[Live] GoGo Penguin et Daudi Matsiko à Stereolux : la ferveur jazz et la confidence folk

Alors que Nantes essuyait les averses ces derniers jours, c’est une douceur inattendue qui a enveloppé l’île de Nantes ce mardi 27 janvier. Dans un Stereolux (quasi) complet, l’atmosphère est au recueillement. Dans l’attente du trio mancunien, la salle se remplit paisiblement, lovée dans un jazz alternatif aux oscillations groove et electronica. Toutes les générations se pressent dans la fosse et aux balcons : un public d’habitués venu chercher une immersion sonore en terrain connu.

GoGo Penguin © Fred Lombard
GoGo Penguin © Fred Lombard

Daudi Matsiko : le murmure de la résilience

C’est au Britannique d’origine ougandaise, Daudi Matsiko, que revient la tâche d’ouvrir le bal. Seul ou presque, alternant guitare acoustique et rares nappes au clavier, il installe immédiatement un silence de cathédrale. Venu présenter son album The King of Misery, Daudi ne chante pas pour divertir, il chante pour survivre.

Avec une transparence désarmante, il évoque entre deux titres ses luttes contre la dépression et la bipolarité. Sa musique devient alors un compagnon de thérapie, une confession folk intime qui évoque la fragilité de Bon Iver ou la clarté mélodique de Novo Amor. Le public, hypnotisé par cette écoute religieuse, retient son souffle à chaque respiration. En terminant son set sur la douce « Take Me Old », Daudi Matsiko nous abandonne à une vulnérabilité foudroyante : un plaidoyer pour l’amour comme ultime rempart face à l’oubli.


GoGo Penguin : l’orfèvrerie rythmique

Le silence de cathédrale ne tarde pas à être balayé et le recueillement cède la place à l’énergie cinétique de GoGo Penguin. Si le groupe avance en terrain conquis, l’enjeu est de taille : défendre sur scène Necessary Fictions, leur nouvel album. C’est Nick Blacka, contrebassiste au français irréprochable, qui introduit les hostilités.

Dès les premières mesures, la machine se met en marche. Plus qu’un concert de jazz, c’est une cavalcade d’expérimentations. Le groupe déploie cette effusion savante qui a fait sa renommée : une technicité chirurgicale au service d’une émotion brute. Chris Illingworth au piano distille ses motifs cristallins, tandis que la section rythmique édifie des architectures complexes à donner le tournis.

Avec des nouveaux morceaux comme « Fallowfield Loops » ou le magistral « Living Bricks in Dead Mortar », GoGo Penguin prouve sa vitalité intacte. Les textures électroniques s’affirment, bousculent la rythmique jazzy et transforment l’écoute en un vertige grisant.

Au-delà du jazz

L’étiquette nu jazz semble bien étriquée pour contenir la performance de ce soir. GoGo Penguin explose les frontières, flirtant avec le rock et l’electronica dans un exercice jubilatoire. La symbiose entre les musiciens semble organique, un courant porteur ininterrompu qui emporte tout sur son passage. Le retour au répertoire de 2014 avec le merveilleux « Hopopono » démontre une cohérence artistique totale.

Le rappel offre un moment de grâce tant espéré : le retour de Daudi Matsiko sur scène pour interpréter « Forgive the Damages » avec le trio. Une respiration superbe avant l’apothéose finale sur le récent « Call to the Void ». Dans ce dernier élan, la contrebasse se fait électrique, le son devient volcanique, et le jazz mute en une matière rock en fusion. GoGo Penguin a atteint une maturité totale : celle des grands groupes qui ont compris que la virtuosité n’est qu’un véhicule vers l’ivresse.


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Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques