En marge des Biennales Internationales du Spectacle (BIS), le TNT s’est mué en écrin pour une scène locale vibrante, entre jazz ornithologique, folk incarné et chanson francophone. Depuis l’arrivée de David Milbéo, la salle de l’allée de la Maison Rouge fait vibrer ses 28 ans d’histoire entre théâtre et musique. Mercredi soir, il fallait courir sous la pluie battante depuis Commerce pour trouver la chaleur de cette parenthèse suspendue : un moment de sensibilité pure où le silence de l’hiver s’est effacé devant une salle magnifiquement peuplée.

Electroplume : battement sauvage
La soirée s’ouvre sur une curiosité, un projet libre qui refuse les étiquettes. Entre jazz percussif et captations de la nature sauvage, Christophe Piot nous invite à une exploration ludique et interactive. Ici, la batterie, subtilement augmentée par l’électronique, dialogue avec les chants d’oisillons. On y croise le rossignol, mais aussi des spectres plus rares comme la grive des Bonin, espèce disparue dont le souvenir plane sur une parenthèse minimaliste d’une grande élégance.
Tandis que l’on sirote un verre, Electroplume sifflote les airs de ces curieux volatiles, transformant la salle en une volière imaginaire et colorée. Une migration immobile, aussi insaisissable que poétique.
GINA : grâce acoustique
Puis vient GINA. Seule en scène, maniant une six-cordes acoustique à la résonance sobre, elle déploie une présence qui saisit instantanément l’assemblée. Une voix suave, délicate, presque androgyne, qui rappelle l’intimité partagée d’une Jensen McRae ou la grâce intemporelle de Tracy Chapman. Dans une salle devenue soudainement muette d’attention, la Nantaise chante les choix difficiles et les tumultes du cœur.
Avec des titres comme « Hide » ou le poignant « Dark Home », écrit dans le sillage de la perte d’un proche, elle navigue entre la mélancolie d’Anohni et l’épure rythmique d’alt-J. Pas de fatalité ici, mais une solennité gracieuse portée par une âme radieuse. Un moment de bien-être pur, où la puissance de l’émotion naît de la plus grande des retenues.
Geoffrey Le Goaziou : envol francophone
Pour clore cette escale, Geoffrey Le Goaziou, désormais accompagné d’Étienne Quénéa, vient confirmer tout le bien que l’on pensait de lui. Son folk, déjà remarquable, gagne en limpidité en embrassant désormais la langue française. En duo acoustique, les acolytes nous invitent à une proximité rare, s’écartant parfois du micro pour laisser vibrer le bois des guitares et le grain des voix au plus près de l’oreille.
Sur « L’hiver est silencieux », le public se fait chœur ; sur « Des hauts des bas », on contemple la majesté des cimes alpines à travers un chant cotonneux et des harmonies chaleureuses. Geoffrey signe un répertoire d’une sincérité désarmante, culminant avec le magnifique « J’aime les gens qui aiment », texte d’une immédiateté bouleversante qui n’a rien à envier aux plus belles plumes de la chanson hexagonale. Un coup de cœur réitéré, une caresse auditive pour le restant de notre nuit.






































