Rencontre avec San Carol

Le 5 novembre prochain, San Carol alias Maxime Dobosz, sortira son premier album « La Main Invisible » sur le label Ego Twister. Pour mieux comprendre l’univers dans lequel s’inscrit le projet, indiemusic est parti à la rencontre du musicien angevin.

crédit : Fred Lombard
crédit : Fred Lombard
  • San Carol, qui es-tu ?

Je suis un musicien de musique électronique ayant fait brièvement mes armes dans la folk et le noise avec mon précédent groupe Yalta et dernièrement dans la pop avec Yes! Indians.

Je me suis lancé dans la musique électronique assez récemment lorsque je m’ennuyais le soir ou quand je partais quelque part loin d’une guitare. J’ai commencé à écrire des morceaux vaporeux et sensibles sous le nom de Chilly Child avant de radicaliser le son et l’énergie en prenant le nom de San Carol il y deux ans.

J’ai par la suite rencontré la géniale famille Ego Twister et je sors le 5 novembre mon premier album « La Main Invisible » sous leur aile.

  • Choisir le format album plutôt que l’EP, à une époque où l’on se teste d’abord sur des formats courts, comment tout cela s’est décidé?

Il n’y a pas tellement eu de choix à faire. C’est la manœuvre qui s’est fait naturellement, j’ai enregistré une collection de chansons au fur et à mesure et il s’est avéré que le résultat pouvait former un album.

Le format EP me ferait me sentir voleur ou frustré. N’offrir que trois ou quatre chanson pour moi n’est pas vraiment suffisant pour raconter quelque chose ou parler de sa personnalité. Certains le font très bien mais je pense que ce ne serait pas mon cas.

On s’est rendu compte une fois l’album enregistré que celui-ci avait une cohérence malgré la pluralité stylistique du disque, une sorte d’histoire ou de sujet. En ce sens, le format album est idéal pour s’en rendre compte. Et franchement, EP, album, maxi, c’est qu’une histoire de mots et de recherche de prétextes.

crédit : Fred Lombard
crédit : Fred Lombard
  • Tu es la dernière signature du label électro-touche-à-tout-expérimental angevin Ego Twister. Peux-tu me raconter comment tu en es venu à enregistrer ce disque avec eux ? Autrement dit l’histoire de votre rencontre.

J’ai rencontré Yan Hart-Lemonnier (Monsieur Ego Twister) via Amnésie, le projet de Wilfried Thierry, autre figure d’Ego Twister. Wilfried voulait tourner un clip live pour son morceau « J’ai tué le chat » afin d’illustrer ce qu’allait être son premier album, Yan et moi étions les deux types qui l’accompagneraient sur les synthétiseurs.

Tout naturellement, ces deux gars ont réussi à me donner le goût d’une certaine idée de la musique électronique permissive et honnête qui m’a largement aidé à me dépasser et m’assumer en tant que musicien. Finalement, j’ai simplement proposé un jour à Yan de m’aider à faire un album à partir de deux-trois démos faites à la maison.

  • « La main invisible » est un disque principalement instrumental, tu en conviendras. Une façon de dire que la sincérité de la musique ne demande pas forcément une traduction par des textes ?

Je ne sais pas. En fait, c’est con mais mon microphone était coincé dans le local de répète de mon groupe de pop Yes! Indians, j’avais la flemme d’aller le chercher. J’ai donc écris des morceaux instrumentaux à la base par cette sorte de contrainte mais aussi du fait que lorsque je ne compose pas à la guitare, je ne pense pas immédiatement à du chant.

Au début, je pensais mettre du chant en français du chaque morceau mais finalement, pourquoi se casser la tête à caler du chant si ça ne s’était pas fait naturellement dès le départ ?

En tout cas oui, je pense pas que les paroles aident à une quelconque sincérité musicale. En fait, l’histoire de sincérité musicale m’importe assez peu. Tu sais, à mon niveau, on fait ce qu’on peut avec les moyens dont on dispose. Je suis amateur, j’ai très peu de matériel et encore moins de connaissances musicales. Cela dit, j’ai fait de mon mieux pour composer un album dont je suis pleinement fier. Et puis, au final, la sincérité on peut l’interpréter comme on veut. Je trouve que le débat au sujet de la sincérité est très souvent un discours malhonnête de poseurs.

  • Prenons la première piste de ton album, « Un étage au dessus des buildings ». S’agissant d’une piste instrumentale, j’imagine assez facilement que la musique est pour toi une quête d’imaginaire qui se retrouve dans le titre que tu donnes à ta piste. Ce titre, l’avais-tu avant de composer ou est-il venu au fur et à mesure de la composition voire en toute fin ?

Le nom de travail de ce titre, « Un étage au dessus des buildings », était « Wesh ». J’ai trouvé le titre définitif à la toute fin. C’est dur de trouver des titres pour des instrumentaux et je t’avoue que je ne me souviens même pas d’où vient ce titre, probablement de choses que j’avais sous les yeux à ce moment là… Je cherche juste à trouver quelque chose qui évoque l’humeur de la chanson. Parfois c’est évident, comme pour le titre « La Course », des fois moins. Pour répondre à ta question, la plupart des titres de l’album ont été trouvé à la fin. Le titre de l’album « La Main Invisible » a été trouvé en dernier, au moment de dessiner la pochette.

  • À côté de ces instrumentaux, on trouve sur ton album deux pistes chantées : le barré « Anthill » et ses ambiances électroniques à l’orientation 80s assumée, et le dark cold waveux « Once Upon A Time ». San Carol a finalement l’apparence d’un jukebox revisitant tes goûts musicaux sans interdits. Partages-tu cet avis ?

Pas tellement. En réalité ça représenterait une partie infime de mes goûts musicaux. Initialement je suis plutôt un grand fan de métal que de musique électronique. J’ai été bercé par Machine Head et Nine Inch Nails plutôt que Kraftwerk et Suicide. La musique électronique est arrivée très récemment en fait.

Après « La Main Invisible » est clairement représentatif de ce que j’aime, je n’aurais pas pu composer ces chansons sinon.

crédit : Fred Lombard
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  • Ton titre « Placement libre » a un caractère hautement érotique, avec son côté aguicheur où l’excitation sonore culmine avec les minutes. Si tu devais en faire un clip, que raconterais-tu ?

C’est marrant, ce n’est que lorsque j’ai commencé à bosser ce morceau avec Yan que j’ai compris que ce morceau ressemblait plus à la bande original d’un film de cul plutôt qu’autre chose. Avant j’ai toujours ressenti ce morceau comme mélodramatique et épique plutôt que salace. Au final, je n’arrive plus à m’enlever cette image de la tête. Le clip est tout trouvé.

  • Qui sont « Hippolyte & Ripolin » ?

Hippolyte est un personnage de la mythologie grecque et Ripolin une marque de produit d’entretien.

  • Comme tout féru de musique électronique qui se respecte, tu as utilisé des synthés analogiques lors de l’enregistrement de ton album. Quels sont les caractères sonores que seul l’analogique peut selon toi révéler sur un disque ?

Je n’aime simplement pas les instruments virtuels. Je n’ai pas l’impression de vraiment faire de la musique en fait. Avec des synthés, ce n’est pas beaucoup plus compliqué mais il y a le charme que possède l’instrument en plus. Je considère l’ordinateur comme un outil et non comme un instrument. Un instrument peut sonner d’enfer, je n’arriverais pas m’ôter l’idée que ce n’est pas à un réel instrument.

En plus de ça, l’analogique a clairement un son en plus. C’est beau, chaud et ça grince, un peu comme du vieux bois.

crédit : Fred Lombard
crédit : Fred Lombard
  • « La main invisible » sortira à la fois en vinyle, en cd et en digital via bandcamp. Le choix de l’objet vinyle est-il pour toi un choix avant tout esthétique ou musical ?

Plutôt esthétique. On peut mieux profiter de l’objet en tant qu’entité visuelle mais également réellement prendre le temps d’écouter le disque quand aujourd’hui on zappe très facilement sur du mp3.

Bien entendu, c’est un risque car le vinyle n’est pas autant populaire qu’il y a une vingtaine d’années mais je préfère dans le fond que les gens se violentent un peu en faisant l’effort de ne pas tout faire à travers l’ordinateur.

C’est compliqué à transmettre l’amour de l’objet musical, il y a tellement de choses qui font que pour moi c’est important.

  • San Carol, c’est deux formules, une formule solo pour la composition et une formule live en trio, c’est bien ça ?

Je compose seul mais en concert je serai accompagné d’un guitariste et d’un claviériste qui me permettront de grossir le son et la dynamique ainsi que de renouer avec le rock. Nous sommes en train de finir de mettre tout ça en place avec mon ami Clément et Stw (de Future Dust) et ça commence à sonner vraiment très bien. Il y a une énergie très différente du disque.

  • Parlons un peu de l’enregistrement de ce disque. De quand à quand cet enregistrement a-t-il eu lieu ?

Nous avons commencé à travailler sur cet album avec Yan en novembre 2012 pour terminer en août 2013. Je n’ai jamais autant pris de temps auparavant. Au final, mes compositions sont beaucoup plus abouties et riches je pense.

  • Pour cet album, côté pochette, tu as fait appel à l’illustrateur belge, Jangojim. Que lui as-tu dit sur ton projet et quelle vision de ta main invisible t’a-t-il présentée ?

San Carol - La Main Invisible

On a discuté avec Jangojim grâce à Skype. Je lui ai fait découvrir cet album et il a directement été enthousiasmé. Il a directement cerné le propos du disque et son intention musicale, ce mélange de tension et d’hédonisme. On souhaitait illustrer cet aspect sombre et un peu mystique sans pour autant tomber dans le cliché et tenter de montrer un réel message en accord avec le titre de l’album.

  • Quelle est ta symbolique de la main invisible ?

C’est une symbolique absolument profane et non-renseignée d’un concept économique. Je met toute la théorie de l’auteur Adam Smith de côté et applique à « La Main Invisible » un regard bucolique et social.

Quand je traduis littéralement cette histoire de main invisible, j’imagine avant tout une sorte de main mise d’une autorité à la fois évidente et déviante sur une population. C’est une critique simpliste et ouverte de la société de consommation et de ses dérives. Je n’ai pas pour objet de partir dans le débat politique car je ne suis pas une élite et je ne dispose clairement pas de connaissances suffisantes. Je crois réellement que l’art peut faire réfléchir en se passant de mots.

  • Merci San Carol et à bientôt !

facebook.com/sancarolmusic
sancarolmusic.tumblr.com
egotwister.com

Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques