[Interview] SÔNGE

En l’espace de quelques mois seulement, SÔNGE s’est forgée une réputation qui, en plus d’être largement méritée, ne cesse de croître en touchant les mélomanes de tous bords, du blues au hip-hop en passant par l’électro. Un phénomène unique en son genre, et qui prend toute sa dimension aussi bien sur l’EP éponyme sorti en début d’année que lorsque la musicienne foule les planches, ses prestations habitées et puissantes parvenant à fédérer le plus grand nombre. Afin d’en savoir plus sur cette explosion musicale et ses inspirations, nous avons eu la chance de pouvoir échanger avec cette créatrice qui ne connaît aucune frontière, afin de la laisser s’exprimer librement sur ses désirs artistiques, ses compositions et un avenir que l’on qualifiera… d’ambitieux !

crédit : Goledzinowski
  • Bonjour et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Ton parcours est assez fulgurant, tu es très suivie et présente dans les médias. Comment parviens-tu à gérer cette renommée grandissante ?

Ça se passe très bien, les rencontres se font toujours dans la bonne énergie, et on me fait pleins de cadeaux ! (sourire)

  • Ton EP éponyme est sorti en début d’année et démontre une incroyable maturité, bien loin de ce que l’on peut entendre d’habitude en termes d’électro et de R’n’B. Comment as-tu appréhendé la préparation et la composition des titres qui le composent ?

Merci. Pour la composition de mes chansons, je m’inspire souvent du fantastique, de la mythologie. Par exemple, « I Come From Pain », c’est un passage d’un conte que j’avais imaginé quelques mois plus tôt. C’est l’histoire d’un voyageur qui entame son quarante-treizième tour du monde.

Je peux m’inspirer aussi de choses plus concrètes, plus scientifiques. La chanson « Colorblind », par exemple, c’est l’histoire de quelqu’un qui entend des couleurs.

Avant l’enregistrement de l’EP, c’était beaucoup de réflexion, et puis de moins en moins de sommeil aussi parce que je commençais à être obsédée par la musique. Je voulais quelque chose de radical, aller le plus loin possible dans mon idée. Je me perdais pas mal, je me retrouvais des fois, et je me perdais à nouveau. Mon manager me disait « Tu vas y voir plus clair bientôt, il suffit juste que tu te poses les bonnes questions », mais je n’avais aucune idée de ce que cette phrase farfelue voulait dire ! Puis, j’ai senti le besoin de passer à l’action ; je savais ce que je voulais, c’était le moment de sortir de ma bulle.

  • « What Happened » est impressionnant, notamment dans sa seconde partie, qui est presque tribale, musicalement et vocalement parlant. Comment est né ce titre, et de quelle manière as-tu décidé d’expérimenter ces rythmes et samples dans la chanson ?

« What Happened », c’est l’histoire d’une disparition et, surtout, d’une incompréhension ; donc, déjà, il y a ce côté un peu tribal. Et puis j’écoute pas mal de musiques africaines aussi, donc ça ressort de temps en temps.

  • Ta voix semble différente à chaque titre, notamment sur « Now », où elle est plus affirmée, plus profonde. Adaptes-tu ta manière de chanter aux textes et au cadre musical, ou tout cela est-il spontané ?

C’est spontané.

  • La production de l’EP est précise, rien n’est laissé au hasard, et il s’en dégage pourtant une urgence, un besoin de danser, de bouger. Comment as-tu géré le travail d’enregistrement, de production et d’arrangement sur ce disque ?

On a travaillé à deux avec Sayem. Moi je faisais la prod’ de départ, donc les batteries, les basses, les synthés, aussi les mélodies de chant et puis les paroles. Et lui s’occupait de la réal’, c’est-à-dire qu’il prenait tous ces éléments et il les rendait plus intelligibles. Par exemple, on a refait des structures, des batteries. Il y a des synthés de mon ordinateur qu’on a réenregistrés avec ses vieux synthés analogiques. Moi, je suis plus de la génération ordinateur ; et luis c’est plus le délire des vieux synthés. Il m’a aidée à donner plus de rondeur et de chaleur à mon EP. Mais, au-delà du côté technique, il m’apporte un recul considérable.

  • Le synthé qui accompagne ta voix sur « Colorblind » sort totalement de l’ordinaire, tant sa mélodie est obsédante et mélancolique. « Colorblind » pourrait être considéré comme de l’anti-R’n’B, car beaucoup plus profond et ingénieux. D’où est né ce dialogue entre ta voix et le clavier, qui se complètent parfaitement ?

Merci beaucoup. Oui, c’est ça, c’est une sorte de dialogue entre un synthé un peu serpent avec un chant qui parle de la synesthésie. C’est comme si ce synthé serpent était un synapse dans ton cerveau et qu’il se chargeait lui-même de transformer la musique en couleurs dans ta tête. La nature est bien faite !

  • Ta musique est évolutive, elle ne répète pas les mêmes thèmes ni arrangements, mais au contraire les explore et les approfondit au fur et à mesure des minutes. Est-ce une volonté de ta part, afin de justement te démarquer de ce qu’il est possible d’entendre d’habitude en musique électronique ?

Non, c’est juste que j’aime bien quand ça change, quand il y a du suspens.

  • « I Come From Pain » a une ambiance très blues et soul, complétée par des instruments synthétiques mettant encore plus en valeur ton travail vocal. Cette musique est-elle, pour toi, une source d’inspiration, un genre que tu aimerais plus explorer sur de futures compositions ?

La musique qui m’inspire le plus, en termes de progressions harmoniques, c’est le jazz, donc le blues et la soul ne sont jamais loin, en effet. Mais, pour le coup, j’ai composé « I Come From Pain » à partir du morceau « Clair de Lune » de Debussy.

  • Tu es parvenue à te tailler une véritable réputation d’artiste de scène, tes performances sont saluées par tous, y compris un public qui n’adhère pas forcément à ton style. Comment expliques-tu le fait de réunir, autour de tes compositions et de tes concerts, autant de gens de milieux artistiques différents ?

Merci beaucoup ! Je ne sais pas précisément.

  • Tu définis ton style comme du « R’n’B lunaire » ; que cherches-tu à exprimer avec cet adjectif ?

Souvent, je dis R’n’B lunaire, émotions électroniques, hip-hop pandémoniaque… Ça paraît un peu obscur comme ça mais, en concert, je pense que ça prend tout son sens.

  • L’EP étant déjà très varié, il laisse supposer que tu serais à l’aise dans d’autres genres musicaux, moins électroniques par exemple, comme le blues ou même le folk. Aimerais-tu t’essayer à de nouvelles sonorités, de nouvelles textures mélodiques ? Es-tu quelqu’un qui aime apprendre toujours plus, artistiquement et humainement parlant ?

C’est vrai que j’ai beaucoup de plaisir à jouer seule en acoustique avec mon likembé (piano à pouces congolais). Ce que j’aime avec cette configuration, c’est l’espace. J’ai toute la place que je souhaite et puis, aussi, le temps m’appartient : je peux ralentir, accélérer, m’arrêter. Même si je suis maître de mes machines avec la configuration électronique, je n’ai pas cette souplesse, là. Donc oui pour le folk. Par contre, non pour le blues, car j’en ai trop entendu au Conservatoire.

  • Tu vas te produire au Crossroads Festival et ta prestation est très attendue. Quels sont tes désirs concernant ce concert, dans ce cadre précis ? Comment envisages-tu ta performance ?

J’ai super super hâte d’être à ce concert, ça sera mon premier concert de la rentrée. Et puis j’aurai des nouvelles chansons, c’est l’occasion rêvée de les jouer.

  • Quels sont tes projets dans les mois à venir ?

Composer l’album et apprendre les 500 décimales après la virgule du nombre Pi !

crédit : Goledzinowski

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