlements, et les percus convulsives (la batterie percutante étant souvent alourdie d’une boîte à rythmes fiévreuse). Le bassiste et le chanteur, à l’instar de la foule, paraissent entrer en transe, le premier utilisant son propre corps comme percussion vivante et le second se jetant de multiples fois au sol sous les vagues de la musique bouillante. Véritable crise de furie, le groupe prend les sonorités les plus agressives de son album et les démultiplie à grands coups de saturation, de dissonances et d’un bruitisme assumé (le guitariste jouant avec un archet, noyant les mélodies sous la distorsion alors que des samples inaudibles et répétitifs prennent le contrôle de l’environnement sonore). Les grooves post-punk et les chœurs gospels font office de ruptures permettant à la musique du groupe d’Atlanta de revenir encore plus agressivement. Le quatuor nous livre une prestation enragée et époustouflante; chaque chanson paraît faire ressortir une tension forte, comme la corde tendue d’un arc qui ne manquerait jamais sa cible.

À peine le temps de nous restaurer brièvement qu’Air, groupe phare de la programmation du This Is Not A Love Song Festival, est annoncé sur la grande scène. Les Français connaissent leur statut de demi-dieux de l’électronique / trip-hop et économisent leurs moyens : Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel sont vêtus uniquement de blanc et ne bougerons que pour hocher la tête. Le concert débute avec des morceaux très calmes, notamment « Playground Love » dont la voix est remplacée par un simple clavier. Tout est en harmonie, parfois un peu trop, la prestation étant légèrement molle, bien que rapidement rattrapée par les percées jazzys ou par les synthés futuristes dont l’utilisation est plus que pertinente. La rupture s’opère sur « Sexy Boy », acclamé par le public jusqu’alors statique, et Air se lance dans des rythmes plus efficaces, dans des compositions électroniques plus originales et progressives qui se détachent des albums. L’ambiance devient électrisante, prenant appui sur les magnifiques jeux de couleurs vives qui miroitent dans nos yeux comme dans les miroirs du fond de scène décuplant l’image et permettant de mettre l’accent sur l’aspect futuristic sound de leur performance. Nous quittons la scène encore bouleversés que ce soit apaisés par les sonorités chills et jazzys de la première partie, ou rechargés par la montée en puissance finale.

Parallèlement, Lost Under Heaven aka LUH s’installait dans la grande salle et c’est une foule intriguée par le retour sur scène du leader Wu Lyf, Ellery James, qui se rassemble afin de voir comment le groupe naissant va défendre sur scène un album plus que convaincant. Le concert est d’emblée porté par la voix reconnaissable entre toutes du chanteur, sublimée par le chant charmant d’Ebony Hoorn, formant ensemble un duo fusionnel nous faisant flotter agréablement d’un timbre à l’autre. Néanmoins, malgré la débauche d’énergie du duo, l’instrumentation derrière eux semble manquer de conviction, d’unité et même si l’outro de « Sorrow » nous plonge brièvement dans un univers chaotique et fulminant, flirtant avec le glitch et le noise, ce concert est une légère déception. La trop forte présence de la batterie et de la basse cache les subtilités techniques du groupe et gâche le tout. Le public n’appelle même pas pour un rappel, au grand étonnement de la chanteuse.

Après une brève pause, c’est au tour des géants du rock alternatif, Dinosaur Jr., de prendre le contrôle de l’attention générale. Si le concert commence d’une manière presque nostalgique, les premiers rangs semblant être avant tout venus pour contempler des idoles d’adolescence, le concert prend rapidement son envol et le trio nous rappelle que, contrairement à leurs cheveux, leur musique n’est pas du tout devenue grisonnante. C’est ces mêmes cheveux volants au vent qu’ils enchaînent les suites d’accords mordantes et efficaces d’une manière extrêmement vivante et énergétique. Nous sommes enchantés par les effets de distorsion de la basse et de la guitare, si caractéristiques, du groupe ainsi que par la technique remarquable du batteur. Un pogo massif se déclenche quand est joué le mythique « Little Fury Things » et ne s’arrêtera pas avant les dernières notes du concert, notamment au cours de l’enchaînement fluide entre la célèbre reprise de « Just Like Heaven » et « Freak Scene » qui n’a pu laisser personne indemne. Un excellent concert, à la fois en termes de performance musicale et d’ambiance dans la foule. Dinausaur Jr. a justifié sa seconde participation au festival et nous pensons à raison que les programmateurs feront à nouveau tout leur possible pour les ramener lors de leur prochaine tournée.

Mais il faut se dépêcher pour ne pas rater Breakbot qui fait déjà converger les flux de festivaliers. Le projet french house du producteur Thibaut Berland est lourdement attendu, et pour de bonnes raisons. En effet, quoi de mieux que sa musique électronique flirtant avec le disco pour conclure une aussi bonne journée ? Dès la première note, le public danse déjà, et devient le récepteur de cette joie immense que porteront tout du long ces morceaux, ni trop calmes, ni trop violents. Un concert rondement mené qui semble n’être qu’une seule chanson étendue du début à la fin répondant aux premiers n’économisant pas leur sueur ni leurs déhanchés frénétiques.

crédit : Adelap
crédit : Adelap

Simultanément, pour ceux qui étaient encore pleins d’énergie, il y avait Downtown Boys dans la petite salle intérieure. La fatigue, alors qu’il est une heure du matin, ne semble pas encore avoir atteint les curieux. En effet, dès le premier coup de pédale de batterie, tout le devant de scène est emporté dans un pogo généralisé et ce n’est plus une pluie d’eau comme en début d’après-midi, mais une pluie de bière qui tombe sur le public. Punk garage parfois proche d’un Sonic Youth, la présence d’un saxophone offre au groupe une mélodie singulière et atypique, peu attendue dans ce genre de cas. La chanteuse annonce très rapidement la couleur engagée que prendra l’ensemble de la performance, et même pas dix minutes ne sont passées alors qu’elle interroge déjà le public sur la situation des colonies ou sur la manière de renverser l’État policier dans lequel nous vivons. Le message politisé se diffuse ainsi dans tous les morceaux à travers sa rage et le concert finit alors qu’il nous semblait avoir à peine débuté. Une parfaite conclusion pour une journée impeccablement rythmée et rondement menée, c’est avec hâte que nous nous dirigeons vers les portes en n’ayant qu’une seule hâte : les franchir à nouveau le lendemain.


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