[Live] Sorcerer, No Relief, Who I Am et Doze : un cocktail hardcore pour une soirée brutale au Ferrailleur

Mardi 10 février, le hardcore s’est invité entre les murs du Ferrailleur, sur l’île de Nantes, avec en tête d’affiche l’un des représentants les plus singuliers de la scène française : Sorcerer. Récit d’une soirée aussi fédératrice qu’intense, portée par un line-up efficace et prometteur.

Doze © Hugo Deschamps
Doze © Hugo Deschamps

S’il est un style qui a le vent en poupe dans la sphère metal actuellement, c’est bien le hardcore. Il suffit d’observer les succès fulgurants des Américains de Knocked Loose ou, évidemment, de Turnstile (récemment récompensés par deux Grammy Awards), qui ont su élargir leur public après avoir amorcé un virage plus pop, sans jamais trahir leurs racines. Ce mardi soir, nombreux sont ceux qui ont bravé la pluie nantaise pour se réfugier dans un Ferrailleur presque plein comme un œuf et voir pas moins de trois groupes de hardcore français, et un autre venu d’outre-Manche.

Doze, les quasi-locaux de l’étape

La soirée s’ouvre avec Doze, un quatuor qui a presque le privilège de jouer à la maison. Originaire de Cugand, la formation vendéenne déploie dès les premières minutes un univers mêlant hardcore et touches black metal. La fusion fonctionne à merveille. Pendant une demi-heure, les musiciens alternent les tempos, enchaînent les breakdowns et installent un groove sombre et percutant, portés par un frontman à l’énergie communicative. À mesure que la fin du set approche, un premier mosh pit se dessine timidement. Le public semble déjà conquis. « On n’a pas de merch, mais allez acheter celui des autres groupes », lance le chanteur, visiblement reconnaissant du soutien apporté à la scène locale.


Who I Am, efficacité maximale

Who I Am prend ensuite le relais. La fosse commence sérieusement à s’animer lorsque les Angoumoisins entrent en scène. Active depuis plus de dix ans, la formation charentaise continue de défendre un hardcore direct, teinté de punk, porté par des riffs explosifs qui happent instantanément le public. Les premiers slammeurs montent sur scène, le mosh pit s’élargit et le micro circule, donnant lieu à de francs moments de communion. Les cinq musiciens sont également venus défendre Imminent Devastation, leur premier album sorti l’an dernier, un rouleau compresseur à l’esprit old school. Sur la scène, le talent de Who I Am s’est à nouveau illustré, et l’intensité de la soirée est montée d’un cran.


No Relief, représentants du hardcore de Brighton

C’est l’heure d’une nouvelle pause, d’une nouvelle respiration. Pendant ce temps-là, sur scène, les membres de No Relief se préparent. Les Anglais arrivent tout droit de Brighton, l’un des épicentres du hardcore dans le pays. Et parmi ses plus solides représentants, il y a donc ces cinq musiciens, qui ont déjà eu l’occasion de tourner avec des mastodontes du genre, à l’instar de Madball et Terror. Quasiment sans pause entre la fin des réglages et le début du set, No Relief entame son tour avec d’entrée de jeu une invitation à ouvrir le mosh pit. Et dans la fosse, la réponse est immédiate.

Un grand drapeau palestinien est hissé derrière la batterie. Le message « Free Palestine » sera d’ailleurs aussi repris plusieurs fois au micro par le frontman, déroulant son chant résolument punk et contestataire, souvent interprété en duo avec l’un de ses guitaristes. La formule séduit et le son aussi. Mélodique, groovy, massif, flirtant parfois avec le beatdown, le set secoue vigoureusement la salle avant l’arrivée du quatrième groupe, tête d’affiche de la soirée.


Sorcerer, coup de massue final

Il est 23h passées de quelques minutes lorsque Sorcerer fait enfin son entrée. Le nom du groupe s’affiche en grand sur le mur, tandis qu’une tête de diable orne l’un des amplis. Après quelques derniers ajustements effectués dans un calme olympien, la salle plonge à nouveau dans l’obscurité. Le son est assourdissant, les basses vibrent : le signal est donné. Capuche sur la tête, bras écartés face à la foule, Dominique Lucas, le chanteur lance les hostilités. La fosse n’attendait que cela.

Il faut dire que depuis la sortie de leur premier album, Devotion, paru en 2024, les cinq Parisiens de Sorcerer ont façonné leur hardcore autour de sonorités très heavy, qui parfois tendent vers le black, entre breakdowns ultra efficaces, phases mélodiques, le tout empaqueté dans un univers très sombre et cinématographique. Ce qui fait du groupe de la capitale une formation plus que prometteuse, à l’identité forte, qui a déjà fait ses preuves dans bon nombre de salles et festivals européens (notamment au Hellfest en 2024).

Ce mardi marque leur quatrième passage au Ferrailleur. Et une nouvelle fois, Sorcerer frappe fort. Dense, puissante et fédératrice, la performance se révèle d’une précision redoutable. Dans le pit, les adeptes du two-step se multiplient, les premiers rangs se resserrent, certains s’emparent du micro pour hurler les paroles. Le groupe conclut son set avec « Fortress », hymne au riff massif dont le refrain est repris en chœur par une salle compacte, poings levés. Une communion totale qui confirme une chose : la scène hardcore française a de très beaux jours devant elle.

Hugo Deschamps

Hugo Deschamps

Journaliste radio le jour, amateur de metal et autres bizarreries la nuit