[Live] Starcrawler au Point Ephémère

Entre énergie punk et tubes pop, le groupe Starcrawler est la découverte chaude bouillante de ce début d’année. Démonstration de force au Point Ephémère où les Californiens ont performé leur album homonyme tout juste sorti.

crédit : Cédric Oberlin

Starcrawler, c’est d’abord une certaine frénésie rock’n’roll qui a secoué la toile avec une poignée de singles renversants. Dans la pure tradition californienne, le groupe de Los Angeles est adepte des guitares suantes aux mélodies aiguisées. Auteur de performances décoiffantes avec une énergie punk qui porte au sommet des tubes à la portée pop et complètement fédérateurs, Starcrawler fait partie des incontournables live-bands de ce début d’année. Un peu à contretemps de l’indie rock mélancolique ambiant, il était presque impossible pour nous de manquer son premier passage à Paris qui, dans le contexte idéal du Point Ephémère, n’était pas très loin de la démonstration de force.

Si la formation étale ses références avec une démarche qu’on voudrait croire révérencieuse sur son disque – sorti quasi au même moment – à Paris elle joue juste, dépoussière le genre au point que tout sonne fort et frais, tout en justifiant son intérêt par son rendement scénique. La setlist offerte est, elle, déployée de façon crescendo, tellement on sent que la prestation s’emballe au fil de morceaux, le band en donnant dans un premier temps tout juste assez avant de vraiment lâcher les rênes dans la seconde moitié du concert. Ainsi les riffs aussi jouissifs que catchy de « Love’s Gone Again » répondent à la batterie délirante et à la ligne de basse de « Different Angles », tandis que les fans s’époumonent en chœur sur l’efficace et très 90’s « Full Of Pride. »

Arrow de Wilde, chanteuse longiligne (de 18 ans !) s’emploie sur chaque morceau à réaliser une chorégraphie impressionnante de souplesse, tout en jouant de son micro (un peu capricieux d’ailleurs) pour scander des refrains repris comme des hymnes. Que ce soit sur le slow-rock « Chicken Woman » en conclusion du set, ou le très sexy « Pussy Power », l’Américaine à la présence électrique défie constamment le public. On l’a ainsi surprise en train de vider sa bouteille d’eau dans la fosse, ou (moins cool) y cracher une substance un poil moins aqueuse un peu au hasard. À ses côtés, son copain de lycée et guitariste Henri Cash est suffisamment expressif pour enflammer l’auditoire et complète le chant en assurant le chœur.

Étonnement, le groupe est déjà accompagné par une horde de jeunes groupies américaines venues ambiancer le devant de la fosse qui bouillonne dès les premiers instants et cherche à tendre vers le pogo. Difficile en effet de ne pas se laisser emporter par ces couleurs rock tantôt hard, tantôt soft, mais toujours marquées par une urgence folle, et toutes fruit du travail de production de Ryan Adams en studio.

À la fin du set, la chanteuse s’esquive par la fosse tandis que le live band termine en jam, et que son guitariste finisse sa partition au milieu du public, avant d’inviter une fan à achever le morceau à ses côtés sur scène en glissant son instrument sur ses épaules. Un vrai, mais bref moment de folie finalement intervenu un peu tard, tellement on espérait que le groupe ne sorte assez vite de ses gonds.

La prestation a été à la fois courte et efficace, à l’image d’un disque express de 27 minutes qui malgré ses qualités n’a peut-être pas l’espace nécessaire pour dire (ou faire) tout ce qu’il voudrait. Sur scène comme en studio, ses temps forts nous laissent donc un peu sur notre faim, car on voudrait en espérer toujours plus fort et encore plus long. La prochaine fois peut-être ?


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Charles Binick

Journaliste indépendant, chroniqueur passionné par toutes les scènes indés et féru de concerts parisiens