[EP] Shake The Ronin – Kaiju

Quel bonheur de retrouver Shake The Ronin, et en si grande forme qui plus est ! En effet, « Kaiju » s’amuse des genres et des frontières pour livrer un EP aussi jouissif et dansant que profondément méditatif. Un voyage spatio-temporel dans l’inconnu, au-delà des trous noirs et des galaxies lointaines, pour ne faire plus qu’un avec ces quatre planètes encore inconnues il y a peu.

On aime les Caennais de Shake The Ronin, c’est un fait immuable. En effet, le trio n’a eu de cesse, ces dernières années, d’inventer une pop qui n’appartient qu’à lui et que d’autres ne pourront jamais atteindre autant dans les intentions que dans l’interprétation. C’est donc fébrilement, mais surtout impatiemment, que l’on découvre « Kaiju », cette créature étrange et indescriptible qui est, dans l’intimité engendrée à travers les chansons du groupe, moins imposante que telle qu’elle est définie dans les films drôles et immortels de la Toho. Non, ici, pas de monstre destructeur de cités au pays de Soleil Levant, mais plutôt des êtres lumineux aux membres multiples, qui nous accueillent en leur sein et nous entraînent de l’autre côté du miroir, doucement et avec une énergie terriblement communicative.

Les claviers transpercent chaque pore de notre peau, s’immisçant dans nos cellules nerveuses pour y apporter une plénitude presque hallucinogène mais irrémédiablement bénéfique, dès que les premiers accords du magnifique « Dead Flowers » retentissent. Ce qui apparaît comme une marche vers des cieux et horizons inconnus fait bientôt naître un mouvement du corps et de l’esprit, un hochement de tête répétitif et hypnotique que la délicatesse soul de « Blinkers » apaise l’espace de quelques minutes, inscrivant dans nos cerveaux le rythme saccadé mémorable d’une guitare prête à nous tailler les chairs afin de laisser notre sang se purifier. Une lame qui se fait plus caressante sur « Outshine The Stars », ode au voyage interstellaire où la six cordes et les voix jouent, s’entrecroisent et se provoquent sur des arrangements sensitifs et un pont d’une sensualité brûlante et tendre. Conclusion d’une beauté stupéfiante, « Clockwise » ressemble à ces astres qui explosent et voient naître en leur cœur des embryons de vie stupéfiants et limpides, alternant des cymbales dopées aux amphétamines et des chœurs et synthé d’un ravissement saisissant.

« Kaiju » nous conforte dans l’idée que Shake The Ronin ne fait décidément rien comme les autres, triturant les fils de la pop pour les démêler et en saisir la fibre intime avant de coudre, patiemment, passionnément, de nouveaux écrins musicaux où mélodies et voix aiment autant se séduire que se bousculer. Prêt à nous hanter durant de longs mois, l’EP est indispensable et se doit d’être écouté de toute urgence. Mais attention : une fois les premières mesures appropriées, plus rien ne pourra vous permettre de résister aux charmes suaves et émotionnellement riches d’un opus que l’on chérit autant qu’on l’admire. Vous voilà prévenus !

crédit : Nathan Novo

« Kaiju » de Shake The Ronin est disponible depuis le 19 mai 2017 chez In&Out / Le Label / Bruit De Fond.


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