[Flash #44] Thérèse, Arnaud Rebotini, Laura Carbone, Cuushe et Unda Sway

Dans les couloirs de l’imaginaire artistique, nombreuses sont les portes et issues insoupçonnées menant à de nouvelles interprétations d’oeuvres d’ores et déjà passionnantes. Qu’il s’agisse de la capacité de relecture d’un hymne à la liberté ou symbolique du psychopathe ultime, de la puissance rock d’une captation live anthologique ou des poèmes animés d’une électro hypersensible, en passant par les effets radicaux d’une métamorphose psychique, ce nouveau Flash risque bel et bien de vous entraîner vers de nouvelles résolutions, deux mois avant la nouvelle année. Bon voyage intérieur !

crédit photo Unda Sway : Cassandre Magagnini

[Single] Thérèse – T.O.X.I.C (KasbaH Remix)

Deux solutions pour s’attaquer au formidable « T.O.X.I.C » de Thérèse : soit s’inscrire dans son propos de libération féminine en ralentissant la cadence et en approfondissant son discours, soit se servir de ses impulsions artistiques afin de donner vie à la rencontre de la sueur et de l’exclamation vocale. KasbaH a choisi la seconde solution en réécrivant la partition instrumentale du single, apportant ce qu’il faut d’énergie et de déchaînement pour augmenter la cadence d’une extase enfin appréciée et vécue selon sa juste valeur et le bonheur contagieux qu’elle est parvenue à nous transmettre jusqu’ici. Une seconde forme d’hymne, plus orientée vers le dancefloor et l’explosion physique des expositions mentales et émotionnelles de la musicienne, respectant un principe essentiel et vivant de la gestation originelle d’une chanson qui, décidément, n’a pas fini de faire parler d’elle. « T.O.X.I.C (KasbaH Remix) » se vit en extérieur, dans la communion des corps et des esprits surexcités par cette fabuleuse émancipation.


[Single] Arnaud Rebotini – Halloween Theme

Avouons dès maintenant une préférence pour la relecture du thème de John Carpenter par Tyler Bates, sur les redoutables Halloween I et II de Rob Zombie (version director’s cut, pour tous ceux d’entre vous déçus par le charcutage des longs-métrages afin de faciliter leur passage sur grand écran) : son piano désaccordé, ses voix féminines plaintives des spectres des victimes de Michael Myers… Le compositeur avait réussi à amplifier l’effet des notes précises de Big John. La curiosité nous a donc poussés à voir ce qu’Arnaud Rebotini, récemment césarisé pour sa superbe B.O. de 120 battements par minute, allait pouvoir accomplir de nouveau ; en tout cas, sur le papier, la rencontre était largement prometteuse. Et, sur microsillons, elle l’est encore plus : le minimalisme synthétique et nostalgique du musicien français apporte une menace supplémentaire, tant dans les langueurs de la mélodie principale qu’au fil de percussions imprévisibles et augmentant de façon exponentielle le suspense, tout en créant un décalage comme on n’en avait encore jamais entendu sur ce genre d’exercice éminemment périlleux. Arnaud Rebotini transforme « Halloween Theme » en phénomène astral et pyschique, reflet des pulsions meurtrières de l’un des serial killers les plus iconiques du 7e Art. Une résurrection parfaite et hautement risquée, mais maîtrisée et humble durant cinq minutes impeccables.


[Clip] Laura Carbone – Who’s Gonna Save You (Live at Rockpalast)

Il ne manquait à Laura Carbone qu’une captation live de ses deux premiers disques, évolutions primitives puis viscérales d’une femme que le rock attirait depuis des années du fait de ses formes libres et propices à l’exaltation d’un art en attente de liberté. Le futur Live at Rockpalast, prévu pour le 4 décembre prochain (Atlantic Curve / Schubert Music Europe / Aporia / Future Shock Records), méritait bien un extrait digne de la performance de la musicienne et de ses acolytes, celle-ci ayant acquis au fil des années et des voyages une aisance scénique la rapprochant des arts divinatoires. « Who’s Gonna Save You » va cependant encore plus loin, sa représentation visuelle alternant passages du concert et errance de Laura, vêtue d’une sublime robe rouge sang, dans un décor de sources vives et revigorantes. Une renaissance par les éléments naturels, les vestiges d’un passé toujours omniprésent mais qui a vécu son temps, son époque, en bouleversant l’existence de la compositrice. Le calme et la tempête, les veines et la sueur se confondent, donnant naissance à une créature au croisement du conflit intérieur et de la paix psychique. Qui pourra la sauver, sinon elle-même ? Les tournées et les disques ont contribué à sculpter celle que nous voyons ici et maintenant. Une réalité ancrée dans le présent et l’avenir, ces deux failles temporelles qui, dorénavant, lui appartiennent totalement.


[Clip] Cuushe – Magic

Les dessins berçant la solitude de l’héroïne de « Magic » font tout pour la libérer d’une insurmontable tristesse. Onirique et réservant des moments de grâce ultime, le nouveau clip de l’artiste japonaise Cuushe allie les atmosphères électroniques mélancoliques de sa composition aux illustrations entre naturalisme et rêve lucide de Tao Tajima et Yoko Kuno. Cette magie que l’on préfère ne pas toucher, de peur d’abîmer sa délicate fragilité, nous appelle cependant à l’aide ; de créatures gigantesques en décors immenses et menaçants, d’une destination inconnue à la compréhension d’une vocation imaginaire puis écologique, le court-métrage s’amplifie le long des mélodies synthétiques précises et sensitives de la compositrice, alors que son chant observe et réconforte la jeune fille sur laquelle il veille, jour et nuit. « Magic » est unique en son genre, mariant les traits fins et précis de l’anime avec les passions harmoniques d’une ode à la délivrance. Il faudra lutter et affronter de nombreuses épreuves ; mais la beauté éternelle qu’elles promettent vaut tous les sacrifices du monde.


[Clip] Unda Sway – Changes

« Changes » pourrait bien réconcilier tous les fans de hip-hop, de reggae et de musiques alternatives. En un peu plus de deux minutes, Unda Sway s’offre un Official Visualizer qui, tout en nous donnant le tournis, provoque des effets secondaires intenses et rares. Au fil d’un funk au ralenti, porté par les accords vifs et éclatants de la guitare, le titre déroule ses modifications psychiques et morales, son unification humaine et universelle par le biais d’un art de l’évocation désarmant et unique. Quand d’autres passent par la colère pour provoquer le changement radical des comportements, Unda Sway se focalise sur les conséquences, les résultats flagrants et immuables liés à l’unité des êtres et des instants de partage. Finalement, chacun demeure libre de trouver sa voie pour atteindre une plénitude intégrale et durable ; Unda Sway expose ses arguments de manière juste et sincère, ce que l’on ne va certainement pas refuser. Bien au contraire.

Partager cet article avec un ami