Swann, l’interview à cœur ouvert

Parisienne de 23 ans, Swann, dernière belle signature du label Atmosphériques sortira le 12 novembre prochain son premier album « Neverending » enregistré au Pays de Galles avec Rob Ellis.
À deux mois près de cette sortie attendue que j’ai pu apprécier en avant-première, j’ai saisi l’occasion d’une rencontre avec la jeune artiste touchante et authentique.

  • Bonjour Swann, je viens de finir l’écoute de ton premier album « Neverending ». Ce fut un véritable plaisir de le parcourir. Ton album fait 14 pistes, ce qui est assez rare pour un premier disque.
    Peut-on parler de ce disque comme d’un journal intime dévoilé par la musique ou à l’inverse comme d’un recueil d’histoires imaginaires ?

Merci, je suis ravie que l’album te plaise… La musique a toujours été pour moi un moyen d’exprimer mes états d’âme, mes pensées et mes obsessions. Chaque titre a une histoire particulière, et correspond à des étapes de ma vie.
En ce sens, on peut parler d’une sorte de « journal intime » ; mais j’ai toujours voulu éviter de raconter ma vie à travers ma musique. Mes chansons correspondent plutôt à de petites « paraboles », si je puis dire : je tente d’élargir mon expérience à des choses plus universelles. Une façon de ne pas tomber dans la lassitude sûrement, et de prendre du recul sur ma vie.
Je veux que ma musique parle au plus grand nombre. Par exemple, dans « My Darling« , je parle de la peur de s’endormir, du sommeil comme une petite mort ; j’ai donc extrapolé ce sentiment et ai imaginé une scène, une histoire entre deux personnages, un décor…
En quelques mots, je dirais que j’ai tendance à « romancer » un peu l’autobiographie en cherchant à la dépasser, en y ajoutant des détails. Il s’agit donc en quelque sorte d’un mélange entre « journal intime » et « histoires imaginaires »…

  • Cet album, tu as dernièrement eu l’occasion de me le présenter comme ton « album du cœur ».  Je comprends ta relation à cet album comme un accomplissement, celui d’avoir été au bout de ce projet d’enregistrement, et d’avoir pu retranscrire tes chansons sur disque de la manière dont tu les ressentais.

En effet, « Neverending » est l’album du cœur. Pas uniquement pour moi, mais aussi pour les musiciens et les personnes qui m’ont aidée à le réaliser. C’est mon premier album, j’ai mis environ huit ans à l’écrire. J’ai toujours été spontanée dans l’écriture : j’écris ce qui me vient sans trop y réfléchir, la musique et les paroles. Même si je retravaille certains aspects, je m’efforce toujours de ne pas m’éloigner du message que j’ai voulu faire passer initialement. Et j’ai également appris à exprimer mes envies, mes idées, en termes d’arrangements, ce qui n’était pas évident au départ ! Nous vivons dans une société où l’on nous formate beaucoup, à l’école notamment, et il est souvent difficile de sortir de ce carcan et de laisser parler son imagination : il s’agit de dépasser un « complexe ». En cela, j’ai l’impression d’avoir réellement ouvert mon cœur, justement. Cet album en est donc le résultat. Il est encore plus abouti que ce que j’aurais pu imaginer, notamment grâce aux personnes qui m’ont aidée à le réaliser.

  • Même si j’ai trouvé une ligne directrice dans Neverending autour d’un folk intimiste (I’ll Say A Prayer), ton album est indiscutablement voyageur quand il passe d’un blues teinté de soul (Love You Tonight / Love Song #1), à du pop folk nostalgique (Angel of Death) pour du rock un peu psychédélique (Show Me Your Love). Quelles personnes, quelles rencontres t’ont invitée à orienter ta musique ainsi sur cet album ?

Je ne le dirai jamais assez, je dois tout à mes parents. Ils m’ont éduquée ainsi, m’ont appris à découvrir différents types de musique : ma mère écoutait beaucoup de musique classique, de folk, et de pop, dont Leonard Cohen, Cat Stevens, Elliott Smith, Lennon ; mon père était plutôt rock, il écoutait notamment les Rolling Stones, le Velvet Underground, David Bowie etc. Rien ne m’a été imposé, c’était même parfois un jeu : je me souviens encore lorsque nous écoutions « Joe’s Garage » de Frank Zappa dans la voiture, je devais avoir 12 ans, et qu’on tapait dans nos mains et qu’on chantait.
À partir de ça, j’ai fait mon chemin en cherchant à découvrir de nouvelles choses. J’ai découvert Syd Barrett au collège, un vrai choc. Je ne voue pas de culte à tous ces artistes, mais j’ai la sensation qu’ils font partie de ma vie. Ensuite, j’ai rencontré Stephen Munson (guitariste dans le groupe), qui m’a présentée à Mocke Depret (guitariste également), Brad Scott (contrebassiste), David Berland (pianiste) ; puis Emma Mario (batteur) nous a rejoints. Ces musiciens sont aujourd’hui comme des membres de ma famille, et ils ont renforcé toutes ces choses qui apparaissaient timidement dans ma musique. Ils m’ont donné beaucoup d’assurance. Rob Ellis, qui a réalisé l’album, m’a également aidée à aller encore plus loin dans ce processus.
En fait, je suis incapable de dire à quel genre appartiennent telles ou telles chansons de l’album, car elles me viennent spontanément à l’esprit. Mais je suis ravie de voir qu’elles semblent variées, car c’est à l’image de ce que j’écoute, ce que j’aime et ce à quoi j’aspire. Mon pire cauchemar serait de m’enfermer dans un style de musique !

  • De nombreux textes de ton album parlent de l’amour. Peut-on comprendre ton album comme un album rythmé par ta relation, par ton regard sur l’amour ? 

C’est vrai, je parle beaucoup d’amour… Mais il ne s’agit pas uniquement de l’amour entre deux personnes, ma vision est beaucoup plus large. Je n’ai jamais voulu tomber dans le cliché des chansons d’amour ; d’ailleurs, dans « Love Song #1« , je chante « This is a love song, nothing new« , un peu ironiquement. Je pense à l’amour comme une force qui permet d’avancer, de se relever, ou encore d’ouvrir son monde et de déplacer les limites du possible. Dans « Love You Tonight« , je me demande simplement comment profiter de l’amour tout en sachant qu’il peut se terminer d’un jour à l’autre.
« Show Me Your Love » parle davantage du besoin d’amour, d’attention et de bienveillance que l’on ressent tous.  Beaucoup de « love » en somme !
Le regard de l’autre, le regard qu’on porte sur l’autre, peut changer une vie. Je ne conçois pas la mienne sans ces relations… Les interactions entre les personnes, la relation à l’autre… : toutes ces choses sont très fortes et m’obsèdent réellement.

  • En poursuivant sur la signification des titres de ton « debut album », ce fameux « Neverending », comment l’as-tu choisi et que représente-t-il pour toi ?

Ce titre m’est venu juste avant d’enregistrer l’album. L’idée que tout puisse finir me hante ; j’ai très peur de la fin du monde, aussi idiot que ça puisse paraître ! « Angel Of Death » parle d’ailleurs de cela. Or, lorsqu’on écrit des chansons, lorsqu’on crée quelque chose à partir de ses peurs, c’est pour les dépasser.
C’est pour cela que j’ai pensé à « Neverending« . L’idée que finalement, rien ne se finit jamais, même si les choses évoluent et changent.
C’est peut-être pour cette raison que l’album comporte 14 titres ! Et le dernier morceau « Hold Me Close » se termine sur une longue partie instrumentale, qui donne la sensation que l’album ne se termine jamais vraiment.

  • On sent à la fois de la fragilité et de la sensibilité dans tes textes comme dans ta voix. Tu as une voix très mure, très affirmée tout en dévoilant une véritable tendresse et passion au fil de tes morceaux. Quels albums et quelles chanteuses t’ont inspiré ta musique et ton chant qui t’es singulier ?

Honnêtement, je ne me suis jamais vraiment posé la question… j’ai toujours eu la voix grave, depuis que je suis petite ; un jour, un camarade de classe m’a demandé pourquoi j’avais une voix de garçon ! Mais ça ne m’a jamais vraiment gênée. Je suppose que c’est cette tessiture qui donne une impression de maturité – mais je ne suis pas sûre d’être toujours aussi mure que ma voix peut le laisser penser ! Je me laisse vite envahir par les émotions.
Pour le chant, je n’ai pas pris de cours, car j’ai toujours eu peu de perdre de l’authenticité. Autant j’ai puisé dans mes inspirations pour écrire des chansons, autant je n’ai pas l’impression de m’être inspirée de voix d’artistes.
Encore une fois, je sais que c’est idiot à dire, mais je chante avec le cœur, je ne réfléchis pas vraiment ; et je suppose qu’au fil du temps, j’ai appris comment utiliser ma voix par rapport aux morceaux que j’écrivais.

  • Tu as été révélée par Noomiz, qui t’a ensuite ouvert les portes du label Atmosphériques avec qui tu as signé ce premier album. Qu’est-ce qui t’a amené à être remarquée par le label de Louise Attaque, Monogrenade et Charlie Winston ? Quel a été le rôle de tes supporters dans cette réussite ?

Noomiz m’a aidée à faire connaître ma musique : début 2010, je me suis inscrite sur le site, et en avril 2010, on m’a proposé de jouer pour la première « NIP » à L’International, à Paris. C’est une belle vitrine pour exposer ce que l’on fait ; beaucoup plus efficace que MySpace, je pense. Je vivais encore à Londres à cette période.
En juin 2010, j’ai rencontré pour la première fois Thierry Philippon et Marc Thonon d’Atmosphériques, qui avaient apparemment apprécié ce que j’avais mis en ligne ; je suis allée à ce rendez-vous avec ma guitare ! C’est drôle d’y repenser.
Sincèrement, c’est un si grand honneur pour moi de travailler avec Atmosphériques. L’avantage de Noomiz, c’est qu’ils proposent des choses concrètes aux artistes inscrits. Et ce sont de vrais passionnés, des gens très sympathiques et professionnels qui sont derrière tout cela.

  • Ton album a été enregistré aux Pays de Galles, notamment avec Rob Ellis. Comment s’est passée cette rencontre et que t’a-t-elle apporté d’inoubliable ? Quelles autres rencontres humaines et musicales as-tu faites au cours de ces sessions d’enregistrement à l’étranger ?

Je connaissais le travail de Rob (Anna Calvi, Marianne Faitfull, PJ Harvey, des projets de musique classique…) depuis quelque temps, mais je n’aurais jamais osé penser à une collaboration avec lui auparavant. Puis Atmosphériques m’a soumis l’idée, et tout s’est enchaîné assez rapidement, début 2012. Nous sommes allés à Londres rencontrer Rob, dans un pub.
Je pense qu’on a tous senti quelque chose arriver ; nous avons beaucoup parlé, ri, partagé, je me suis un peu confiée ; tout cela s’est fait très naturellement, tout comme la suite. Les deux semaines d’enregistrement, au Pays de Galles, ont confirmé cela : on travaillait tous avec le cœur, plus qu’avec le cerveau. C’était très intense. Le studio ressemblait à une vieille chapelle d’église, nous avions le sentiment qu’il était habité. Les murs étaient roses et Rob avait décoré la salle avec des guirlandes lumineuses. Nous étions dans un autre monde.
Ce qui m’a frappée chez Rob, c’est sa capacité à parfaitement cerner le projet, ma démarche, les chansons… et sa sensibilité.
Nous enregistrions toute la journée, jusqu’à minuit parfois. Je n’ai jamais vécu une expérience aussi forte en émotions. Les moments où nous jouions et que nous sentions qu’il était en train de se passer quelque chose de magique… La bienveillance de tous ces hommes qui m’entouraient… Toute l’équipe s’est réellement soudée pendant cette période ; l’ingénieur du son qui travaillait avec Rob, Tom Manning, est également devenu un ami proche. Nous vivions tous ensemble dans une grande maison de campagne en plein cœur des montagnes (Snowdonia National Park) ; forcément, les liens se resserrent.
J’ai l’impression d’avoir une deuxième famille aujourd’hui.

  • Il est dit sur ta bio que l’album a été enregistré live. Était-ce une volonté de ta part ou plus le désir de l’équipe qui t’a entouré ?

C’est Rob qui a proposé d’enregistrer l’album en live. À vrai dire, je savais que ça ne faisait pas peur aux musiciens, puisqu’ils ont tous beaucoup d’expérience ; je ne savais pas trop comment j’allais m’en sortir, mais l’idée m’a excitée.
Il faut dire qu’enregistrer live permet de garder cette énergie et cette magie : chaque prise est une performance collective, on se stimule les uns les autres. Tout a été enregistré sur bandes (et non directement sur du numérique); Rob nous donnait le top départ : « Tapes rolling… », et il n’y avait de la place que pour trois essais sur chaque bande. Tout ce processus nous a permis d’éviter de nous lasser ou de nous fatiguer à jouer quinze fois la même chanson. Il y a une dynamique incomparable lorsque l’on joue tous ensemble.
Et même les petits aléas du live peuvent se transformer en arrangements précieux et inattendus. Bref, enregistrer live s’est finalement imposé comme une évidence, et c’était simplement magique.

  • Si je te demande de résumer cet album en cinq mots comme les cinq lettres de Swann, à quoi penses-tu ? Je t’invite même à me les commenter si le cœur t’en dit !

Je n’ai pas trop d’idées de mots. Enfin peut-être des couleurs qui m’évoquent « Neverending »…

Rouge : pour la passion et le sang.
Noir : pour la peur.
Bleu : pour l’océan.
Rose : pour les murs du studio d’enregistrement et le retour à l’enfance.
Or : pour les étoiles et la nuit.

  • Neverending sort le 12 novembre prochain, quel plan as-tu prévu pour faire patienter (sagement) tes admirateurs pendant près de deux mois ?

Le 12 novembre va arriver vite ! Je peux offrir un peu de pain beurre ou des gougères au fromage.
Ou encore des sessions acoustiques, des vidéos, d’autres interviews, des dessins, des textes expliquant l’histoire de mes chansons, des playlists concoctées par mes soins, etc.
On peut presque vivre ensemble en attendant le 12 novembre !

  • As-tu prévu quelques concerts pour présenter cet album ?

Il y aura peut-être quelques concerts oui, à confirmer ! En tout cas je l’espère, le live est un aspect tellement important pour moi.

  • Je te propose de conclure cette interview de la manière qui te semble la plus pertinente et te remercie pour ta sympathie et ta disponibilité. À très bientôt !

Kenavo, thank you et à très bientôt…

Un grand merci à Chloé/Swann pour cette interview, Maël Esnault, Atmosphériques et Sophie Jarry pour ses belles photographies.

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