[Live] Une soirée montréalaise au Printemps de Bourges

Avec trois projets de la nouvelle scène montréalaise et une chanteuse brésilienne, la dernière soirée au 22 Est avait pour visée première le dépaysement et le choc des cultures pop. Au programme, les chansons du cœur tendre Karim Ouellet, celles plus mélancoliques de Peter Peter, la présence chaleureuse de la radieuse Flavia Coelho et l’électro hip-hop déjanté de Misteur Valaire. Une programmation colorée et très changeante.

Peter Peter © Fred Lombard


Karim Ouellet : élégance pop

Aux couleurs de son second album « Fox », Karim Ouellet sème les influences au fil de ses titres : de la chanson, de la pop évidemment, mais également un peu de reggae, de blues et de folk.

Pour son second passage à Bourges, après une prestation en extérieur sous la pluie l’an dernier, le chanteur montréalais joue ce soir en formule allégée. Karim, à la guitare et en costard cravate s’entoure de ses compagnons Guillaume Tondreau, bassiste, et Olivier Beaulieu, batteur, tous deux arborant le nœud pap : un peu d’élégance ne gâche rien. D’une voix pleine d’assurance, avec une certaine tendresse, Karim Ouellet nous entraine dans l’œil blues de son « Cyclone » où Guillaume aux chœurs nous fera parfois penser à un certain Cee-Lo Green. On sera heureux d’entendre son enthousiasmant tube « Fox » pour nous emmener vers « L’amour » autre single fort et entraînant de son dernier album.

« Plume », sa chanson écrite en 2010, « le cœur brisé en mille morceaux humides », tiré de son premier album éponyme et interprété seul à la guitare fera un petit quelque chose au public ; que de compassion ! Moment plutôt calme et léger de la soirée, parfois naïf même, le concert de Karim Ouellet fut aussi le plus expéditif ; une demie heure de set, pas plus, bousculée par une reprise surprenante du « Bumaye » de Major Lazer (dont l’artiste se dit fan depuis quelques années) et conclue par « Marie-Jo » joué en acoustique devant un public chantant en cœur son refrain gentillet. Karim Ouellet, c’est donc quelques bons singles, mais parfois, le live vire à qui sera le plus mignon entre un public sentimental et un trio qui use et abuse de tendresse et de compassion.


Peter Peter : spleen hypnotique

On avait hâte d’écouter et de vivre la musique de Peter Peter sur scène. C’est une hypnose mélodique teintée de mélancolie que le parolier et compositeur montréalais nous a offerte. Récemment révélé en France, Peter Peter est venu présenter son second album « Une version améliorée de la tristesse » à Bourges, lui qui depuis déjà quelques mois s’est installé à Paris.

Les premières minutes du concert se savourent, on se laisse happer par sa pop lancinante jouée à la guitare, embellies par la présence chaleureuse d’un saxophoniste, par une basse ronflante et par une batterie métronomique. Le chanteur nous accueille avec « Homa », extrait de son premier album, sur sa Stratocaster rose pailletée accordée aux multicouleurs de son K-way. Nous voilà plongés dans ses textes vécus et torturés de pulsions.
On enchaîne avec la pop lancinante d’ « Une version améliorée de la tristesse », sur ses histoires difficiles avec les filles sur « Beauté Baroque » puis sur « Tergiverse », une « chanson écrite au pire moment de sa vie ».

Comme une perfusion lente, mais sans douleur, sans noirceur, on s’abandonne à son chant déchirant, au son d’un projet revivant les 80s avec la nostalgie de ne pas l’avoir vécue. Son spleen compassionnel devient vite fusionnel : on tombe éperdument amoureux de la tristesse de ses textes, on devient grisé de ce mal-être. On transcende cette relation aux textes pour la vivre comme une ivresse, et on finit par danser, par se laisser emporter par ce mirage triste sur « Caroussel », qui en devient dansant, qui n’est plus malheureux vécu ainsi.
Voilà qu’on danse sur la mélancolie. À fleur de peau, Peter Peter nous fait aimer ses maux torturés.


Flavia Coelho : alegria do Brasil

Avant son concert, je ne connaissais rien de Flavia Coelho. Son concert à peine commencé, j’étais emporté par son incroyable énergie sur scène. La chanteuse brésilienne est un sacré personnage. Elle donne le sourire d’un simple regard à son public, elle danse avec aisance et sensualité, épouse l’espace avec grâce, bouillonne d’énergie et démontre une présence particulièrement épatante sur scène.

Sa bonne humeur, son sourire constant sont irradiants et font effet immédiat sur le public. Impossible de ne pas être touché par son élan de sympathie, surtout entourée de trois musiciens experts portant eux aussi la réussite du projet sur leurs talentueuses épaules.
La world music de Flavia Coelho est envoûtante, chaleureuse, agréable à écouter comme on se plait à regarder l’artiste embrasser la foule de toute sa générosité.

En voilà un concert sincère, qui ne trahit rien. Tant de sourires, tant d’amour donné à la minute, sans rien attendre en retour par les quatre artistes.
Ce soir, la musique du monde était celle du bonheur, du bien-être, sur un air de Carnaval de Rio. Et quand Flavia nous dit « pour moi, la meilleure thérapie, c’est le bonheur », on partage évidemment son point de vue. Flavia rime avec alegria, le doute n’est plus permis.


Misteur Valaire : fitness night-club

Une explosion électro jazz teintée de hip-hop nous attend avec le quintet montréalais Misteur Valaire, originaire de la ville étudiante de Sherbrooke. Les cinq « chums » sont parés pour mettre le feu au 22 : sunglasses sur le nez, casquettes « Bellevue » (du nom de leur nouvel album) sur la tête et blousons en cuir arborant dans le dos le blase lumineux du projet, associés aux longs tubes néons semés sur scène. Le côté band futuriste qui ne se prend pas au sérieux passe plutôt bien auprès du public.

En pleine forme, -on l’est forcément un peu moins après une semaine bien remplie à Bourges-, Misteur Valaire compte sur un public réactif pour conclure la soirée : « Bourges, va falloir que tu t’secoues les hanches ». Force est de croire qu’un public est (bien) là pour répondre à l’appel.

Avec ses trompettes, ses percus, ses claviers et ses chanteurs, parfois rappeurs, Misteur Valaire transforme le 22 Est en dancefloor délirant, parfois même en un fitness night-club. Le public bouge dans tous les sens, les fans sont dans la salle et ça s’entend. C’est la fête à Bourges et l’étendard de Misteur Valaire est agité au dessus du public vers la fin du concert avant un adieu sur la musique à plein pot du hit « All Night Long » de Lionel Richie. On s’est carrément trompé, la soirée ne fait que commencer !


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