[Interview] Silly Boy Blue

Silly Boy Blue, c’est le projet solo d’Ana Benabdelkarim. Après avoir accompagné, entre autres, Pégase le temps d’un album en duo, la musicienne, également journaliste, se dévoile plus intimement à travers son premier EP « But You Will ». Nous avons découvert une jeune femme très sensible, dont la timidité s’échappe à travers la création, comme un exutoire nécessaire à ses émotions enfouies. L’univers qui se dégage de ses aventures musicales est à son image : une dream pop sombre, mélancolique et d’une grande douceur. Rétrospective d’une conversation passionnante.

crédit : Valerian7000
  • Bonjour Ana, ravi d’explorer avec toi l’univers de ton projet solo. Pour commencer, comment décrirais-tu la noirceur qui habite tes morceaux. On se souvient tous du « Dark Passenger » d’un célèbre antihéros des années 2010, et toi, quel est ton rapport à la nuit, à l’obscurité ?

Je me souviens des paroles d’un morceau des Arctic Monkeys : « Les nuits ont été faites pour dire les choses que l’on ne peut pas dire le lendemain matin ». C’est ça. Que ce soit en composant des morceaux, en passant des appels que l’on n’a pas eu le courage de passer dans la journée ou en envoyant un texto qui traînait dans les brouillons depuis trop longtemps. La nuit sert à ça.

  • Avant de te lancer en solo, tu jouais avec d’autres dans des projets plus ou moins connus tels que Pégase. Quel a été le déclic ?

Mes morceaux. J’ai eu envie d’interpréter ce que je composais.

  • Au regard de tes projets, quelle a été ta plus grande victoire ? Pourquoi ?

D’oser. D’avoir eu d’abord le courage d’être la chanteuse d’un groupe, puis de me lancer en solo. De me dire que j’ai le droit d’être ici et d’être ce que je veux être, même si j’y travaille encore haha.

  • Toute ta vie tourne autour de la musique sinon de la culture, aussi bien par ton travail en tant que journaliste que par ta participation à des projets musicaux. Es-tu tentée d’ajouter de nouvelles cordes à ton arc pour participer à ce monde comme la production, l’écriture pour d’autres, l’organisation de concerts, etc.) ?

Il y a une tonne de choses que j’aimerais faire : organiser des concerts, des festivals, mettre en avant des femmes dans la musique. Mais pour l’instant, j’estime ne pas avoir les connaissances ou la légitimité nécessaires pour faire cela.

  • Ton nom d’artiste, Silly Boy Blue, vient d’un titre de David Bowie. Quelle a été son influence sur ton projet et plus généralement sur ton rapport à la création ?

Bowie est un artiste qui représente énormément de choses pour moi : je l’écoute depuis toute petite, durant le premier concert de ma vie j’ai repris (laborieusement) un de ses morceaux, j’ai fait un mémoire sur une partie de sa vie… En bref, il m’inspire énormément. Et c’est la façon dont il s’est toujours affranchi des cases qui m’inspire sans doute le plus. Il s’est autorisé à être qui il avait envie d’être toute sa vie, de mille et une façons. Comment ne pas être influencée par ça ?

  • Après avoir joué au Pitchfork Festival Paris – il y a pire pour faire ton premier concert ! – ou encore au MaMA Festival plus récemment, y a-t-il d’autres festivals ou des salles où tu rêverais de te produire pour ce projet ?

Sentimentalement, je dirais La Route du Rock (le premier festival que j’ai fait de ma vie) ou Stereolux à Nantes aussi, où j’ai vu mes premiers concerts. Mais en fait, du moment que le public est chouette, n’importe quelle salle ou quel endroit me fait rêver en soi.

  • Tu joues dans des groupes depuis le collège, me semble-t-il ? Comment s’est fait ton apprentissage musical ?

Comme ça ! En jouant dans plusieurs groupes, en faisant de la musique sans arrêt aussi. J’ai beaucoup appris des autres, de plusieurs personnes, c’est comme ça que je me suis construit. Et également en écoutant de la musique, aussi régulièrement que j’en jouais.

  • Quelles sont les conditions les plus adéquates pour composer un morceau ? As-tu besoin d’une zone de quiétude, de confort pour écrire ou au contraire, aimes-tu te sentir en « danger » pour composer ?

Je n’ai pas de méthode clé ni de rituel pour composer. J’ai juste besoin de ressentir quelque chose d’assez envahissant pour ne plus être capable de l’intérioriser, et du coup en faire un morceau.

  • Tu viens de sortir un premier EP nommé « But You Will » fin octobre. Avec quels mots le présenterais-tu à une personne qui ne pourrait l’entendre ?

Bienvenue dans mon cerveau ! Hahahaha !

  • Tu es de la « génération streaming ». Te retrouves-tu dans cette manière de consommer la musique aujourd’hui ? Et restes-tu attachée au format physique ?

Pour moi, le streaming permet la découverte. En naviguant de playlist en playlist, on tombe sur des artistes que l’on n’aurait jamais connus et c’est génial. Mais j’aime aussi le format physique, pour l’objet qui perdure dans le temps, pour la symbolique du concret. C’est pour ça que j’ai fait un vinyle de « But You Will », pour qu’il existe physiquement, qu’il marque une temporalité, une étape.

  • Tu es à l’affiche du festival « Les femmes s’en mêlent » le 28 mars 2019 avec Requin Chagrin. Il s’agit d’un festival qui met en valeur les femmes dans la musique, que l’on sait sous représentées dans ce milieu. Quelle est ta position sur ce sujet ? As-tu des attentes particulières vis-à-vis de cette date ?

Je suis extrêmement fière de faire partie de ce festival, que je suis depuis plusieurs années. Il est essentiel de valoriser, mettre en lumière les musiciennes pour leur talent déjà, et aussi pour que d’autres aient ensuite l’envie de se lancer. C’est un milieu encore majoritairement masculin, et il est grand temps que ça change. Et c’est grâce à ce genre de mobilisation que l’on peut espérer voir une scène au moins paritaire exister un jour.

  • À chaque fois que j’écoute ton EP, je ressens une tristesse intense. Peut-être n’est-ce pas le message que tu souhaitais communiquer de prime abord ? Quelles émotions as-tu cherché à partager à travers ce disque ?

La tristesse déjà ! Donc je crois que c’est réussi, haha. Pour être honnête, je n’ai pas vraiment calculé les émotions qu’il ferait ressentir. J’ai juste mis toutes les miennes dedans, la tristesse, la colère, l’incompréhension, le déni, l’espoir… C’est ma catharsis, cet EP est loin d’être théorisé, c’est juste une partie de moi qui avait besoin de sortir.

  • Entre ton concert au Pitchfork et celui du Bikini, comment as-tu travaillé le live et fait évoluer ton set ?

Beaucoup de répétitions, grâce aux critiques aussi, de mes proches et des gens du public. Je travaille sur un nouveau live pour 2019 (via une résidence à l’EMB Sannois), pour me préparer à une grosse salve de dates. J’ai envie de m’affirmer à travers une nouvelle setlist et scénographie. Le point positif à être seule sur scène, c’est la grande liberté. Mais en contrepartie, tu ne peux pas te reposer sur les autres. Il faut donc absolument être certain, et fier de ce que l’on présente.

  • Enfin, sans citer le trop évident « Silly Boy Blue » de Bowie, y’a-t-il un autre morceau que tu aurais rêvé d’avoir composé ?

Il y en a tellement ! Mais celui qui me vient comme ça, c’est « Logic Coco » de Mansfield.TYA. Ou la bande originale du Rocky Horror Picture Show.


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