[Live] Sheraf et Meatbodies au Chabada

Live-report écrit à quatre mains par Sébastien Michaud (Sheraf) et Fred Lombard (Meatbodies).

Sheraf © Fred Lombard

Dans la catégorie « gang de potes soudé, adepte de la « j’m’en branle attitude » et déterminé à balancer la sauce coûte que coûte » (déjà deux allusions à la masturbation en deux lignes, désolé), Sheraf est à l’heure actuelle, à Angers, un modèle du genre.
Un gang toujours soudé oui, comme à l’heure des premiers concerts-ovnis du T’es Rock Coco et du Donalds Pub. Ça sentait et ça sent encore la sueur, le Jack D. et l’envie d’en découdre. La sauce ? Encore là, elle aussi, toujours épaisse, bien qu’un poil plus raffinée, 1/3 garage, 2/3 psyché… Quant à la « j’m’en branle attitude », elle s’est pris un peu de plomb dans l’aile jeudi soir, mais il y a une différence entre la scène club du Chababa, en ouverture de Meatbodies, et les concerts entre potes, à 23h00, dans les rades aux sols collants de bière.

Oui, au Chab’, l’ami Tucker (le frontman de service ; désolé, j’en avais presque oublié de faire les présentations), a peut-être quelque peu délaissé son personnage de bad boy (taux d’alcoolémie raisonnable ? En tout cas, un mutisme quasi systématique entre chaque morceau…), mais n’en a pas pour autant oublié l’essentiel. Arrivée sur scène depuis la fosse (une tradition), chant d’outre-tombe et attitude nonchalante, en parfait décalage avec l’énergie déployée par le reste du groupe. Ça démarre soft pourtant. Stw à la guitare et Chris à la basse (tauliers chez Eagles Gift) entament le set en nous rappelant au bon souvenir des Doors. Rythmique soyeuse et ambiance club version Whisky A Go-Go 1966… Mais Nerlov (mister VedeTT), préposé aux fûts, n’est pas John Densmore, et l’option « pain dans la gueule » finit par s’imposer d’elle-même : stroboscopes, basse écrasante et grosse caisse martyrisée.

C’est parti pour 40 minutes de montagnes russes, alternance de mid-tempo hypnotique et de déflagrations sonores parfaitement maîtrisées. Sheraf tisse la bande-son imaginaire d’un long clip réunissant les Cramps, Patrick Coutin (si, si, l’intro de ligne de basse du quatrième morceau), des visions de mini-shorts californiens, et une armée de zombies sous mescaline. Merci pour le trip. See you in hell homies !

Changement d’ambiance pour Meatbodies. Tout droit débarquée de Los Angeles, la bande à Chad Ubovich joue les petits plaisantins avec le public ; et demande le silence, doigt posé sur les lèvres, avant de lâcher un rot très sale dans le micro. On savait en venant ce soir qu’on n’aurait pas affaire à des jeunes hommes très polis, et à vrai dire, ça nous convient parfaitement après la prestation bien rincée de nos têtes brûlées locales.
Le son est très fort dans la salle, rappelant Sébastien à ses bons souvenirs d’un concert des My Bloody Valentine qui lui avaient un peu amoché les tympans des années plus tôt. Trêve de plaisanteries, et boules Quies enfoncées dans les cages à miel, le quatuor californien démarre le concert avec une furieuse énergie. Pas de doute, les rockeurs américains ont cette présence presque savante quand il s’agit d’ambiancer un lieu.

Jouant pour un club plutôt bien rempli pour un milieu de semaine – et il faut dire que, pour 5 balles l’entrée, le risque de regretter sa soirée était plutôt limité -, les Meatbodies sont déchaînés. Quand on connaît Cory Thomas Hanson pour son side project ambient, White, héritier talentueux de Moby, le guitariste prend bien souvent le lead sur Chad jusqu’à lui voler régulièrement la vedette et passer aux yeux de certains (moi le premier) pour le véritable leader du projet. Il faut dire que Chad Ubovich, avec son allure de gratteux tout droit débarqué d’un projet heavy metal, malgré son survêt’ Continental et ses Converse All Star (tout est dans le détail) ne dégage pas la même fougue que son partenaire.
S’éclatant avec son pote bassiste Riley Youngdahl, jusqu’à lui taper la bise, lèvres contre lèvres bien sûr, en plein morceau, Cory vit, pour sa part, très bien sa bromance renaissante sur scène avec un formidable entrain.
Abandonné derrière ses fûts, mais loin d’être silencieux, Erik Jimenez fait part de sa présence avec fracas. Il n’en faut pas plus pour émettre quelques soupçons sur la consommation backstage de nos quatre musiciens.

Pour ce qui est des morceaux joués en live, l’esprit de leur premier disque est conservé : entre garage décomplexé, psyché très (très) loud et stoner, ça envoie ! Les fans présents ne bouderont pas leur plaisir, dansant spontanément et très énergiquement sur les titres scandés par Cory et Chad. Pourtant, malgré l’efficacité des morceaux et passés les premiers titres dont le bordélique « Disorder » (oui, le nom est parfaitement trouvé), le surexcité « Mountain », ou le très Black Angelesque « Tremmors », le set finit par tourner en boucle, souffrant définitivement d’un répertoire trop peu changeant. Malgré tout, on n’aura pas boudé notre plaisir, celui de (re)découvrir quatre Angevins et autant de Californiens célébrer ce bon rock’n’roll d’aujourd’hui, qu’on a déjà hâte de recroiser en septembre prochain pour la troisième édition de Levitation France. Le rendez-vous est forcément déjà pris pour nous !


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