[LP] Thom Yorke – Anima

Depuis « Kid A », les membres de Radiohead ont ouvert leur musique à des sonorités plus électroniques, jusqu’à en faire parfois le cœur de leurs compositions. Mais parmi leurs différentes inspirations et l’étendue des registres qu’ils jouent ensemble, Thom Yorke privilégie synthétiseurs et boîtes à rythmes en solo. Souffrant de la comparaison, ses deux premiers albums étaient un peu timides. L’artiste se tournait vers de nouveaux instruments, favorisant des instrumentations dépouillées et des rythmiques bizarres. Mais le résultat toujours simple en apparence cachait un long processus de découvertes et d’expérimentations. Après une campagne de promotion orwellienne, « Anima » étend son œuvre avec franchise et comme d’habitude, c’est beau.

Do you have troubles remembering your dreams?

Quelques jours avant sa sortie, le métro londonien se voilait de fausses publicités pour Anima Technologies, une société fabriquant des dream cameras pour récupérer nos rêves perdus, avec un pseudo-site officiel et un numéro de téléphone. Les monuments de la ville étaient couverts de projections, imitant les campagnes de pub bien agressives auxquelles on échappe difficilement.  Couleur dystopie sociale avec nuances d’angoisse, Thom Yorke poursuit une des thématiques dominantes de Radiohead depuis les années 90 avec « Fake Plastic Trees », « Street Spirit », « OK Computer » dans son intégralité et surtout, « Fitter Happier ».

 This machine will, will not communicate

Bien que les paroles de l’artiste nous aient habitués à cette approche, « Anima » surprend dès ses premières secondes par ses sonorités. Beaucoup plus rythmique et bruitiste que ses prédécesseurs, avec des morceaux frôlant la techno, l’album révèle d’un coup une facette que Thom Yorke sculptait depuis longtemps dans Atoms for Peace et ses collaborations avec Modeselektor, Flying Lotus, Burial et Four Tet. Travaillées en live puis en studio avec Nigel Godrich, les boucles qui composent le premier tiers de l’album semblent être des invitations au remix et à la danse. C’est l’axe majeur du court-métrage de Paul Thomas Anderson, entièrement chorégraphié, qui accompagne « Anima » depuis sa sortie. Le film, qui oscille entre claustrophobie et douceur, s’achève sur « Dawn Chorus », une ballade brillante et dépressive comme l’artiste en fait rarement, faisant le plus souvent le choix du détachement envers des sujets graves, comme s’il anticipait une glissade.

Pieces of a ragdoll mankind that we can create

Mais cette distance et le court-métrage indiquent une autre piste, la volonté de chercher, de créer du beau dans un climat suffocant. Pouvoir le reconnaître quand il y en a, négocier avec ce qui le censure, gagner du terrain. C’est peut-être ce contraste qui rend la musique de Thom Yorke aussi forte. Depuis plus de 25 ans, il n’a cessé d’intérioriser les évolutions technologiques, politiques et sociales dont il est témoin, à moitié acteur, à moitié étranger, pour les réfléchir vers le plus grand nombre dans sa musique comme un diamant. Entre sa créativité toujours changeante et son hyperactivité en live, Thom Yorke semble être préservé de la froideur de l’âge. Pour les fans de Radiohead, c’est l’indice d’albums à venir, changeants eux aussi, mais toujours virtuoses.

« Anima » de Thom Yorke est disponible depuis le 27 juin 2019 chez XL Recordings.


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