[LP] The Church – Further Deeper

Ou ce qui semble être un très bon album de rock mélancolique devient, en l’espace d’un titre, un chef-d’œuvre empli d’émotions fortes.

The Church - Further Deeper

34 ans que les Australiens de The Church circulent sans jamais se relâcher sur les routes du space rock et du psychédélique. Un tiers de siècle, pas moins, à divaguer dans les terrains vagues d’un genre qui peut vite se perdre, disparaître sous les déchets d’ersatz sans goût ni passion. On peut, à juste titre, craindre une certaine roublardise, une facilité dans les compositions après avoir vu du pays, produit à un rythme effréné (25 albums, tout de même) et fouillé toujours plus les décombres alternatifs de la musique planante. Que peut-on attendre alors du quatuor, au milieu des bootlegs, compilations non officielles et autres pertes de membres en cours de route ? Simplement un album résolument moderne, baigné de lyrisme à chaque carrefour et de moments aériens et aquatiques furieusement passionnants. Bref, l’entité semble repartie pour encore une bonne trentaine d’années, si le temps (qui semble n’avoir aucune emprise sur eux) ne les rattrape pas d’ici là.

« Further Deeper » résonne et devient rapidement addictif, sans jamais se surestimer lui-même. Et pourtant, il serait facile pour les quatre cavaliers de la mini-Apocalypse sonore ici offerte de n’accorder que le minimum syndical. Mais non. Les guitares fusionnent et constituent un terreau spacieux et puissamment évocateur (Pride Before a Fall, Volkano), s’amusent à se courir après dans les vallées désertes de paysages brumeux (Love Philtre, Laurel Canyon) ou s’égarent au plus bas de puits sans fonds, perdues dans les molécules subversives d’une eau claire et rafraîchissante (Vanishing Man, Toy Head). Il est dès lors impossible de ne pas considérer le disque comme le plus fascinant des livres : une fois la première page tournée, on ne peut plus le quitter. Ici, les notes sont autant de caractères, de mots à définitions multiples, de termes sulfureux et captivants. On tend les mains pour atteindre le zénith providentiel de ces douze chansons, on s’y répand littéralement afin de laisser son duvet nous étreindre.

Mais, tandis que l’on croit déjà tenir entre nos mains tremblantes un chef-d’œuvre destiné à devenir référentiel, un titre vient bouleverser nos synapses déjà totalement alertes. Globe Spinning, opera rock de 6 minutes, est l’empreinte d’un pas de géant dans la boue provoquée sur ces mêmes terres par les torrents de pluie qui se sont auparavant abattus sur nous. Furieusement psychédélique dans sa structure, voire progressif, il devient un négatif encore plus fabuleux et lumineux que tout ce qui nous a déjà été donné par le groupe, une image en lumière noire qui révèle ses contours dans l’obscurité la plus profonde. On ne peut qu’utiliser l’adjectif pourtant si péjoratif « démentiel », puisque l’on oscille entre folie maîtrisée et cavalcade aussi impromptue qu’infinie, là où les nappes de synthés percutent arpèges et rythmiques en constante évolution ; dans ce même lieu reculé où la voix de Steve Kilbey devient plus évocatrice que jamais, tantôt grave, tantôt touchant les hautes sphères. Pivot de ce « Further Deeper » déjà obsédant, Globe Spinning prouve à qui en douterait encore que The Church est incroyablement moderne et, plus que tout, savamment sûr de lui. Car parvenir à conter tant de belles histoires sur un format aussi court et casse-gueule relève du génie, ni plus, ni moins.

crédit : Malcolm Viles
crédit : Malcolm Viles

Le bush australien a ses menaces latentes ; mais les quatre de Sydney demeurent, eux, les pionniers d’un rock fait de paysages vaporeux et de plaques tectoniques dont les mouvements fulgurants ne vont pas s’arrêter de sitôt. Grand bien leur fasse.

« Further Deeper » de The Church, disponible depuis le 17 octobre 2014 chez Unorthodox Records.


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