Après l’excellent « 1+1=1 », Teorem affine son sens de la composition et de la narration en déambulant dans les rues de la capitale, portant à bout de bras son électro humaniste et réaliste.

Écouter Teorem, c’est vivre une histoire, une évocation d’images, de souvenirs et de sensations immédiats et, parfois, d’une crudité troublante et parfaite. La musique du compositeur parisien est un conte cruel de la vie moderne, une contemplation à la fois sereine et colérique de la désincarnation de l’être, perdu dans la cité et au milieu du marasme humain. « Terminus Montparnasse », successeur du déjà magnifiquement malingre « 1+1=1 », prend comme fondation de son langage la ville devenue, sous ses doigts et dans son verbe, une mégalopole de la solitude et du silence. D’anecdotes en constats, l’EP promène son caractère révolté et désabusé avec une concentration et une intelligence constantes et marquantes.
S’ouvrant sur « Paris », introduction au défilé de comportements et de bâtiments que nous nous apprêtons à explorer et rencontrer, « Terminus Montparnasse » répand un art électronique proche des douceurs aigres-douces du funk, source parfaite d’un lyrisme engagé et fédérateur. L’allure de l’ancienne Lutèce fait peine à voir dans les mots de Teorem, Atlantide urbain noyé sous la saleté et l’impersonnalité, avant que les drames et les envies ne se précipitent. « Je pense donc je fuis » évoque le regret, la crainte de l’engagement, même pour quelques heures, pour finir devant un café et en alignant cigarette sur cigarette dans l’atmosphère faussement sereine de « Douce mélodie ». Dès lors, « Le roi des croches » s’amuse de l’attraction et du désir, grâce à ses images aquatiques, pour mieux illustrer le besoin viscéral du contact physique. Quitte à ce que l’objet de tous les vices soit cette « Barbie de Barbès » que le héros nocturne convoite mais perd, noyant son désespoir et son spleen dans la splendeur acoustique de « Le jour et la nuit », résultat de l’égarement dans les rues pourtant familières d’une Babylone n’étant plus que l’ombre d’elle-même.
« Terminus Montparnasse » fait des ténèbres le point de départ d’une errance citadine durant laquelle tout est possible, de l’espoir de l’amour au regret de la perte. Teorem n’est pas qu’un simple auteur : il vit ses chansons intimement et passionnément, poète moderne et sulfureux des dérives individuelles. Un disque qui frappe par sa sincérité et impacte notre psyché en nous faisant voir le monde qui nous entoure d’une toute autre manière. Pour le meilleur.

« Terminus Montparnasse » de Teorem est disponible depuis le 26 janvier 2018 Chez Meteor Production.
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