[Flash #51] The Breakfast Club, DECASIA, Sis, Greg Novan et Grand Hall

De déconvenues en deuils, d’impuissance en illusions perdues, d’espoirs en dérives spirituelles, ce nouvel épisode de Flash invite plusieurs univers différents dans leur approche de l’art mais pourtant portés par le même objectif : contempler l’après, ses causes, ses conséquences, ses apprentissages. Que celui-ci soit imprégné d’influences diverses ou, au contraire, s’essaie à de nouvelles expérimentations musicales et conceptuelles, il demeure le fil conducteur d’œuvres nous incitant à la méditation et à la prise de conscience que rien, quoiqu’on en dise, n’est jamais vain. Les mirages, même les plus intouchables, peuvent devenir réalité dès lors que leur expression est aussi limpide et réflexive qu’à la découverte impromptue de ces cinq chapitres inédits.

crédits : Lucie Pastureau et Lione Pralus / Andrew Mason / Camille Dossin

[Clip] The Breakfast Club – Dear Ghost

Il existe des hommages au commun des mortels, lorsque l’ultime issue se présente et se fait irrévocable, qui revêtent nettement plus d’espoir et de respect que d’autres, plus classiques ou trop larmoyants. « Dear Ghost » fait partie de ces poèmes certes emplis d’une absence et d’une mélancolie prégnantes, mais également d’une acceptation du passage vers l’au-delà. Ici, les instruments se transforment en voix des disparus, délicatement frôlés par le duo lillois The Breakfast Club au fil d’une pop vaporeuse et veloutée. Dépassant l’absence en connectant leurs tenues à des décors imprégnés de souvenirs, de joies et de peines, ce pur moment de prière et de réconfort se fait rapidement indispensable à toutes les âmes en quête d’une épaule sur laquelle s’appuyer, tandis que les larmes évacuent les craintes et la solitude.

« Dear Ghost » (EP) de The Breakfast Club, sortie le 11 mars 2022 (Pancakes Prod. / Wiseband)


[Single] DECASIA – Skeleton Void

Tapi dans l’ombre et bientôt en proie à une insatiable voracité, DECASIA dépouille les restes encore fumants d’un rock psychédélique beaucoup plus risqué que celui de bon nombre de ses confrères. Annonciateur d’un premier album, « An Endless Feast For Hyenas », prévu pour le 5 avril prochain chez Heavy Psych Sounds Records, « Skeleton Void » terrasse par sa puissance électrique et une manière subtile puis carnivore de transporter les mélodies vers des sommets de puissance et des ravages émotionnels et sensoriels imparables. La progression inéluctable du titre n’octroie aucune pause à l’auditeur, saisi dans les mâchoires de cette petite merveille incisive et affamée. L’opus à venir promet de grands moments de transe et de perte totale de nos inhibitions, ce dont nous n’allons certainement pas nous plaindre.


[EP] Sis – Gnani

7 janvier 2022 (Native Cat Recordings)

Pris par surprise, l’auditeur de « Gnani » se verra immanquablement attiré vers une lumière rédemptrice qu’il n’aura plus eu la chance de contempler depuis de trop nombreux mois. Profitant de la période tourmentée des deux années venant de s’écouler, la compositrice et multi-instrumentiste californienne Jenny Gillespie Mason s’est focalisée sur une introspection continuellement en quête de pureté, afin de transmettre par son art les réflexions et solutions d’un bien-être rassurant et salvateur. « Gnani » est une œuvre sensorielle, passant d’une émotion à l’autre sans que cela paraisse un seul instant brutal ou malvenu. Parcouru par la voix consolatrice de l’artiste, cet opus du calme et de la contemplation se pare d’une intelligence structurelle envoûtante, achevant de transformer notre découverte en ouverture spirituelle unique et prometteuse pour les périodes qui s’offrent à nous, que ces dernières soient inquiétantes ou emplies de surprises merveilleuses et imprévisibles.


[EP] Greg Novan – Doorsteps

4 mars 2022 (Ditto Music)

Personne ne l’avait vu venir. Ou, plutôt, n’aurait imaginé qu’un tel songwriting puisse surgir de nulle part et s’imposer comme la relève hexagonale de genres populaires et humanistes américains. De ce fait, « Doorsteps » élève Greg Novan au rang tant convoité de compositeur hors norme, bercé par la narration des grands espaces et les longs regards intériorisés de l’individu contemplant le monde qui l’entoure. Immédiat et communicatif, le disque s’écoute avec un plaisir indéfectible et une irrésistible envie d’en découvrir chaque chapitre, que ceux-ci regardent les horizons folk rock de paysages entre poussière et landes rurales ou le blues inspiré d’un homme aux semelles de vent parcourant un chemin infini et s’arrêtant, au gré des carrefours et des villes, là où sa curiosité s’abreuve des contes et légendes qu’il y éprouve. D’une écriture fine et franche, porté par des arrangements sobres et séducteurs, « Doorsteps » nous convie à ouvrir les portes d’habitations accueillantes, pour mieux entendre les anecdotes et les secrets d’êtres éperdument attachés à la transmission de leurs cultures, de leurs joies et de leurs épreuves.


[EP] Grand Hall – Lumière décline

4 mars 2022 (autoproduction)

Conjuguant les allers-retours amoureux et les instants du jour et de la nuit, lorsque le temps s’arrête avant de laisser place à ses conclusions douces ou amères, « Lumière décline » s’insinue dans les zones à peine éclairées de nos émotions pourtant fortes et souvent terrassantes. L’intelligence de l’écriture de Grand Hall prend toute sa dimension intime et communicative par le dialogue constant entre une voix murmurée, charriant ses poèmes crépusculaires et solitaires, et des arrangements pop rock traçant les contours de ruines n’apparaissant jamais de la même manière selon l’heure et le climat. De ces errances atypiques et cependant tournées vers de pures espérances, l’auditeur scrute et découvre les liens mystérieux tissés de part et d’autre du spleen et du désir. Sensuel et acide, l’opus caresse et brûle, imbibant ses substances harmoniques de saveurs auxquelles il est impossible de résister. Les effets secondaires n’en seront que meilleurs et laisseront, une fois leurs vapeurs dissipées, une sensation durable de compréhension ultime de la réalité passionnelle.