[Interview] SLIFT

En pleine tournée européenne et à l’aube de deux grosses dates au Printemps de Bourges et au Bristol Psych Festival, nous avons décidé de donner la parole à l’un des groupes les plus exaltants de la scène psychédélique française : SLIFT. Nous évoquons avec eux la genèse de leur premier album « La Planète Inexplorée », sorti en fin d’année dernière et qui a tout de suite trouvé son public au-delà même de nos frontières. Nous en avons appris plus sur leur méthode d’enregistrement, la place prépondérante de la science-fiction dans leur travail ainsi qu’une foultitude de références toutes plus passionnantes les unes que les autres.

crédit : Franck Alix
  • Votre album « La Planète Inexplorée » est sorti sur six labels différents dont trois en France (Howlin Banana, Exag’ Records et Six Tonnes de Chairs) un en Belgique (Rockerill Records), un au Royaume-Uni (Stolen Body Records) et un au Portugal (Ya Ya Yeah). Comment avez-vous trouvé ces labels ? Est-ce eux qui vous ont approché ? Que vous a apporté cette démultiplication des canaux de diffusion ?

Ce sont des gens que nous avons rencontrés durant la tournée de « Space is the Key ». Le feeling est bien passé et on avait tous envie de travailler ensemble, donc on l’a fait ! En plus d’être adorables, ils font tous un boulot formidable, c’est notre seconde famille ! Aussi, on aime beaucoup jouer en dehors de la France, et ça facilite les choses d’avoir des potes sur place qui peuvent organiser tout ça.

  • Dans quelles conditions et avec quels moyens avez-vous enregistré ce premier album ?

On a enregistré « La Planète Inexplorée » avec Lo’Spider, 15 pistes, quelques micros et deux bandes. On avait déjà bossé avec lui sur « Space is the Key », on aime son approche de l’enregistrement. Tout le monde dans une pièce minuscule, les amplis à blinde, la repisse nécessaire. On pourrait croire que le truc va manquer d’espace, mais écoute le morceau « La Planète Inexplorée », l’horizon est très loin ! Si tu compares à des studios plus « conventionnels », il a très peu de matos. Mais il le connait à la perfection et c’est clairement là sa force ! C’est comme pour les effets, on est partisans des deux pédales poussées dans leurs derniers retranchements plutôt qu’un pedalboard qui fait la moitié de la scène et, au final, tu pourrais te passer des trois quarts des trucs qu’il y a dessus… On se pose souvent la question de ce qu’on pourrait enlever pour que ça soit mieux (rire) !

  •  Quels changements se sont opérés d’ailleurs entre l’enregistrement de votre premier EP (Space is the Key) et votre album ?

L’un des principaux changements concerne le mastering, c’est Jim Diamond qui s’en est chargé. C’était le boss de Ghetto Recorders, à Detroit. Il a travaillé avec énormément de monde là-bas, notamment un groupe qu’on aime beaucoup, The Go pour leur album « Whatcha Doin’ » (Sub Pop, 1999 NDLR). Il vit dans le sud de la France maintenant.
Puis le travail des textures aussi, on est à fond dans la musique ambient et le kraut avec des groupes comme Zombie Zombie, Tangerine Dream, Miles Davis période 70’s. On a donc envie d’expérimenter plein de choses, plein d’instruments. On a commencé ce travail-là sur « La Planète Inexplorée ». Mais on se pose toujours la question : est-ce que ça sert réellement le morceau ? Parfois oui, parfois non. En tous cas, si c’est sur le disque, c’est que oui !

  • Les pochettes de vos disques sont toutes réalisées par Pierre Ferrero. S’agit-il d’une collaboration durable comme Elzo Durst pour Frustration ? Et comment l’avez-vous rencontré ?

On est fan de ce qu’il fait ! C’est nous qui l’avons contacté – on le connaissait via sa BD « La danse des morts » – et l’idée lui a plu ! C’est une chance de bosser avec lui, il apporte beaucoup à l’imaginaire du projet et ça vient nourrir le son. On accorde énormément d’importance à l’artwork, c’est indissociable de la musique. Parfois tu sais que tu vas adorer un disque rien qu’en voyant la pochette.

Space is the Key – crédit : Pierre Ferrero
La Planète Inexplorée – crédit : Pierre Ferrero
  • Que représente cette pochette pour vous au-delà de ce monde inconnu et très graphique ? Quelle est l’histoire que vous avez voulu raconter avec cet album en lien avec « La Planète Inexplorée » ? 

Ce que je peux te dire c’est qu’on est de gros fans de SF ! Les cycles, le space opera… ce sont des choses qui nous parlent ! Les pochettes sont liées bien évidemment. Le truc cool, c’est que ça influence la musique beaucoup plus qu’on ne pourrait le penser… C’est très cinématographique comme approche. Chacun se fait sa propre interprétation, mais personnellement si « La Planète Inexplorée » était un livre, ce serait un recueil de chroniques, posant les bases de multiples histoires…

  • On retrouve d’ailleurs en écoutant votre album quelque chose de l’ordre de la jungle. On y trouve un côté brut, sauvage, envahissant, inarrêtable, fou aussi, comme si des lianes de sons envahissaient nos oreilles encore vierges de nouvelles expériences.  C’est une expérience que vous avez souhaité recréer à travers la composition de ce disque ?

Effectivement ça fourmille et c’est voulu !

  • Du côté des inspirations, au-delà des influences plutôt évidentes, des Oh Sees en passant par King Gizzard et Wand, avez-vous puisé dans d’autres formes d’expressions artistiques ? La photographie, l’illustration, l’image animée ?

Les bouquins, les films… Beaucoup de SF, mais pas que ! Et beaucoup de musiques différentes, on essaye d’être curieux le plus possible… On écoute plus vraiment Oh Sees, King Gizzard et Ty Segall depuis un bout de temps. On est plus sur les groupes qui, je pense, les ont influencés (Can, Hawkwind, Silver Apples…). C’est toujours très intéressant d’écouter les influences des groupes, ça permet de mettre les choses en perspective. Avant de monter SLIFT, on jouait du punk puis, à la sortie du lycée, on a totalement craqué sur « Electric Ladyland » d’Hendrix. On s’est donc mis à faire du punk en étirant les morceaux et en ajoutant de longues phases d’improvisation. On ne connaissait pas du tout la nouvelle vague psyché, c’est un gars à la fin d’un concert qui vient nous voir et nous dits : les gars, vous devriez checker ces groupes, ça va vous plaire !

  • Vous étiez dans la sélection des iNOUïS pour la région Occitanie il y a quelques semaines et avez obtenu votre ticket du jury pour participer au Printemps de Bourges en avril. Quelle résonance a cette date pour vous ?

On n’est vraiment pas tremplin, c’est lourd ce délire de compétition. Mais c’est l’occasion de rencontrer des gens qui évoluent dans un autre circuit, et qui ne vont pas spécialement faire la démarche d’aller voir des concerts dans des petits clubs ou des squats. Et puis ça fait plaisir de jouer à Bourges, on y va en équipe on va bien se marrer !

  • Comment préparez-vous cet évènement qui peut être un vrai coup de projecteur sur votre projet à l’instar de Lysistrata il y a quelques années, sachant que c’est l’occasion de croiser de nombreux professionnels (tourneurs, labels…) et bien sûr des médias ?

On le prépare exactement comme chaque concert, à la seule différence qu’on y sera avec notre ingé son, pour être sûr de ne pas avoir à baisser le volume des amplis.

  • Vous avez commencé une tournée européenne en ce début d’année. Une tournée qui passe par l’Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et bien sûr la France. Vaste sujet : comment prépare-t-on un tel périple ? Où dormir, avec quel groupe local jouer pour faire venir du monde ? Jusqu’ici, comment ces différents publics accueillent-ils votre musique ? 

C’est le résultat de plusieurs mois de travail pour Jonas, Andy et Filippo qui bossent sur le booking européen. Ils font ça main dans la main donc ça s’est super bien passé ! Tout est géré et à vrai dire on a eu aucune galère sur cette tournée, les gens qui nous accueillent sont adorables et on a toujours joué avec des groupes très cool. En Angleterre, il y a gros niveau, les groupes sont très bons, même si c’est leur deuxième concert !
On a eu droit à un accueil chaleureux partout, le public est bienveillant et réceptif, ça fait vraiment plaisir ! Quand tu tombes dans le pogo, on te relève direct !

  • Est-ce l’initiative de votre bookeur, Jerkov Musiques, basé comme vous à Toulouse, de miser sur un développement du projet à l’étranger ? Les retombées d’un développement à l’international sont-elles bonnes, au-delà de vos attentes, ou tout cela demande-t-il encore du temps pour en récolter les fruits ?

Dès la création du groupe, jouer à l’étranger était un de nos objectifs. On a pu le faire assez vite, et je pense que c’est important de s’exporter, ne serait-ce que pour voir du pays. On adore ça parce que tu te fais des potes un peu partout, qui te font découvrir des lieux, de la musique, une façon de travailler… et puis en France tu fais vite le tour si tu veux jouer toutes les semaines ! Et on va continuer de travailler ça avec Jerkov bien sûr.

  • Quels souvenirs gardez-vous de ce début de tournée ? Une salle, un public en particulier vous a-t-il marqué ? 

Breda, dans un club blindé au-dessus d’un skate park. Les gens sont devenus fous, on croyait même que ça allait dégénérer ! En fait c’était juste leur manière de kiffer un concert, c’était beau !

  • Vous êtes à l’affiche du prochain Bristol Psych Fest cet été, après y avoir joué récemment. Vous surnommez affectueusement cette ville « Mother Bristol » sur vos réseaux sociaux. Quelle place occupe cette ville dans votre cœur ? Avec quels groupes avez-vous hâte de partager l’affiche de ce festival ? Des artistes que vous avez déjà côtoyés d’ailleurs ?

Bristol, c’est la ville de notre label Stolen Body Records. On est très pote avec Alex (le boss).
On a ouvert pour son groupe Yo No Se il y a quelque temps, et depuis on ne se quitte plus ! On se sent vraiment à la maison là-bas, il gère le label avec sa femme et son fils, c’est vraiment un truc familial. Musicalement, on est sur la même longueur d’onde. On a hâte de voir Gnod et Bo Ningen à l’Astral ! Et aussi de revoir Modulator II ! On a déjà partagé la scène avec certains des groupes du fest (Temples, Bonnacons of Doom…), la scène psyché c’est un petit monde, tout le monde finit par se connaitre !

  • De plus en plus d’organisateurs embrayent le pas, depuis plusieurs années, en organisant des festivals consacrés au rock psychédélique sur le modèle de l’Austin Psych Fest / Levitation en Europe, à l’instar du très officiel Levitation France à Angers, mais également le Paris Psych Fest en banlieue parisienne, etc. Intégrer progressivement le line up de ces festivals à l’ADN psyché, vous y travaillez ?

Bien sûr, c’est dans les tuyaux !

  • Si je vous demande de me parler d’un album psyché, stoner ou krautrock culte, auquel pensez-vous immédiatement ? Aussi quels albums récents, sorti ces derniers mois, recommanderiez-vous sans hésitation à nos lecteurs ?

En disques cultes, l’album éponyme de La Dusseldorf, « Slow Future » de Zombie Zombie et « Doremi Fasol Latido » de Hawkwind.

Et du côté des sorties récentes, « ZAM » de Franky and The Witch Fingers, « Transporter » de Ouzo Bazooka et « Private Meaning First» des Psychotics Monks.


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