[EP] The Possums – Take Me Down

Dans notre rédaction, suite à une très belle exclusivité cet automne sur le titre « Take Me Down », cet EP tourne en boucle et nous prenons enfin le temps, de célébrer ce petit bijou de la pop hexagonale, dans l’attente d’un éventuel album, qui pourrait être la très bonne nouvelle de 2018. Comme peu de groupes actuellement, The Possums symbolise avec une élégance rare, cette approche amoureuse de la musique pop américaine des années 60 sur ce séduisant format court. Avec des morceaux aussi réussis et fins que « Take Me Down » et « A Little Place », le trio met en lumière un savoir-faire mélodique saisissant, qui se révèle dans les nuances de l’interprétation et dans une complicité instrumentale, tel que l’entretenaient les Byrds et les Everly Brothers de la grande époque.

Forcément, pour donner vie et corps à cette intention esthétique flagrante, il faut toute l’intelligence et le soin d’orfèvres passionnés, pour laisser cette sensibilité s’exprimer en dehors de toute considération normée du son. Un label comme Mojo Hand Records est donc arrivé à point nommé dans la courte histoire de The Possums. Ce nouvel espace indépendant, créé comme une évidence (et un besoin) par Arnaud Fradin (Malted Milk) et son complice, Tanguy Aubrée, a choisi de donner une belle chance à cette première signature très prometteuse. Ce récent repaire de brigands aux grands cœurs défend de la sorte une idée forte de la musique qui ancre son leitmotiv dans le rapport charnel du musicien à son instrument, d’ailleurs au-delà de la simple virtuosité. Plus sobrement, il est ainsi question ici de son, d’acoustique, de sessions où les mélodies comme les voix prennent possession de l’espace, avec grâce et finesse. Cause ou effet, T.Bo, Julien et Bastien sont tout simplement beaux à voir jouer, à l’image des vidéos très feutrées disponibles sur la toile, qui diffusent aussi bien un plaisir pour les yeux que pour les oreilles. Les quatre titres, qui composent « Take Me Down » transpirent par là même de cette lumière radieuse, de cette générosité douce, dans la moindre note de guitare, du moindre coup de caisse claire, du moindre accord d’orgue.

Fins et impliqués dans le jeu collectif, à l’image des très jolies harmonies vocales de « Sunday Kinda Saturday », nos complices distillent des compositions pleines de nuances et de subtilités. Ils savent prendre leur temps, en laissant s’installer l’émotion, comme avec ces très beaux slides de pedalsteel sur « A Little Place », rappelant à juste titre de beaux moments du grand Neil Young en compagnie de son fameux Crazy Horse. Rien n’est vraiment provoqué entre les musiciens, tout est finement amené et semble couler de source. En fermant les yeux, ce sont nos représentations fantasmées des États-Unis qui se matérialisent dans une vision panoramique, rurale et boisée, parcourue par de grandes routes interminables, qui mène aussi bien nulle part que vers tous les possibles. L’écriture et la composition sont forcément marquées par cette imaginaire outre-Atlantique, naviguant entre le tendrement nostalgique et le subtilement irrésistible. Un road-movie commence en général, lorsque la radio s’allume. La FM diffuse des tubes, gravés dans le sillon des plus fascinants disques de folk, de country, de blues et de soul américains. « January, 1961 » aurait de fait très bien pu clôturer n’importe quel épisode de la série Fargo des Frères Cohen, comme un hit éternel, tiré d’un juke-box poussiéreux.

crédit : Méline Ripault

Il n’est pas étonnant de découvrir que nos trois compères ont été rejoints sur ce disque, par quelques membres de Theo Lawrence & The Hearts, pour emmener encore plus loin ces remarquables compositions. Les deux entités affichent, en effet, une proximité d’état d’esprit et une même soif dans la poursuite d’un ailleurs musical aussi judicieusement tourné vers le passé qu’ancré dans la vérité de l’instant présent. The Possums n’est donc plus un groupe à suivre, mais un groupe à écouter de toute urgence.

« Take Me Down » de The Possums est disponible depuis le 20 octobre 2017 chez Mojo Hand Records.


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Laurent Thore

Laurent Thore

La musique comme le moteur de son imaginaire, qu'elle soit maladroite ou parfaite mais surtout libre et indépendante.