[Live] This Is Not A Love Song 2016, jour 1

Après que la pluie ait dominé la semaine, le beau son se joint au beau temps pour l’ouverture des portes de la quatrième édition du festival This Is Not A Love Song, vendredi 3 juin 2016. Nous retrouvons avec plaisir les flamants roses du bassin de pierre central, particulièrement mis à l’honneur cette année, et l’ambiance joviale qui fait la réputation du festival nîmois, notamment à travers les nombreuses activités annexes proposées telles que le stand de mariage façon Las Vegas, les fatboys mis à disposition pour permettre aux gens de se reposer en face de la grande scène, le stand de création de couronnes en fleurs façon Coachella ou encore le photomaton gratuit du festival, constamment assailli par une queue longue de parfois une demi-heure. Cet environnement idyllique nous met instantanément dans de bonnes conditions pour profiter de cette nouvelle édition et de sa programmation toujours aussi alléchante. 

crédit : Marie Meletopoulos
crédit : Marie Meletopoulos

Article écrit par Noé Vaccari et Hugo Audam

Le festival décide d’envoyer du lourd en s’ouvrant sur le mythique Ty Segall, le prolifique musicien californien. Et le soleil est de mise pour accueillir sa musique à la fois technique et nerveuse qui nous avait régalés sur son dernier album. Les solos de guitare s’enchaînent autour de sa voix et de son jeu de scène intrépides qui nous rappellent, comme à chaque fois qu’il écume les festivals – soit presque chaque année -, pourquoi il mérite tant sa réputation de bête de scène. C’est donc sans aucune surprise que nous voyons l’excitation gagner la longue queue à l’extérieur des portes et les gens se ruer vers la grande scène une fois leur bracelet acquis. Ce rock’n’roll ensoleillé est un superbe coup d’éclat pour lancer la journée et le week-end.

Parallèlement, dans une salle intérieure, c’est devant Car Seat Headrest, dont la discographie n’a rien à envier à Ty en termes de talent ou de productivité avec ses douze albums en seulement six ans, qu’une poignée de festivaliers décidèrent de lancer leur festival. Avec une fougue et une impétuosité irrésistible, Will Toledo abandonne tous les artifices lo-fi que nous lui connaissons en studio pour alimenter une musique brute et directe à grands coups de riffs cinglants, de distorsion excessive et de ruptures rythmiques aussi inattendues que délicieuses. Face à la violence musicale de chansons comme « Drunk Drivers » ou « Unforgiving Girl », nous sommes surpris de voir le flegme du leader avec son look d’adolescent timide, n’esquissant que sporadiquement quelques pas de danse. Le groupe joue si rapidement qu’il se donne le temps pour une dernière chanson et c’est avec la voix cassée que Will hurle le refrain de « Vincent » et nous fait définitivement succomber au charme de sa musique qui, bien que nettement différente sur scène, ne perd aucunement en qualité.

Dans la grande salle juste à côté, c’est une ambiance totalement différente que nous retrouvons avec Destroyer et sa pop-rock sucrée. Le charisme de Daniel Bejar semble porter sa voix douce sur les mélodies souples et le public est séduit, presque hypnotisé par l’agréable harmonie se dégageant de la succession des chansons. La prestation correspond parfaitement à ce que nous pouvons attendre de l’artiste lorsque nous écoutons ses albums et nous pouvons voir des sourires apparaître sur les visages des fans comme des néophytes. Un live qui met tout le monde d’accord et de bonne humeur.

C’est sur la petite scène extérieure que le programme nous amène par la suite, afin d’observer la performance explosive de The Mystery Lights qui invite les festivaliers à s’agiter sans relâche. Rien de mieux pour les nostalgiques, le groupe semble tout droit sorti des années 70, que ce soit dans le combo cheveux longs/grosse veste/jean ou dans son rock efficace et puissant, synthèse de son évolution au cours des années 70-80. Le chanteur ne semble jamais s’épuiser alors qu’il danse nerveusement au rythme des headbangs des guitaristes et les chansons s’enchaînent avec rapidité que le concert ne nous laisse même pas le temps d’être essoufflés. Une agréable surprise qui nous rappelle encore une fois la capacité extraordinaire qu’a ce festival de nous faire découvrir de jeunes talents.

À peine le temps de se restaurer, car la masse afflue déjà vers Kamasi Washington qui occupe la petite salle intérieure. C’est dire le succès du dernier album du saxophoniste : nous sommes extrêmement nombreux à nous agglomérer devant la salle afin de pouvoir entrer. Après une attente d’une dizaine de minutes, l’expérience est totale : Kamasi dans son costume habituel accueille le public au côté de multiples instrumentalistes, le jazzman allant même jusqu’à inviter son père sur scène. L’harmonie est complète tandis que les cuivres et instruments à cordes s’additionnent en toute complémentarité aux percussions nécessitant deux batteries. On ne sait plus où donner de la tête : les solos s’enchaînent à un rythme effréné alors que la salle, dynamisée et électrisée, danse avec les artistes.

crédit : Marie Meletopoulos
crédit : Marie Meletopoulos

Alors que la nuit tombe doucement à l’extérieur et que le public échauffé trépigne, le climat semble parfait pour la montée sur scène de la deuxième tête d’affiche de la journée, les géants du post-rock Explosions In The Sky. Leur musique savante et délicate semble s’écouler, s’insinuer au milieu de la foule au fil des vagues mélodiques des guitares subtilement encadrées par l’intensité rythmique. Ce concert semble être une pause contemplative au milieu de la programmation tant les lumières colorées s’associent parfaitement à la musique insaisissable et au brouillard de fumée parsemant la scène. Dans un accord parfait, le concert évolue sans la moindre fausse note, sans la moindre touche picturale ratée ; le groupe sème ainsi les germes d’une explosion dans le ciel comme dans nos cœurs.

Parfaitement reposés, nous nous sommes dirigés vers la grande salle pour aller voir le groupe de post-grunge Yak. Des chansons agressives enclenchant un mosh-pit permanent se répandant parfois à la presque-totalité de la salle. Preuve d’un jeu de scène déjanté, le chanteur, cheveux devant les yeux, n’hésite pas à lancer plusieurs fois son micro, sa guitare ou son propre corps dans la foule alors que les vigiles s’activent,  amusés, pour récupérer les reliquats du concert. Une performance ardente comme une comète, fulgurante et incandescente, emportant toute réserve de la part des festivaliers sur son passage et les amenant tout naturellement à participer à l’émulation commune.

C’est donc devant une foule extrêmement énergisée que Foals met les pieds sur scène, prêt à en découdre. Et le groupe démontre sa maîtrise de l’exercice en faisant frémir la foule à l’unisson sur l’enchaînement « Mountain At My Gates », « Olympic Airways » et « My Number ». Alternant sans cesse entre chansons du dernier album et anciens morceaux les membres du groupe s’en donnent visiblement à cœur joie et dansent eux-mêmes sur leur musique ; Yannis allant jusqu’à faire deux bains de foules pour le plus grand plaisir du public. La pause qu’offre l’intro du splendide « Spanish Sahara », sublimé par un jeu de lumière envoûtant répondant à une guirlande colorée étendue au milieu de la foule, ne paraît être faite que pour faire repartir le concert de plus belle, notamment avec les explosifs « Inhaler » et « What Went Down » qui lancent un énorme pogo et ne semblent jamais se finir, tant le groupe tient à prolonger les morceaux. C’est sur « Two Steps Twice » que le projet oxfordien termine sa performance bouillonnante : l’outro du morceau se prolonge sur plusieurs minutes alors que le guitariste, accompagné du batteur, prodigue un appendice noise très surprenant. Par ailleurs, il n’hésitera pas à son départ à laisser sa guitare sur la longue perche de la caméra principale de la grande scène, devant la foule médusée.

La soirée n’est cependant pas finie puisque c’est au tour de Protomartyr de répondre à la frénésie du public avec son post-punk lourd et corrosif. Alors que les musiciens développent une atmosphère noire et acérée, la voix de Joe Casey scande ses textes chargés d’émotions d’une façon presque mécanique comme seul lui peut le faire. Les riffs d’aciers résonnent et enflamment la salle d’une façon à la fois abrasive et intime ; nous sommes comme percutés par la puissance de sa musique et indéniablement captivés. Cet ultime concert ferme parfaitement cette journée mouvementée et semble déjà nous catapulter vers la journée à venir.


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