[Live] The Lemon Twigs et Laure Briard à l’Aéronef

Il y a des concerts qu’on attend plus que d’autres. Avec deux albums en trois ans comme autant de succès critiques et une moyenne d’âge inférieure à 21 ans, le moins qu’on puisse dire est que le passage de The Lemon Twigs à l’Aéronef de Lille était de ceux-là. Pourtant, tout ne s’est pas passé comme prévu ce soir-là… Récit.

The Lemon Twigs © David Tabary
The Lemon Twigs par David Tabary

La soirée débute avec le concert de Laure Briard et ses « briardinos ». En scène avec ce groupe de musiciens plus talentueux les uns que les autres, Laure Briard délivre une pop délicate, fragile (elle indiquera au public avoir écrit son album après une rupture douloureuse) et millimétrée. C’est beau, et la timidité de la jeune femme s’évapore à chaque début de morceau pour mieux réapparaître à la faveur de quelques blagues laissant un public – qu’on découvrira bientôt difficile – sans réaction.

On est tout de même à des années lumières de la pop exubérante que l’on attend de The Lemon Twigs et des frères D’Addario suite à leur deuxième album concept, « Go To School », plus proche d’un opéra rock à la Rocky Horror Picture Show que d’une pop mélancolique typiquement française. Et le contraste est assez troublant, comme si on avait vu un bon concert qu’on n’attendait pas forcément, et que la soirée pourrait s’arrêter là.

Mais à ce moment apparaissent The Lemon Twigs, le plus jeune des frères habillé en icône rock et l’autre plutôt en baba cool tout droit revenu des années 70. Sur scène, c’est bien le rock qui est mis à l’honneur avec une orchestration toutes guitares dehors qui laisse peu de place à la nuance. Michael est bien devenu le leader charismatique du groupe à la faveur de cette tournée, avec ses faux airs de Julian Casablancas et ses déhanchés à la Mick Jagger. Des morceaux comme « Small Victories » sont rallongés pour faire de la place à de longues plages d’instrus de guitares et de jams que le groupe aimerait nous faire passer pour des impros alors qu’on devine bien qu’absolument rien n’est laissé au hasard dans ce show, mais on fait comme si on y croyait et on se dit que c’est vachement bien quand même.

Et pourtant au bout de quelques morceaux la mayonnaise retombe (à moins que ça ne soit le soufflé), sans doute au moment où Brian, le cadet des D’Addario passe aux claviers pour quelques titres. Assez vite, on voit même Michael avoir des mouvements d’humeur et s’agacer contre son pied de micro. Rapidement, c’est au public qu’il s’en prend, faisant des grands gestes d’agacement face à une foule impassible là où il attendait manifestement que tout le monde tape dans ses mains. Il faut bien avouer que de mémoire d’habitué de l’Aéronef, on a rarement vu un public aussi mou. Quand on sait que deux jours plus tôt, ça pogotait sévère au Roundhouse de Londres, il y a de quoi rester circonspect.

Ce qui nous amène à la grande question du jour : l’ambiance d’un concert décolle-t-elle parce que le public est bon ou parce que l’artiste est bon ? Dit autrement : est-ce à la foule de galvaniser un artiste ou l’inverse ? La réponse est sans doute plus complexe qu’elle n’y paraît et on aurait bien envie de faire une réponse de Normand. En tout cas, dans la plupart des grands concerts, une alchimie se créée et l’un devient le moteur de l’autre, jusqu’à une forme de plénitude et d’orgasme partagé.

Pour une raison inconnue, ce ne fût pas le cas ce soir-là. La faute à un public petit bourgeois de sortie un vendredi soir pour voir une des sensations musicales de ces dernières années ? Peut-être aussi un peu la faute à un groupe qu’on espérait sur le registre de l’orgie glam pop plus que sur l’énergie rock d’un déluge de guitares saturées empêchant de saisir la moindre nuance de leurs titres pourtant tellement élaborés et construits sur disque.

On pardonnera volontiers à chacun, en se disant que ce n’est pas si grave et que ça arrive à tout le monde, dans l’espoir de se retrouver très vite pour conjurer le sort et se redonner une chance de vivre ensemble une nuit mémorable. Et puis le final du concert, « If You Give Enough », interprété à deux guitares et un piano, était quand même vraiment très chouette et méritait à lui tout seul le déplacement.

Setlist

  1. Never in My Arms, Always in My Heart
  2. Foolin’ Around
  3. Small Victories
  4. This is My Tree
  5. I Wanna Prove to You
  6. The Lesson
  7. Hi + Lo
  8. Light and Love
  9. These Words
  10. Tailor Made
  11. Baby, Baby
  12. The Queen of My School
  13. Home of a Heart (The Woods)
  14. The Fire
  15. As Long as We’re Together
  16. If You Give Enough

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