[EP] TĀLĀ – Zāl

Mélangeant électro taillée pour les discothèques et influences orientales dissimulées sous les sonorités artificielles de claviers et beats échevelés, la jeune musicienne TĀLĀ livre un nouvel EP brassant les genres pour en laisser ressortir des chansons aussi originales que rythmiquement imparables.

On peut trouver la musique électronique, et plus précisément l’électro-pop, rébarbative et ennuyeuse au possible car, en apparence, uniquement faite pour obliger les corps à se trémousser langoureusement ou énergiquement sur des dancefloors enfumés et aux lumières beaucoup trop vives. En gros, pour voir des gamins remuer dans tous les sens sans aucune logique, mais simplement par besoin de transpirer et d’exulter avant de retrouver une petite vie estudiantine proprette. Et on aurait bien tort, notamment lorsque l’on découvre les nouvelles pistes (de danse) de l’artiste londonienne TĀLĀ qui, avec « Zāl », nous offre six titres malins et aussi motivants que remarquablement composés. Gageure assez difficile à accomplir dans le genre, c’est indéniable ; mais cet EP recèle tellement de bonne volonté et d’idées brillantes dans les arrangements et séquençages qu’il serait dommage, par a priori, de passer à côté.

Passée une intro montant en intensité tout en baissant les lumières, « Fire Starter » déclenche les stroboscopes en dynamitant les stéréotypes et en mêlant invocations vocales aiguës et pulsations saccadées et mécaniques, tout en donnant immédiatement envie de se lever et de bouger. Une entrée en matière efficace mais qui ne laisse en rien deviner ce qui suit, « Talk 2 Me » nous emmenant dans des îles lointaines où les chorégraphies ancestrales nous étreignent en se mélangeant à des samples tribaux infernaux. Le titre éponyme tient plus du liant entre les deux parties distinctes du disque, laissant le champ libre au minimaliste et hypnotique « The Duke » avant de clore ce voyage imprévisible et intense par un « Tell Me That » très r’n’b dans l’âme, mais contenant toujours ces plaisirs orientaux disséminés un peu partout tout au long de l’opus. Sans jamais vouloir exagérer sa musique ou la surcharger d’arrangements inutiles, TĀLĀ dessine les contours d’un art certes informatique, mais toujours proche de ses racines iraniennes et de son background artistique anglo-saxon.

« Zāl » est donc autant une invitation à fouler les planches qu’une exhibition sans fard du talent de sa créatrice ; celui de brasser les ambiances et styles en toute liberté, sans jamais les orienter vers tel ou tel automatisme électro. Non, TĀLĀ agit plutôt par instinct, sans retenue, en se servant des machines comme d’une source intarissable de production sonore et de mélodies enchevêtrées et délicieuses. Une sucrerie que l’on savourera selon son humeur, mais qui fait souffler un vent de liberté dans nos oreilles et nos esprits, nous incitant à voyager dans un ailleurs thérapeutique et excitant dont seule la compositrice possède les clés.

« Zāl » de TĀLĀ est disponible depuis le 9 décembre 2016 chez Columbia Records.


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Raphaël Duprez

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