[Live] The Dø et Mesparrow au Chabada

Devenir mainstream par la force des choses, c’est un peu l’histoire de The Dø. Il était un projet pop-folk touchant, chaleureux, vivant, qui osait et prenait des risques. Le duo franco-finlandais sentait le naturel, l’audace et dégageait finalement une douce odeur de sincérité et d’évidence. Puis est venu en fin d’année dernière ce changement de cap – voire de public – pour eux, d’une pop toute en retenue vers une électro (presque) grand public, pourtant bien terne et pompeuse à côté de la douce mélancolie des premiers disques. Pas désagréable pour autant, on ne retrouvait juste pas ici l’essence complice des deux protagonistes Olivia Merilahti et Dan Levy. Le charme de nos premières rencontres s’était peu à peu évaporé. On attendait donc, avec curiosité et bienveillance, la bonne occasion de pouvoir juger de la pertinence scénique de The Dø en 2015.

The Dø © Fred Lombard

Mercredi 25 mars au Chabada, en première partie de soirée, la Tourangelle Marion Gaume – alias Mesparrow – fait forte impression. Seule sur scène avec ses machines et ses pédales looper, Mesparrow captive l’auditoire. Féline, tout de noir vêtue, – et présentant une gémellité troublante avec Marie-Flore -, la chanteuse à voix plurielles épate par son aisance à prendre possession de la vaste scène autant qu’à manipuler adroitement chaque enregistrement. Comme un karaoké 2.0.

A capella ou en beat box, le timbre rauque et sauvage de la miss Sparow fascine. Au service d’une créativité et d’une fantaisie débordantes, elle devient la chef d’orchestre d’une musique organique devant son pupitre magique. Elle qui nous raconte ses histoires fantastiques, avec du coffre et du corps, dont on retiendra parmi les quelques jouées ce soir « I Don’t Want To Grow Up » ; ou comment le temps s’est arrêté le temps d’un morceau.
On parlera d’un one woman show un peu fébrile, un peu fiévreux devant un public contemplatif et attentif, séduit par la tribalité de certains moments comme par la frénésie de ses pas de danse assurés.

Avant même le début du concert de The Dø, on se demande à quoi donc peuvent bien servir ces filaments pendus au-dessus de la scène. Simple distraction ou plus-value esthétique ? En dessous, positionnées en arc de cercle, les cabines des musiciens, soutenues par des piliers rouge écarlate, donnent l’impression d’assister à un concert dans un labo scientifique. À nous d’être les prochains cobayes de l’expérience « Shake Shook Shaken ».

Habillée d’un long trench rouge, Olivia Merilahti s’installe au centre de la scène, pour inaugurer un set où la pose prend le pas sur l’émotion. Rien n’y fait quand, ensuite, la belle Scandinave entreprend des postures de taï-chi devant le public, comme pour combler le peu d’originalité du projet par une présence scénique quasi inexistante. Pas de quoi marquer les esprits.
Sans âme et sans passion, et donc sans intérêt, les cinq membres sur scène font dans le strict minimum : un récital électro-pop morne, complété d’un light show blasant au possible où alternent écrans de fumée et projections au laser. Et dont on perd même la certaine finesse des arrangements du dernier disque, écrasée par des basses cataclysmiques et une omniprésence des percussions.
Que penser alors de ces musiciens dans le surjeu permanent, ne réalisant plus à quel point leur haute opinion d’eux-mêmes les rend hagards et déconnectés du public ? À l’image du bassiste, sacralisant chaque note jouée comme s’il avait réalisé un exploit.
Et Olivia aura beau s’en excuser d’un « Sorry about this » sur « Opposite Ways », rien n’y fera.

Une chose est sûre : on a perdu la sincérité et l’évidence des précédents disques. The Dø est devenu ce qu’il craignait le plus jusqu’alors : un produit de grande consommation. Surfait et très vite pénible, rien ne sauvera la prestation morose du naufrage, pas même la reprise de « On My Shoulders » revisitée à leur sauce 2015. Pourquoi nous infliger à tout prix cela ?
Alors finalement, quand on repense à son dernier album, sacré « Album rock » aux dernières Victoires de la Musique par les votants, on a quand même sacrément envie de rire.


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