Cela fait tout juste un an que le quatuor britannique Temples a sorti son premier album, « Sun Structures ». Nous les avons rencontrés à Paris lors de leur dernier concert au Festival Black XS, pour évoquer cette année 2014 passée sur scène tout autour du monde. À l’image de ce dernier concert parisien en tête d’affiche, les quatre garçons de Kettering en Angleterre sont devenus incontournables sur la scène rock indépendante. Un nouveau statut qui ne semble pas remettre en cause leur processus de création musicale, à l’écart des studios et des grands producteurs, d’après Thomas Walmsley (basse) et Sam Toms (batterie).

- Sun Structures a été sacré « Album de 2014 » par les magasins/labels Rough Trade ; qu’est-ce que cela vous fait ?
Thomas Walmsley : C’est un peu surprenant de leur part, puisque il y a eu plein d’excellents albums qui sont sortis en 2014. J’ai trouvé cela très troublant, mais c’est un grand honneur !
- C’est à l’image d’une année assez folle pour le groupe. Qu’est-ce qui a été le plus important à réaliser selon vous ?
Sam Toms : Juste de faire des tournées toutes l’année. C’était dingue.
TW : Je pense que nous avons réussi à devenir un groupe de scène avant tout, et c’est la chose la plus importante. Nous avons tellement joué en 2014, bien plus qu’avant que l’album n’arrive. Il y a eu très peu de temps morts. Nous sommes devenus un vrai « live band ». C’est ce que nous voulons faire depuis toujours !
- Pourtant, avant même la sortie de l’album, vous avez vraiment réussi à faire parler de vous et à multiplier les scènes…
ST : Oui, grâce à un bon management sans aucun doute. Il est important de réussir à faire le buzz même sans avoir sorti son album, pour ensuite développer notre projet avec une bonne assise. On a eu cette chance d’avoir beaucoup de gens qui croyaient en nous dès le début.
TW: On a mis en avant quatre ou cinq chansons pour commencer, afin d’imaginer une sorte d’EP de tous ces titres. Depuis le début, on essaye de donner l’impression d’être familier à un maximum de gens. Cela a beaucoup aidé, parce que les gens nous sont restés fidèles jusqu’à aujourd’hui. Que les gens sentent qu’ils sont proches de notre musique était important. Et cela a contribué à notre réputation actuelle.
- Quels ont été vos meilleurs souvenirs ici, en France ?
ST : L’un des tous premiers concerts qu’on a fait était ici, à Paris ; je crois que c’était mon préféré. Mais je n’arrive jamais à prononcer le nom de la salle…
TW : La Maroquinerie !
ST : C’est ça ! J’adore cette salle, on a passé un super moment ici. On avait fait des concerts avec plein d’artistes de notre label Heavenly Recordings. C’était tellement génial. Il y avait Toy, Charlie Boyer, Stealing Sheep… tout un package d’artistes. Quand est-ce que c’était, Thom ?
TW : En avril 2013, je crois.
ST : Parmi nos moments favoris, je mettrais aussi un show au festival This Is Not A Love Song à Nîmes cet été. Il y avait avec nous The Fall, Slowdive, The Brian Jonestown Massacre et Lee Ranaldo.
TW : Je me souviens aussi du concert à Belfort (Eurockéennes 2014.) Il y avait eu comme une tempête. La scène était à moitié sous l’eau. Tu te rappelles ?
ST : Et comment ! Je m’attendais à ce que la scène s’effondre ! (rires)
- Récemment, vous avez proposé une toute autre vision de votre album avec « Sun Restructured » : de quoi s’agit-il exactement ?
TW : C’est une version remixée de l’album.
ST : Une version réalisée par Beyond The Wizard’s Sleeve, le projet de Erol Alkan et Richard Norris. Nous avions déjà travaillé avec Richard Norris sur un remix de « Mesmerize ». Nous ne sommes pas vraiment des fans de remixes mais nous avions trouvé intéressant de réaliser ce projet, quelque chose d’assez différent. À partir de nos travaux, Erol et Richard ont tout réimaginé d’une manière complètement différente : séquences prolongées, sonorités redécouvertes, etc… Ils ont incorporé plein de nouvelles choses qu’on n’entendait pas à la première écoute.
TW : Il fallait trouver un juste milieu entre le fait de sonner « familier » pour ceux qui connaissaient déjà l’album et introduire de nouvelles choses. Je pense qu’ils y sont parvenus et c’est formidable. Mais après, c’est aux gens de juger !
- Vous avez également remis en ligne votre toute première vidéo, pour « The Golden Throne », l’un de vos plus vieux titres. C’est un montage vidéo assez intéressant, avec des images d’un très vieux film…
TW : C’est un film de Kenneth Anger, qui s’appelle « Lucifer Rising »(1972, NRLR). C’est un court-métrage expérimental, dont nous avons collecté quelques extraits. C’est très important pour nous : c’était l’une des inspirations principales du groupe quand nous avons débuté, pour toute l’imagerie et les visuels qu’on a voulu développer avec notre album.
ST : Cependant, nous l’avons retiré quand nous avons commencé à sortir nos propres clips pour nos singles. Mais je pense qu’il était important de le proposer à nouveau au public maintenant que tout cela est derrière nous, pour les gens qui ont découvert la chanson avec l’album. D’autant plus que la vidéo est très cohérente avec notre projet, c’en est même la source.
- Je me suis toujours demandé comment une de vos guitares pouvait autant sonner comme un cuivre dans « Keep in the Dark ». C’est la magie du studio ?
ST : C’est un effet fuzz, qu’on réalise grâce à une pédale. Ce n’est pas un bonus du studio, on le fait également sur scène.
- Temples a commencé en tant que duo, avec toi Thom, et James. Comment le format à quatre a-t-il fini par s’imposer ?
TW : Je pense qu’avant qu’on soit quatre, le groupe n’existait pas encore vraiment. C’est seulement quand on s’y est mis tous ensemble que Temples est vraiment né. On se connaît tous de longue date. Nous venons tous les quatre de la même ville, Kettering. C’est assez petit, et si on y est musicien, on est presque obligé de connaître tous les autres musiciens de la ville. Nous avons grandi là-bas en même temps, passant du temps ensemble chaque week-end. C’était presque naturel qu’on finisse par lancer ce quatuor.
- « Shelter Song » n’est pas seulement votre single le plus connu : c’est la toute première réalisée par le groupe, celle sur laquelle repose tout votre projet.
TW : C’est la toute première qu’on a réalisée tout les quatre. Le premier accomplissement du groupe dans le sens où était très satisfait du résultat. Ensuite, logiquement, elle nous a aidé à trouver notre son. On a décidé de se baser là-dessus pour tous nous travaux suivants. Ce n’est pas si simple que cela, de partir de si peu pour arriver à un album. Mais il y avait quelque chose de tellement fort dans cette chanson que nous sentions que c’était une base de travail solide pour définir la suite. C’est donc resté le cœur de notre projet.
- Et vous avez tout réalisé seuls, sans producteur et sans studio, de la conception à la production, et même jusqu’au mixage.
TW : Oui, grâce au home studio de James. Parce qu’aujourd’hui, on n’a pas besoin d’un studio professionnel pour faire de la musique. On peut la créer de plein de façons. Il faut juste le bon équipement et le lieu adéquat.
ST : Aujourd’hui, il y a tellement d’options possibles, c’est presque comme si les studios pro étaient passés de mode. D’ailleurs, si tu regardes tous les groupes underground qui montent un peu, ils ont tout fait par eux-mêmes. Et à ce moment là, on a un vrai contrôle sur tout ; inutile de faire venir quelqu’un d’autre pour le faire à notre place. Donc, pourquoi pas ? Désolé pour les studios, nous ne voulons pas leur faire perdre de l’argent.
TW : On a tout produit et mixé à l’origine mais cela ne nous a pas empêché ensuite de faire appel à quelqu’un pour nous aider lors du mixage et du mastering.
ST : Oui, même si tout ce processus à été réalisé à distance, à New York, pendant qu’on était en pleine tournée européenne. Mais franchement, j’aurais beaucoup aimé aller sur place !

- Et maintenant, quel est votre programme pour 2015 ? Vous n’avez presque plus de concerts prévus.
ST : Ce serait bien de revenir un peu dans l’ombre pour redevenir créatifs. Ne pas être en face des gens quelques temps, pour créer sans aucun jugement, secrètement. On ne va pas beaucoup jouer cette année.
- Est-ce important de continuer à auto-produire votre musique, même si désormais vous avez les moyens de faire appel à des professionnels ?
ST : Tu connais peut-être l’expression anglaise : « If it ain’t broke, don’t fix it » ? Pourquoi changerions-nous de méthode ? Parce que maintenant, beaucoup plus de gens nous connaissent et que nous sommes devenus plus « grands » ? Ce n’est pas une raison. Ce serait bien de collaborer avec quelqu’un d’autre, d’avoir une vision différente. Mais nous préférons garder un contrôle complet sur notre musique.
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