[Live] Sallie Ford et I Me Mine au Club à Rodez

Nous voilà jetés dans une voiture en direction de Rodez. Rodez ? Oui, Rodez. Il se met à pleuvoir. Tout va bien, on est en Aveyron. Une fois le pied posé sur le sol de l’ancien cinéma, on se sent plutôt bien : belle salle feutrée. Le public arrive peu à peu, hétéroclite, familial.

Sallie Ford © Chris Rod

Et puis, pouh ! Les Toulousains I Me Mine investissent la scène. On les connaissait pros, charismatiques, visuellement et musicalement intéressants, maîtrisant à merveille leurs classiques des Beatles ; capables de belles harmonies vocales, d’insuffler un gros rythme à leur set, d’étirer à l’envi leurs savantes instrumentations. Mais là… En quelques mois, après des dizaines de dates en France, un passage remarqué aux Transmusicales et au concours Ricard S.A. Live Music, ils ont pris une stature vraiment époustouflante, donnant à leur musique une impulsion étonnante et prolifique. Déjà présents dans leur titre détonnant « Life Is Very Strange », les apports électro viennent bousculer leurs allures de garçons dans le vent et leur donner un nouveau souffle de bêtes de scène qui dégomment tout ce qui bouge.

On retrouve toujours ce sens de la mélodie 60’s, de plus en plus bidouillée par le savant fou Fred aux claviers. Trois véritables personnages au caractère affirmé sont là sur scène, déroulant une vision de la musique transcendant les époques et les genres, balançant de gros beats électro rock tout en grattant une guitare folk. Les excentricités scéniques fonctionnent diablement bien, à grands coups de grimaces qu’ils peuvent se permettre tant leur son prend de l’amplitude. Ce soir-là, on a entendu Ian Curtis au détour d’un titre, on a vu Charlot jouer de la basse juché sur un ampli, on a sifflé le final grandiloquent, génial et déconstruit. À suivre…

Sallie Ford ne ressemble à personne. La seule référence qui vienne à l’esprit serait Sister Rosetta Tharpe, pour le jeu de guitare dépouillé, l’allure girly improbable et le groove à tomber par terre. Elles partagent ce féminisme en acte, hélas trop rare, émanant de leur seule présence sur scène. Aucun artifice chez Sallie Ford. C’est ce qui rend son nouveau set difficile à apprécier à sa juste valeur. Car, après six ans à tourner avec les magiques The Sound Outside, la formation se sépare et Sallie s’entoure de trois musiciennes.

Eh bien, à notre grand regret, le son est moins intéressant. Cela reste très subjectif bien sûr, mais ce qui faisait la richesse et l’originalité du premier groupe manque cruellement à nos yeux, notamment l’apport incomparable de la contrebasse qui faisait un contrepoint très pertinent avec la voix haut perchée de Sallie. Le minimalisme de l’interprétation n’est plus. La coloration soul blues non plus. Reste un rock’n’roll un peu noyé dans une atmosphère pop. Soyons très clairs cependant : nous adorons toujours autant Sallie Ford, sa voix inimitable, son personnage de plus en plus libéré des étiquettes préconstruites, ses rengaines fifties délibérément surannées. Vive son courage aussi, car sa démarche de recherche musicale est incontestable. Qu’elle cherche encore, et nous serons là, à nouveau, prêts à nous délecter de ce son rétro made in Portland.


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