[Interview] Thomas Azier

Note for our readers: for the ENGLISH LANGUAGE VERSION of the interview, CLICK HERE.

Le 14 novembre dernier, nous avons eu le plaisir de partager un moment avec Thomas Azier, un artiste néerlandais très singulier, à l’occasion de son premier concert live à Paris depuis la pandémie, au centre culturel du Point Éphémère où il nous a agréablement reçus. Accompagné de son guitariste Obi Blanche, il a répondu à nos questions quelques heures avant de monter sur scène. Thomas a commencé sa carrière dans l’industrie pop en signant avec un grand label, mais ceux qui connaissent son parcours pourront confirmer la versatilité de son travail et l’audace avec laquelle il parvient à se réinventer à chaque fois, sans cesser de nous surprendre, tout en conservant la ligne directrice de son œuvre : sa voix, intense et mélancolique en même temps. À l’aube de son nouvel album, « The Inventory of Our Desire », qui sortira le 10 février prochain, Thomas semble avoir atteint une sorte de nirvana dans son processus créatif. Les mots qui lui arrivent à la bouche quand il en parle sont « liberté » et « collaboration », faisant référence à l’importance de ses musiciens et à leur recherche quotidienne d’inspiration. Cette fois, il se confie sur la manière dont sa vie et sa musique ont changé, de la maturité de ses désirs et de ses idées, et de la façon dont il vit pleinement l’aventure de la création musicale en dehors des canons de l’industrie.

crédit : Léo Giroud
  • Bonjour Thomas, c’est un grand plaisir de te rencontrer, merci de prendre le temps d’échanger avec indiemusic. Comment vas-tu ?

Je vais bien merci, nous venons de finir une série de concerts aux Pays-Bas et en Belgique, ce soir nous sommes à Paris et à Berlin dans deux jours (16 novembre).

  • Comment te sens-tu à la veille de ta première représentation en France depuis plus de trois ans maintenant ?

C’est une petite victoire. Nous essayions depuis longtemps d’organiser un show à Paris. Ça a été très compliqué depuis la pandémie. En ce moment, beaucoup de groupes sont en tournée, ça a été compliqué d’obtenir cette date. Nous jouons à guichets fermés d’ailleurs, ça fait du bien.

  • Pour les gens qui ne te connaissent pas, on pourrait te présenter comme un artiste audacieux, qui pendant plus de 10 ans nous a chanté l’espoir, le désespoir, l’amour et le désir, avec une voix puissante, douce, des cris et des murmures. Cependant, en constante évolution musicale, personne ne peut prédire à quoi ressembleront tes futures chansons. Es-tu d’accord avec cette description ?

Oui, beaucoup, c’est une très belle description. Je cherche constamment l’évolution, à toujours trouver des choses qui m’amusent et m’inspirent, pour créer de la nouvelle musique, et ne pas refaire la même chose en boucle, sans quoi ça devient très ennuyeux. Jamais je ne pourrais m’imaginer refaire mon premier album encore et encore. Il n’y a rien de plus tragique qu’un groupe qui fait toujours la même chose. J’ai beaucoup de chance de m’être entouré de musiciens fabuleux, voulant toujours aller plus loin, entendre de nouvelles choses, nous mettre au défi tous les uns les autres.

  • Dans le passé, tu as parlé de Berlin et de sa puissante influence sur ta musique à l’époque. Aujourd’hui, quels sont les endroits et les choses qui façonnent ta musique ?

Je vis actuellement à Paris, c’est une chouette ville, mais il faut vraiment la connaître, savoir s’y plonger pour y vivre confortablement. « Ne prends pas le métro à cette heure-ci, évite cet endroit-là, etc. » Ce n’est pas une ville très accueillante – pour y passer un weekend par exemple – j’ai mis du temps à m’y faire, mais je l’aime beaucoup maintenant. Ma famille vit ici, mais j’ai toujours une forte connexion avec les Pays-Bas, la Belgique et l’Allemagne. À mes yeux, c’est la Sainte Trinité européenne (rires). J’essaye de trouver de l’inspiration dans les choses du quotidien, les choses banales, ce qui est très difficile, car cela peut vite devenir lassant. Mais c’est très intéressant de pouvoir trouver des étincelles dans les choses simples, mais réelles. Ma relation avec le monde a beaucoup changé depuis 2019, rien n’est plus pareil. C’est donc difficile de faire de la musique de la même façon qu’avant. C’est pour ça que, maintenant, j’essaye de trouver de la magie dans mon quotidien. C’est souvent compliqué d’ailleurs, mais je trouve ça plus profond que de créer des histoires et personnages de fiction. C’est là où j’en suis actuellement.

  • Comment vis-tu tes concerts après le confinement ? Tu as mentionné dans le passé que l’idée de faire des concerts en ligne ne t’intéressait pas.

C’est une bonne question. J’aurais cru que tous les jeunes adoreraient revenir aux concerts après la pandémie, mais c’est tout le contraire. Les gens ne veulent plus vraiment sortir, ils préfèrent rester à la maison devant Netflix, ça m’inquiète un peu pour le futur. Je pense que ça mettra du temps pour que les gens se réadaptent à revenir aux concerts, aujourd’hui ils sont toujours un peu anxieux à cette idée. Je crois aux expériences réelles, que ce soit une simple conversation ou un concert, où les gens partagent le même espace et peuvent se connecter entre eux. Le seul moyen de comprendre les gens c’est d’être avec eux dans la même pièce. Observer comment ils parlent, vivent, se comportent, ce qui n’est pas possible via internet. J’ai un grand intérêt à vouloir comprendre les autres, c’est quelque chose qui se perd dans le quotidien, quand on est sur son téléphone toute la journée par exemple. C’est pour cela que je crois fort en la musique live, je veux que les gens viennent et se disent : « c’est qui ces mecs complètement barrés sur scène ?! Qu’est-ce que c’est que cette expérience folle qu’on ne pourrait vivre nulle part ailleurs qu’ici ? »

  • En tant qu’artiste sortant de la musique via son propre label, comment vis-tu ton indépendance ? Si tu avais eu les connaissances que tu as aujourd’hui il y a cinq ans, aurais-tu changé d’avis quant à la décision de devenir indépendant ?

Ça ne devient pas plus facile lorsqu’on devient indépendant, tout au contraire. Mais je ne regrette en rien cette décision, parce que ça m’a permis d’avoir tout cet espace pour travailler librement et m’entourer de personnes inspirantes, talentueuses, pour être enfin complètement libre : je sors les vinyles que je veux, je joue les shows que je veux, et je me développe de ma propre façon.  Je n’aurais pas fait les choses autrement non, je suis heureux de ne plus être dans ce cirque qu’est l’industrie musicale.

  • Avec la sortie de ton dernier single « Faces », tu expliques que ta relation avec le monde et ta façon de produire de la musique a changé depuis 2020, quels ont été les facteurs qui ont motivé ces changements, et comment pourrais-tu décrire cette transformation ?

Bien des choses me paraissent absurdes aujourd’hui, parfois je me balade dans Paris et lors des Fashion Weeks, on peut voir des gens habillés super bizarrement avec des chaussures énormes ; c’est magnifique, mais c’est aussi grotesque. Il y a plein de choses que je ne pourrais plus faire aujourd’hui, jamais je ne pourrais imaginer prendre l’avion pour l’autre bout du monde pour y faire une seule date puis revenir.

Tout plein de choses ne sont plus acceptables pour moi aujourd’hui. La façon dont je vois le monde a drastiquement changé, à l’instar de bien des gens. Aujourd’hui, il est devenu difficile d’organiser une tournée : le prix de l’essence augmente, tout comme l’hôtel, on doit repenser tout le système. Nous devons être plus intelligents, économiques dans notre façon de produire de la musique, pour pouvoir simplement perdurer.

  • Comme on peut le voir dans votre dernière live session « Faces » justement, la mise en scène crée une aura immersive et éthérée. Enrobé par une lumière douce, tu poses avec élégance et enchantes les spectateurs avec ta voix tandis que la caméra danse autour de toi et de tes musiciens. Votre identité visuelle est très personnelle, atypique, presque dissidente. Quelle vision de votre art et de vous-même souhaitez-vous communiquer avec cette direction artistique ?

Bonne question. Je crois que tout mon entourage m’inspire : ma femme, mes musiciens… Ils ont comme un incroyable pouvoir. Je choisis de travailler avec des gens avec une forte personnalité, de sorte que nous puissions créer des choses que jamais je n’aurais pu produire seul. Par exemple, ces confinements m’ont fait naître un sentiment de claustrophobie, nous avons donc voulu créer une toute petite scène, avec cette sorte de monolithe pendant au-dessus de nos têtes, nous rendant minuscules. Cette idée fut le point de départ de la conception de notre scène, qui évolue d’ailleurs à chaque concert, pour s’adapter à notre vision, à nos envies.

  • Les albums « Hylas », « Rouge », « Stray », « Love, Disorderly » et bientôt « The Inventory of Our Desire » nous parlent des différentes phases de ton parcours d’artiste, comme si tu prenais chaque album comme une occasion de te réinventer musicalement. Comment ton public te suit dans ta métamorphose musicale ?

Je pense justement que pas mal de gens ne me suivent plus, tu en perds beaucoup à vouloir changer. J’ai même réalisé que pendant les concerts, certains partaient déçus en plein milieu, car ils voulaient entendre une certaine chanson. C’est tragique, mais je comprends. Mon parcours musical, c’est comme un voyage en train : certaines personnes descendent et ils ont le droit, mais de nouvelles personnes montent et ça me ravit. Je ne suis pas le même que j’étais à 19 ans, et j’en suis très heureux. Je sais que certains s’énervent presque, car ils veulent que tu produises la même musique encore et encore, je pense que les gens n’aiment pas le changement. Mais il y a bien un bouton « pause » sur Spotify, rien ne les force à écouter une musique qu’ils n’aiment pas, tu peux continuer d’écouter seulement l’album que tu apprécies. Si cet album représente quelque chose pour toi, c’est super, mais je ne suis plus le même. Bien que mes albums soient tous très différents, je crois que le fil rouge est toujours ma voix. Ils font tous partie de moi, mais j’ai changé. Et je veux continuer à poursuivre ce développement. D’ailleurs, avec mes musiciens, nous jouons des chansons de plein d’albums, et ça fonctionne bien. Mais ce que j’aime le plus, c’est ce que nous produisons tous ensemble. J’ai la sensation que nous devenons plus libres, plus abstraits et plus nous-mêmes, car je crois que plus nous vieillissons, plus nous devenons nous-mêmes, si cela fait sens.

  • Tu ne cesses d’expérimenter et de surprendre, comme avec la chanson « Slow Revolution » que tu as sorti il y a presque deux ans, et qui figurera dans ton nouvel album. Elle sonne aujourd’hui bien différemment d’à l’époque !

Oui, c’est une chanson qui évolue sans cesse. On pourrait presque en sortir 9 versions tant l’atmosphère est différente chaque fois que nous la jouons, suivant comment l’on se ressent sur scène. C’est cet enthousiasme que je recherche, je crois que tout cela est connecté.

  • Au fil des années, tes instruments ont beaucoup changé, ayant commencé avec de la pure électro tu t’es orienté vers des sons bien plus organiques, comme le saxophone récemment. Cependant, tu sembles toujours attiré par la musique synthétique, comme en témoigne « Sick Loop Lover » sorti en début d’année. Comment tu vis avec cette apparente dichotomie électro/organique ?

Je travaille avec des gens qui ont tous un bagage musical très différent. Par exemple, Obi qui a un bagage plutôt musique électronique, mais qui joue aussi beaucoup de guitare. Moi aussi, j’ai un bagage électro, mais joue aussi beaucoup de piano. Notre batteur sait aussi faire de l’électro, puis il y a le saxophoniste… Nous arrivons à un moment où tous ces musiciens absorbent mutuellement leurs influences et peuvent interchanger leur style de jeu, ces types de musiciens me passionnent. Ce sont comme des librairies dans lesquelles on peut piocher. Je suis à la recherche de ces gens qui ont une grande palette musicale, pour qu’ils puissent utiliser ces références comme bon leur semble.

  • Ton nouvel album sortira mi-février 2023. Quelles ont été tes sources d’inspiration ? Quels messages, émotions souhaites-tu nous transmettre ?

Je crois que c’est un album très intime, qui vient de mon désir de travailler ensemble. L’amitié, les musiciens, les instruments… Tout est venu lorsqu’on jouait avec Obi. Nous étions en train d’explorer, d’expérimenter, de là ont découlé des compositions, plein d’idées… Et puis Maarten, le saxophoniste, a apporté une toute nouvelle dimension de free jazz qui nous a complètement bouleversés. Ce que je recherche ; c’est la musique en live, elle est la racine de cet album. Le fait de jouer, d’improviser ensemble, en ne faisant que peu de prises. Ça n’a rien de nouveau, ce principe vient du jazz, mais le faire avec ces musiciens qui sont de natures très différentes : c’était ça que j’avais en tête, et j’en suis très fier.

  • Parlons de tes musiciens, quels sont les rôles et l’influence qu’ils ont sur ton projet ?

Tout d’abord il y a Obi, il possède une incroyable palette de références musicales qui ne me sont pas forcément familières : punk, pop, expérimental… C’est le résultat d’années de travail, il crée ses propres guitares, a toujours des idées novatrices. Nous travaillons ensemble depuis « Love, Disorderly ». Il a produit pas mal de chansons de ce disque à mes côtés, et nous sommes toujours tous les deux durant la phase de création, pendant l’écriture.

Il y a Maarten qui fait du jazz, et Simon le batteur. Il n’y a pas vraiment de structure dans leur jeu, ils sont complètement libres et très inventifs. Par exemple, Maarten peut reconnaître la note avec laquelle un chien va aboyer ; même, une fois, Obi faisait traîner sa guitare au sol, créant du son : Maarten a été capable de reconnaître le son que renvoyait le sol et le reproduisait sur son saxophone. Ce sont des interactions que je ne pourrais jamais reproduire. On ne voit pas ça tous les jours, rassembler ces gens, ce n’est que du bonheur !

  • Parle-nous un peu de ton projet « Glossolalia ». Quelle est sa nature et comment se développe-t-il ?

Ce projet est né de la volonté de créer des expériences partagées en personne. Les concerts de pop, ça commence à 20h00 et finit à 21h30, tu prends ta bière, tu regardes le groupe… Nous voulions questionner cette unidimensionnalité de façon de faire des shows, mais aussi trouver de réelles alternatives. Nous avons ainsi monté un chœur de douze ou treize chanteurs et quelques musiciens, Obi, Maarten et moi. C’est une performance basée sur l’improvisation, quelques-uns des morceaux sont écrits, mais ils sont juste un point de départ à partir duquel nous improvisons. Musiciens et spectateurs sont sur la même scène, au milieu d’une pièce. Les spectateurs peuvent se déplacer au travers de nous : le résultat est très immersif et interactif, c’est une expérience qu’on ne peut avoir nulle part ailleurs. J’aimerais beaucoup continuer ces shows, relativement complexes à mettre en place, ce sont de grosses productions, assez expérimentales, mais c’est un projet en cours, sur lequel nous voulons continuer de travailler.

  • En pleine pandémie, tu as sorti « A Collection of Broken Ideas », un EP composé de deux titres de 20 minutes, vibrant et subtil, très instrumental, c’est une véritable expérience, riche en textures et atmosphères. Quelle était la motivation de cette composition ?

J’attends de la musique qu’elle soit longue et méditative. À un certain point, faire de la pop c’est devenu comme peindre un carré rouge puis un carré bleu, puis un cercle rose… Je ne critique en aucun cas, j’adore la pop, mais à force d’écouter beaucoup de classique et de jazz, cela m’a donné envie d’écrire de petites compositions que je pourrais improviser en une seule grosse session. Ainsi j’ai tout mis en place dans mon studio, et j’ai tout enregistré d’une seule traite. Dans la version finale, il y a tous ces enregistrements de la vie quotidienne, provenant de nos vacances, d’une ambulance, la ville, la mer… Ces petits enregistrements, ces petites idées peuvent d’ailleurs devenir des chansons, a posteriori.

Je vois cette œuvre plutôt comme un documentaire de la vie à cet instant, un moment très solitaire d’ailleurs, car je ne pouvais pas voir mes amis. C’était donc juste moi, seul, dans ma maison, produisant de la musique qui puisse apaiser mes maux. J’espère pouvoir produire de nouveaux morceaux de cette « Collection of Broken Ideas », c’est agréable à jouer quand je suis seul.

  • Tu as mentionné sur tes réseaux sociaux que tu es devenu père récemment. Comment cet événement t’a-t-il affecté artistiquement et personnellement ?

C’est un grand évènement, très humain et terre-à-terre. Toute la journée, tu es occupé avec des choses très banales, mon empathie a beaucoup grandi. Je pense à tous ces gens qui s’occupent des enfants, des personnes âgées ou handicapées. J’ai compris la nécessité de ces métiers, ça m’a d’ailleurs remis un peu à ma place : en étant musicien, il y a forcément une petite partie de toi qui est un peu égocentrique. C’est nécessaire pour juger si tu es assez digne pour sortir de la nouvelle musique, sans quoi tu ne le ferais pas.

Tout cela m’a rendu plus humble, et m’a fait réaliser ce qui est important dans la vie. Il y a ma vie, mon travail, tous deux s’influencent mutuellement, mais ce n’est pas juste moi et ma musique. Il y a quelque chose d’un peu obscène dans la façon d’être un artiste aujourd’hui que je ne trouve pas moderne : j’aimerais remettre en question cette idée de « rockstar », car selon moi la rockstar moderne est quelqu’un qui se préoccupe des autres, bienveillant, et met beaucoup de soin dans ses relations avec les autres. J’aimerais me focaliser sur ça.

  • Quelle est ta relation avec les réseaux sociaux en tant que musicien ?

C’est compliqué. Les réseaux sociaux sont à la base de cette culture de la célébrité, mais en même temps ils sont ma seule fenêtre sur le monde. Pour faire venir les gens à mes concerts, je me dois de les utiliser. Vous pouvez d’ailleurs voir que je ne veux pas me cacher sur les réseaux. Pendant un temps j’étais peu actif, mais maintenant j’essaye d’y être, à ma façon, sans qu’on me dicte quoi faire.

  • Et pour terminer, nous nous sommes demandé quelle est la Madeleine de Proust artistique de Thomas Azier (une expression utilisée pour décrire des odeurs, des goûts, des sons ou tout autre stimulus vous replongeant dans votre enfance, une période antérieure).

Il y a ce livre que j’aime beaucoup, « Sombrero Fallout » de Richard Brautigan, il fait des poèmes, mais c’est un livre vraiment drôle. J’en riais beaucoup, c’est absurde, bizarre, rigolo, ça me remémore des choses sombres, mais amusantes. Il y a aussi la plasticienne Nicole Eisenman : ses peintures sont les plus belles que j’ai eu l’occasion de voir. N’hésitez pas à regarder son travail si vous en avez l’occasion !


À la suite de cette entrevue, Thomas a électrifié la salle du Point Éphémère, pleine à craquer, en jouant la quasi-totalité de son nouvel album. Mais aussi des titres de ses précédents opus, comme « Starling », « Entertainment », « Strange Day On The Train », son intense reprise de « Freed From Desire », et « White Horses », emblème de son album « Stray » (2018), qui a mis le feu à la scène en guise de bouquet final.

« The Inventory of Our Desire » de Thomas Azier, sortie le 10 février 2023 chez Hylas Records.

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ENGLISH VERSION

On November 14th, we had the pleasure to share a moment with Thomas Azier, a very singular Dutch artist, on the occasion of his first live concert in Paris since the pandemic, at the cultural centre Point Éphémère where he kindly welcomed us. Accompanied by his guitarist Obi Blanche, he answered our questions a few hours before the concert. Thomas started his career in the pop industry by signing with a major label, but those who know his background will testify about the versatility of his work and the audacity with which he manages to reinvent himself each time, without ceasing to surprise us, while keeping the guiding line of his work: his voice, intense and melancholic at the same time. At the dawn of his new album, The Inventory of Our Desire, which will be released on February 10, 2023, Thomas seems to have reached a kind of nirvana in his creative process. The words that come to his mouth when he talks about it are « freedom » and « collaboration », referencing the importance of his musicians and their daily search for inspiration. This time he talks about how his life and music have changed, how his desires and ideas have matured, and how he is living the adventure of creating music outside of the industry canon.

crédit : Léo Giroud
  • Hello Thomas, we are very pleased to meet you today. Thank you for taking the time to answer our questions. How are you doing?

I’m good. We’ve just finished a bunch of shows in Holland and Belgium, and now we are doing Paris tonight and Berlin two days after tomorrow.

  • How do you feel on the eve of your first performance in France for over three years now?

It feels a bit like a victory. Because I’ve been trying to put the show on sale for such a long time and it has been difficult because of the pandemic, a lot of bands are on tour right now, so it’s been tricky to get this date, but the show is fully sold out, on a Monday evening and the new album still has to come out, it just feels good. And to be with my friends and play music with them means a lot.

  • For the ones that do not know you yet, we could introduce you as a bold artist, who for more than 10 years had sung about hope, despair, desire and love, with a powerful voice and whispers as well. Yet, you never seem to settle down, your music is continuously evolving so that no one seems to be able to guess what your next song will sound like. Do you agree with this description? What would you add?

It’s a really nice description, it feels quite correct. I guess it’s a bit like a train ride when you want to continue and keep on going and you want to keep evolving, and find things that excite you, finding music that excites you, so if you do the same thing over and over again it gets really boring, I couldn’t imagine making my first record three times. There’s nothing more tragic than seeing a band that does the same thing repeatedly. I am lucky to surround myself with people that have that same desire, that want to push things forward and want to hear new things and tell each other to challenge themselves.

  • In the past you have talked about Berlin and its almighty influence on your music at the time. Nowadays, what places are shaping your music?

I try to find inspiration from home, life, like very mundane things, which is difficult because it can be boring and tedious, but it is also quite exciting to find some sort of magic in something real and mundane today. My relationship to the world changed a lot after 2019, nothing is the same, everything changed radically so it is difficult to make music the same way as we did before. So, I believe that I now try to look for those magical moments while being stuck in daily life, which is quite challenging, but I find it more real than making up fictional stories or characters. That’s where my head is at the moment.

I’m living in Paris. It’s a funny city, you have to really get to know Paris, to dive in and learn to be comfortable in Paris. “Don’t take the Metro at this or that hour, avoid this or that area.” It’s not a place where on a weekend you feel welcomed, it took a bit of time to like Paris, but I really like it now. My family is here, but I still have a very deep connection with Holland, Belgium and Germany. I consider these like some sort of European holy trinity (laughs).

  • How do you live your concerts after the lockdown? You mentioned in the past that the idea of doing online concerts didn’t interest you.

It’s a good question. I was hoping that all the young people would love concerts now, but it turns out to be a bit the opposite, people don’t go to concerts, they like to be at home and Netflix with some ice cream, so I am a bit worried about this future. I do think it’s going to take time for people to change and to come to the concerts and to really want to go to concerts again, but I feel that that everyone is still a little bit on the edge. Personally, I believe in shared experiences, where we are together like this is a shared experience, a conversation, a concert, where you share the same space and connect to people. The only way to understand other humans is to be with them, to see how they speak, how they live and behave, and to do that you need to be together, you can’t do it online. I am very interested in understanding these “other humans”, and it’s something that you forget in everyday life, when you are on your phone the whole day, so that’s why I stand so strongly for live music. I am trying with these shows to make people think, “What is this crazy guy? Who are these people onstage? What is this weird experience that we are having that we can’t get anywhere else but here tonight together?”.

  • As an artist who releases music through your own label, how do you experience freedom? If you had the knowledge you currently have five years ago, would you still have chosen to become independent?

It’s not easier when you are independent, it actually gets a lot harder. But I don’t regret at all this decision because it gave me the space to work with exciting people, to do exactly what I want, to make the vinyl’s that I want, to play the shows that I want, and to develop the way I want. So, I wouldn’t have done it differently, I am happy of not being in the industry circus anymore.

  • With the release of your last single « Faces », you said that your relationship with the world and your way of producing music has changed since 2020. What were the reasons behind this transformation and how would you describe it?

As I said before, some things became absurd to me, sometimes I go around Paris and there are Fashion Weeks and you can see all these crazy people flopping around with these big shoes and it’s beautiful, it’s something weird but I find it also grotesque, so there are things that I cannot imagine doing any more, I can’t imagine taking a plane to the other side of the world just for one show and then come back. Some things are not acceptable anymore for me. The way I look to the world has changed, and I think it is the same for everyone. The reality of today is that touring is difficult, gas prices are rising, and hotel costs, so we need to rethink this whole system. Also, in the way you do music you have to be more economical and smarter, to find a way to keep doing what you do.

  • As we can see in your latest live session « Faces », the stage direction creates an involving and ethereal aura, coated by the soft light, you pose elegantly and bewitch the spectators with your voice as the camera dances around you and the other musicians. Your visual identity is very personal, atypical, not far from dissidents. What vision of your art and yourself do you want to communicate through this artistic direction?

Nice question. I think all the people around me inspire me, my wife and all the musicians… and everybody brings in a sort of superpower. I chose people with a very strong identity and together they create something that I couldn’t come up with just by myself. For example, the confinement gave me this feeling of claustrophobia, so we wanted to create a very small stage instead of a big one and there is this sort of monolith hanging above us that makes us rather small. This idea was one of the starting points of our stage design, and I think we can be much more radical, we are learning every show how to make it more the way we want. Unfortunately, tonight we don’t have it because we couldn’t hang it, so we will be working with a different type of stage design. Again, it’s collaboration and inspiration that creates these types of ideas.

  • Your albums “Hylas”, “Rouge”, “Stray”, “Love, Disorderly” and very soon “The Inventory of Our Desire” reflect different phases of your journey as an artist, it seems that each album is, for you, an opportunity to musically reborn. How does your public follow you along your constant evolution?

I think a lot of people don’t, so you lose a lot of them. And I’ve realised during the shows some come to hear a song and they leave because they don’t hear that song, and it is tragic, but I also am okay with that, because as I said it is like a train ride and people get in the train and they’re also allowed to go off, but other people enter the train, and that is very exciting to me. I am not the same person as I was when I was 19, and I am happy that I am not the same person. I know some people almost get angry because they want you to do the same music over and over again, and I think that’s because people don’t like change. But there is a stop button on Spotify, you don’t need to listen to a song you don’t like, you can stay listening to the album you like, if it means something to you, it’s great, but I am not the same person, it’s a part of me, but it evolved. And it’s very important to keep chasing that development.

Despite all the records being different from each other, I think the main line is still my voice. Also with this band we play songs from all the records and somehow it works, but I do get excited the most by the material where we are becoming more free, and more abstract and more ourselves, because as you grow old you become more your own self, if that makes any sense.

  • Yes, actually you’ve played the song “Slow Revolution” in the past, and now you are experimenting again with it, and you included it on the new album.

Yeah, it’s a song that keeps evolving, and we could even release nine versions of the song as the atmosphere is different each time we play it, because each time it creates a different atmosphere depending on how we are feeling onstage, this is the excitement that I am looking for, and I think it is all connected somehow.

  • Through the years your instruments have changed a lot, from fully electronic you went to a more organic instrumentation, such as the saxophone recently. Yet you still play with synthesised sounds, as we could hear in one of your last singles “Sick Loop Lover”. How do you deal with this somewhat electronic/organic dichotomy?

I work with people that have very diverse musical backgrounds, like for example Obi; he comes from an electronic music background as well as guitar playing; I am coming from electronic music background but also piano playing; our drummer is a kind of guy that knows electronic music and can also play it. So, we are coming to a time where musicians absorb all these influences and can easily switch from one era to the other, and I am super excited by these kinds of musicians. So, I am looking for these people that have a big sound palette, so they can grab whatever they want, and we can paint with these references.

  • In February 2023, you are going to release your new album. What were the sources of your inspiration? What ideas and feelings do you want to communicate this time with this album?

I think it’s a very intimate album and it comes from the desire of working together friendships, musicians, instruments… It came from a time I was working with Obi on this record on the writing and we were just playing, Obi builds himself his own guitars, and we were experimenting with that quite a bit and from there came compositions, ideas… then Maarten the saxophonist, he brought this whole other world, this free jazz universe that would put everything upside down again. At the end of the day, what I am trying to look for is to hear the music coming to be at the end of the covid tunnel, live music is deeply rooted to this album, to play and improvise together, not doing a lot of takes. And that’s not new, it’s taken from the jazz guys, but to do it with these musicians that come from such different backgrounds was the vision I had, and I am quite happy with it.

  • Let’s talk about your musicians, what are the roles and the influence they have on your project?

So, there’s Obi, he’s an incredible reference palette of music that I didn’t necessarily grow up with, from noise to experimental, from punk to pop. It’s the result of years and years of working in this direction of music, he builds his own instruments and always comes up with fresh ideas, we’ve been working together since “Love, Disorderly”. He produced a lot of this record with me, and we are also together during the creation process, we write a lot together. There is Maarten who comes from jazz, and Simon who’s the drummer. There is not a real structure in their playing, they’re completely free and very inventive in their own ways. Maarten can hear in which tune a dog can bark, so for example Obi is going around the floor with his guitar, making noise, scratching the guitar, and the sax player can pick up which note the floor is giving through the guitar and play it, so there’s an interaction that happens that I couldn’t never script. You don’t see that every day, and to see that is a gift, to put these people together is a pleasure.

  • Could you explain to us what your “Glossolalia” project is about? What is its nature and how is it evolving?

This project comes from the deep desire of building shared experiences. Pop shows normally starts at 8 p.m. and stops at 9:30, you get a beer, and you watch the band, we were questioning this one-dimensional way of doing a show and we wanted not only to criticise but come up with clear alternatives, so we created a choir base with twelve or thirteen singers and several musicians, Obi, Maarten, and me. It’s a performance based on improvisation, some of the pieces are written but they’re just a starting point from where we improvise; we’re all on the same stage, the audience can walk through us, and the result is this immersive and interactive experience of a live performance that you cannot get anywhere else. I’d love to continue doing these shows, they’re challenging, it’s a big production and quite experimental but it’s an ongoing project, we want to keep working on it.

  • During the pandemic, you released “A Collection of Broken Ideas”, an EP of two tracks of 20 min each, vibrant, subtle and instrumental. It is a melodical experience, full of textures and different atmospheres. Would you tell us about its creation process, the state of mind you were in at the time?

I want music to be long and meditative. At some point, making a pop song became a bit like painting a red square and a red square over again, and then a pink circle… I don’t criticise it because I love pop music, but I noticed that I was listening to a lot of classical and jazz music, these long compositions and ambience, so I wanted to create small compositions that I could improvise all in one big life setting, so I had my studio set up and did everything in one go. So in the final composition you have these combined recordings that I took from everyday life, like us going on holiday, an ambulance siren, the city, the sea… things that I’ve experienced in daily life that I recorded, but for me it feels more like a documentary of life at that time, it was a lonely time because I could not see my friends, so I was just by myself in the house, it was a way of doing music that felt healing to me. And it’s very important also because these little ideas and recordings can become songs later. I hope to do more of these “Collections of Broken Ideas”, it’s something that I can do sometimes when I am alone and it’s pleasurable to do.

  • You have mentioned becoming a father recently. How did this event affect you in an artistic and personal dimension?

It’s such a big event but also very humane and grounded. The whole day you are busy with very mundane activities, my empathy grew a lot. I think about the people that have jobs where they care for others like children, elder people or handicapped people and I realised the need for these types of jobs. It also put me a lot into place, because as a musician you’re always a bit self-obsessed, there’s a part of you that must be self-obsessed to be able to feel worthy enough to bring out this music otherwise you will not release it, put me into place and in good balance about what is important in life. And one thing is my work, and one thing is my life, and they influence each other, but it is not just me and my music, there is something a bit obscene about this way of being an artist that I don’t find very modern today, I want to question that idea of the rockstar a little bit because I think the modern rockstar is somebody who cares for other people, who’s kind, who puts a lot of care in the relationships they have with other people and I want to focus on that.

  • As a musician, what is your relationship with social media?

A difficult one, because social media is based on celebrity culture but at the same time it is my only window to the world to get people to come to my shows, so I use it, you can see on my social networks that I don’t want to hide, for a while I was not very active, now I’m trying to be but in my own way without being stuck to what they dictate me to do.

  • And last but not least, we were wondering: what is Thomas Azier’s artistic Madeleine de Proust? (An expression used to describe smells, tastes, sounds or any sensations reminding you of your childhood or simply bringing back emotional memories from a long time ago.)

There’s a book that I love, it’s called Sombrero Fallout by Richard Brautigan, he does poems but it’s a real funny book. We laugh a lot, it’s absurd, weird, and funny, it brings me back to something that is both dark and funny at the same time. Also, there’s a painter called Nicole Eisenman whose paintings are one of the best things I’ve ever seen. She’s one of the best painters I’ve come across, she paints really exciting stuff, so if you have a chance to check out her work, do it!


After this interview, Thomas electrified the crowded Point Ephemere hall by playing most of his new album. But also tracks from his previous releases, such as “Starling”, “Entertainment”, “Strange Day on the Train”, his intense cover of “Freed From Desire”, and “White Horses”, iconic from his 2018 album “Stray”, which set the stage on fire as a final bow.

« The Inventory of Our Desire » by Thomas Azier, to be released on February 10, 2023 via Hylas Records.


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Gabriela Perozo

Gabriela Perozo

Journaliste et écrivaine vénézuélienne tombée amoureuse du terroir français.