[Interview] Septembre

Après avoir vécu une première grande aventure, le quatuor avignonnais Phyltre muait à l’automne dernier pour dévoiler sa nouvelle peau, ses nouvelles couleurs et son nouveau nom : Septembre. Une mutation du rock à la pop, qui reste fidèle à la langue française. Sylvain Seguin, son chanteur et parolier, nous raconte le début de cette nouvelle aventure.

crédit : Matthieu Zazzo
crédit : Matthieu Zazzo
  • « C’est en septembre que tout recommence ». Phyltre est devenu Septembre à l’automne dernier ; qu’est-ce qui a motivé ce changement de nom ?

Avec du recul, c’est un peu plus qu’un changement de nom. Certes, les quatre musiciens et amis restent les mêmes, mais on a tous senti qu’un truc avait changé. On a passé six mois un peu moins collés les uns aux autres que d’habitude, et on s’est retrouvés le 1er septembre (véridique !!!) pour faire un « bilan » des mois qui venaient de passer… On a écouté les morceaux qu’on avait composés sur cette période, et un truc s’est imposé à nous comme une évidence : ces morceaux n’étaient plus du « Phyltre ». On a discuté de tout ça et on s’est dit qu’on ne voulait pas arrêter de faire de la musique ensemble, au contraire même, mais qu’on était sans doute arrivé au bout d’un cycle avec ce projet. Donc, sans vraiment mettre un terme à une histoire mais en donnant vie à la suite d’une nouvelle, on a vu naître une envie : celle de changer de projet artistique. Et tout est venu direct : une réunion un premier septembre, ce mois qui est le début de tout et la fin de rien. Le nom était là, pas besoin de chercher…

  • Vous avez choisi la langue française : la faire sonner avec sens, ça relève du défi, de la prise de risque ou de l’évidence ?

De l’inconscience et du masochisme. Mais aussi et surtout, de l’évidence. En sachant un peu qu’il y a une prise de risque et une forme de défi, en fait. C’est surtout l’envie de ne pas laisser tomber une forte possibilité de valeur ajoutée au morceau. C’est quand même dommage de vivre dans un pays avec un tel héritage littéraire et linguistique et de s’affranchir de la dimension du texte… Attention, hein, j’écoute aussi énormément de musique anglophone. Mais je me fais chier à traduire les textes. Je ne peux pas écouter un truc sans comprendre ce que me raconte l’artiste. Et puis, l’un sublime l’autre, alors… En résumé, ça fait un peu :

« – Monsieur, ce soir nous avons du caviar et du riesling, que préférez-vous ?
– En fait, je vais prendre les deux, si vous n’y voyez pas d’inconvénient »

crédit : Matthieu Zazzo
crédit : Matthieu Zazzo
  • On retrouve l’idée d’une thématique explorée, approfondie singulièrement dans chacun de vos textes. Où puisez-vous vos sujets de prédiction ?

Nos sujets de prédiction, on les puise dans une boule de cristal lambda (achetée 14,90€ chez Lidl). Pour nos sujets de prédilection (la vanne était facile mais j’avais envie ; pardon, je suis fatigué), ma réponse va être aussi bas-de-gamme et bateau qu’une réponse d’auteur de chez Lidl, justement : un peu partout, dans la vie de tous les jours, dans l’actualité, dans des livres, des films, des histoires personnelles, des humeurs, des sensations, des couleurs… Mais, clairement, dans du vécu et du ressenti personnel. Contrairement à Phyltre, où je m’amusais à raconter des trucs qui étaient parfois à des années-lumière de moi.

  • « Septembre » et maintenant « La Piscine » dessinent les contours d’une pop électronique personnelle et mélancolique. Est-ce le ton général des compositions de Septembre ?

J’allais te répondre « oui », jusqu’à ce que je m’interroge sur le vrai sens de « mélancolique ».

La mélancolie est un trouble de l’humeur caractérisé par un état dépressif, un sentiment d’incapacité, une absence de goût de vivre pouvant, dans les cas les plus graves, conduire au suicide…

Bon, on n’en est pas encore là… Pour ce premier album de Septembre, on parlera plutôt de « nostalgie heureuse ». Il n’y a pas de regret, de regard amer sur le passé. On est même plutôt sur une vision optimiste de la vie, en fait. Sans occulter les souffrances, les ecchymoses ; parce que ça fait partie du jeu. Tiens, un des morceaux de l’album est même une déclaration d’amour à la vie. Ça dit « Laisse-moi te dire, sale chienne de vie, que des comme toi, j’en ai pas connu deux ». Bon, ok, on l’insulte un peu au passage, mais… En fait, ce n’est pas forcément aussi binaire ou manichéen qu’on essaie souvent de se le dire. Tiens, sur Allociné, dans la description des films, tu as souvent « Drame, comédie ». Merde, nous voilà bien embêtés, on va rire ou on va pleurer ? Deux-en-un, Bim. Bon, notre album, il y a toutes les humeurs, toutes les couleurs, bref, ce qui fait qu’on vit, quoi. « La Piscine », c’est une fontaine de jouvence : un adulte qui fait une bombe est peut-être même encore plus jeune qu’un gamin qui fait la même. Au fond, la seule différence, c’est la masse corporelle du sujet étudié, non ?

  • Vos deux premiers clips (dont celui à venir) ont été réalisés par Bruno Mathé et produits par Transfuges et Romuald Sintes ; pouvez-vous me parler de ces courts-métrages et collaborations artistiques où vous donnez chacun de votre personne ?

Les collaborations, c’est un des trucs qui nous plaisent le plus dans le métier qu’on a la chance de faire. Autant il y a vraiment quelque chose de clanique, fermé et passionnel dans un groupe de musique, autant l’ouverture est primordiale et indispensable. En tout cas à mon sens. Là, en l’occurrence, bosser avec Romu et Bruno, entendre ce dernier nous dire comment et pourquoi il veut mettre en images nos morceaux, c’est fort. Quasiment sans se connaître, le mec transmet, dans ses images, des trucs qu’on essaie de transmettre dans nos morceaux. Moi, ça me fascine. Je pense que c’est vraiment un échange : chacun essaie d’apporter ce qu’il peut en se servant des forces de l’autre. Et puis, sur les deux clips, je peux te dire qu’on a effectivement tous donné de notre personne… Mais l’échange est partout dans ce milieu (ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, coquin…) ; on a la chance d’être super bien entourés par plein de gens. Les collaborations commencent là…

  • On peut d’ailleurs revenir plus spécifiquement sur le clip de « Septembre », qui a nécessité un travail titanesque de préparation et d’organisation de la part de l’équipe technique et des figurants (dont vous faisiez partie intégrante) lors du tournage en un plan-séquence. Pouvez-vous me raconter cette longue journée de tournage ?

C’était n’importe quoi. Enfin, pas du tout n’importe quoi ; au contraire, super bien organisé et tout. Mais c’était impossible. À la base, le truc n’est clairement pas faisable. Avec quatre euros, on a tourné un clip qui aurait dû coûter le PIB du Canada. Je n’ai toujours pas compris comment autant de gens avaient pu s’arracher à ce point, ne pas dormir pendant des jours, garder le sourire, tout ça pour… un clip en plan-séquence, en fait. Enfin si, je comprends à chaque fois que je le regarde, et on gardera tous un souvenir dingue de cette aventure. Le tournage s’est étalé sur plusieurs jours (2 jours et 2 nuits de répét, en fait, et 15h de tournage, je crois… en terminant avec la lumière du jour qui nous a interrompus, sinon on y serait encore), et même sur plusieurs semaines pour l’équipe déco, qui a tout reconstitué dans une salle de concert (Akwaba à Châteauneuf-de-Gadagne, pour ne pas les nommer et les remercier).

  • La suite de l’aventure de Septembre, c’est un premier album ; pour quand est-il prévu et comment le décririez-vous ?

Je préfère répondre à cette question par oral, c’est plus facile pour noyer le poisson. En vrai, on n’a pas de date fixée. Bon, déjà, il faut finaliser le mastering, le tracklisting, l’artwork et tout ça… Et puis, après, ça dépend de plein de choses qu’on ne maîtrise pas forcément. La seule vraie info que je peux te filer, c’est qu’on espère qu’il sortira avant le deuxième. Le décrire, ça rejoint un peu ce que je te disais plus haut sur Septembre… C’est de la pop, chantée en français, teintée de nostalgie heureuse. Des moments, des histoires, des sentiments, des filles (parce que les filles, c’est plus fort que les garçons, en tout, sauf à Fifa 16), des coups d’œil dans le rétro et vers l’horizon, des cycles interminables ; et c’est tant mieux.

crédit : Matthieu Zazzo
crédit : Matthieu Zazzo
  • C’est aussi la scène et la tournée : cet exercice de jouer en live vos morceaux s’approche-t-il d’un acte de séduction ?

Absolument. En mieux. C’est dire. Enfin, il y a tout, dans un live. De la rencontre à la séparation, en passant par l’orgasme. C’est complet, disons.

  • Avez-vous d’autres annonces à faire ?

Le clip de « La Piscine » va bientôt sortir… J’oublie sûrement plein de trucs. Et notre bassiste Axel, qui s’est cassé le coude en faisant du skate, qui cherche une aide à domicile pour l’accompagner dans son retour à la validité. Je vous laisse son 06 ?


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