[LP] The Franklin Electric – Blue Ceilings

Avec « Blue Ceilings », les Canadiens de The Franklin Electric offrent un album intemporel, bercé d’influences folk et pop ne conservant que l’essence de ces deux genres pour mieux les dénuder et leur donner un environnement totalement original et imprévu. Ne s’inscrivant dans aucun courant connu, le disque se suffit à lui-même et devient rapidement une source de plaisirs interdits et de mélancolie tantôt pesante, tantôt libératrice.

La réputation de The Franklin Electric n’a cessé de grandir ces dernières années, et pour cause : le projet, porté par Jon Matte, Martin Desrosby, Kevin Warren et Ken Pressé, n’a eu de cesse de réinventer un genre que lui seul semble à même de représenter, quelque part entre les steppes arides du folk et la douceur aqueuse de la pop. Ne souffrant d’aucune étiquette restrictive, le groupe a constamment remis ses idéaux en question, ce qui apparaît comme flagrant sur « Blue Ceilings », chef-d’œuvre généreux et sensible qui s’explore de fond en comble au fur et à mesure d’écoute inévitables autant qu’indispensables. Car l’art atteint ici son apogée, entre images mentales et contact visuel et sonore, comme une peau tannée que l’on caresse et qui nous rassure. Entre les bleus à l’âme et les douleurs inhérentes à chaque chanson, le quartet a su préserver son identité tout en l’ouvrant à d’autres horizons, plus contemplatifs mais toujours aussi particuliers.

Les mouvements vaporeux et maritimes de la musique de The Franklin Electric auront rarement été aussi palpables. Que l’on erre entre les vallées désertiques d’un folk intimiste et précis (« I Know The Feeling », « So Far ») ou, au contraire, dans les méandres de couloirs interdits aux mélodies aériennes et dont l’altitude et la pureté semblent inatteignables (« Save Yourself », « Walk With You »), on se sent comme happé par les tourbillons harmoniques en mouvement constant de l’opus, charriant son lot de glaces figées dans le temps et l’espace (« It’s Taking You ») ou de torrents écumeux et libres (« Resistance »). Avec une ambition sans faille et un sens inégalable de la structure et de l’inventivité, les quatre musiciens se complètent, s’écoutent et se répondent en invitant à leur table une tristesse sous-jacente qui nous marque autant qu’elle nous réconforte. Les vertus médicinales du spleen de « Blue Ceilings » se font alors sentir bien après les derniers accords de « Blue Ceilings (Outro) », tandis que l’on s’éveille d’un songe purificateur et merveilleux sur ces ultimes notes et accords de piano solitaire et mémorable.

Humeur sans cesse réinventée et bouleversée, la nature humaine et juste de The Franklin Electric n’aura jamais été aussi poignante et minutieuse. Chaque titre est ciselé avec finesse et concision, laissant entendre de possibles envolées pour mieux se poser sur nos corps meurtris et les réchauffer. Une offrande aussi thérapeutique qu’éternelle, se moquant de ce que le tout-venant pop et folk actuel peut valoriser afin de parvenir à atteindre des sommets de générosité et de sentiments cristallins et revigorants. « Blue Ceilings » est une libération, une jouissance extrême et lumineuse ; une statue de marbre aux contours vaporeux et satinés, que l’on admire avant de se perdre dans son regard profond et captivant.

crédit : LePetitRusse

« Blue Ceilings » de The Franklin Electric est disponible depuis le 24 février 2017 chez Indica Records.


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Raphaël Duprez

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