Si le rock doit représenter ce besoin inné de s’envoler vers des sommets de calme et de tempête, nul doute que Swings fait partie de tous ces groupes à même de nous y emmener, à travers un disque brillant et céleste.

On se souvient tous de ces grands moments de mélancolie que nous inspiraient les albums d’Idaho ; ces vagues de guitares pleurant sur les mers de la tristesse, hurlant à la mort pour mieux appeler à la rescousse une envie sous-jacente de balayer les sentiments les plus pesants et négatifs. Comment, alors, ne pas penser à ces sublimes envolées, en découvrant « Sugarwater » de Swings, jeune groupe originaire de Washington et bercé d’un vague à l’âme inspirant les plus belles ballades de l’affliction ? Un LP court, condensé sur une petite demi-heure mais ayant déjà tout d’un grand moment du rock. De ceux qu’on n’avait plus entendus depuis les pérégrinations de la bande à Jeff Martin, ou de Slint. Ces défunts magnifiques qui, seuls, amenaient leurs cœurs de perdants dans la lumière.
Les pistes, dépassant rarement les trois minutes, se révèlent être un condensé de sentiments rock lents et prêts à imploser sans crier gare. « Dirty Blue » concentre toute sa puissance dans une montée sur le fil du rasoir, mettant en avant les événements qui vont bientôt se produire. De déflagrations sonores étonnantes (le faux blues de « Blood on Seesucker », les élans indie de « Dust ») en moments d’apaisement sur la corde raide (Tiles, Fever), Swings déverse sa lave dans des océans de six cordes toujours prêtes à cracher un venin qui s’immisce dans nos esprits. A ce titre, l’interlude donnant son nom au disque nous emmène d’autant plus dans les ténèbres, moment suspendu où le piano et le vocoder s’unissent pour mieux nous diriger dans un noir d’encre. « New Year », qui clôt cet effort vibrant et mature, suppose une suite que l’on espère rapide, même si le projet évolue d’ores et déjà, à nos yeux, dans la cour des grands.
Sur ces canevas déliquescents et versatiles, Swings pose une voix entre douleur et apaisement, nous contant les complaintes d’une existence elle aussi au bord de la falaise, prête à sauter dans le vide. Le spleen devient à la fois romantique et tourmenté, murmuré et avançant dans le labyrinthe de la conscience, en toute sincérité et humilité. Ainsi, l’auditeur se présente devant l’autel brumeux et obscur que représente « Sugarwater » aussi nu qu’un nouveau-né sur le point d’être baptisé, dans une eau froide mais éminemment réaliste. Le groupe marche, la tête basse, au milieu des cendres d’une musique qu’on croyait à jamais perdue, mais qui retrouve maintenant ses plus belles lettres de noblesse. Coup d’essai, coup de maître.

Il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre ce périple semé d’embûches et de peine ; mais cette invitation à la danse la plus langoureuse se doit d’être acceptée, sans aucune hésitation.
« Sugarwater » de Swings est disponible depuis le 13 novembre 2015 chez Exploding In Sound Records.