[EP] Run The Willow – The Wilderness Below

Mariant avec légèreté et une beauté purificatrice le folk le plus doux et les harmonies vocales les plus précieuses, Run The Willow confie ses chansons en toute sérénité et sincérité.

Run The Willow - The Wilderness Below

Fin de soirée. On rentre chez soi, le corps endolori et la tête encore bouillonnante des récents excès. Alors que la nuit va bientôt s’achever, on tourne la clé dans la serrure, on entre, sans oublier de refermer derrière soi. Un grand verre d’eau, le vertige, le besoin de s’asseoir mais l’excitation toujours présente. On goûte au calme sans pour autant vouloir dormir. On n’allume pas la lumière. L’ivresse retombe ; on est seul, bien seul. Les oreilles sifflent de musiques trop bruyantes, mais on cherche une nouvelle source d’émotions fortes autant que de repos et de détente. Puis les chansons de Run The Willow s’invitent, lentement, doucement. Des mélopées acoustiques aériennes, sur lesquelles le temps suspendu n’a pas d’emprise.
« The Wilderness Below EP », langoureux et subtil, honnête et délicat, coule en nos veines et nous laisse entrevoir les éclats chauds d’un soleil à peine levé, noyé dans la brume et dessinant les contours d’immeubles encore endormis. Alors on s’installe confortablement, on ferme les yeux, l’odeur du café charmant l’atmosphère cotonneuse d’un lieu où aucune nuisance ne parvient. Comme si l’on se cachait pour mieux aimer ce qu’il nous est donné d’entendre.

Noyant l’ivresse dans la sincérité troublante de titres folk et sensibles (When The Trees Stand Paper Thin), agrémentés en tout et pour tout d’une simple guitare,  d’un banjo et d’un rythme discret et envoûtant (Put To Rest), le groupe originaire de Pennsylvanie laisse à ses odes le temps de prendre leur envol. Un voyage dans l’Éther poignant, où l’on est bercé par des voix mariant masculin et féminin pour ne former qu’un seul corps (Sunshine Days and Foggy Nights) ; alors que tout sommeille et que nos yeux fixent le vide, hypnotisés par la tendresse innée de ces chants magnifiques. La nature devient confort, s’ouvre à nous de ses mille feux verdoyants et sensibles (When The Morning Comes) avant que la pulsation ne s’accélère enfin, achevant de nous aider à saisir le jour entre nos doigts (The Dawn). Après la minute de silence qui a pourtant duré si longtemps sans que l’on s’en rende compte, il est temps de vénérer l’aube grâce à un violon apposé au moment opportun, nous entraînant dans une farandole qui, à elle seule, fait apparaître un sourire timide sur nos lèvres, après avoir bu les plaisirs de l’obscurité (Winter’s Hand).

Rien ne sert de chercher l’espoir dans les créations de Run The Willow ; il vient à nous sans avoir besoin de l’invoquer. Il offre à nos regards ses contours les plus lisses, entre éclat et ombre. Comme on contemple un dessin au fusain, les formes souples et captivantes de profils splendides que l’on n’ose toucher. Certains pensent de nos jours que l’adjectif « champêtre » est démodé, voire péjoratif ; il n’en est rien, car son essence même, cette admiration suscitée par des motivations sobres et aussi caressantes qu’une prairie couverte de rosée, dans laquelle on aime à s’allonger et se recueillir, revêt sa réelle signification avec cet EP. Fuir la ville et ses désagréments, souffler avec la même énergie que celle dépensée pour respirer au milieu du tumulte. En compagnie d’un livre à la couverture de cuir que l’on passe sous nos doigts engourdis par des températures fraîches mais revigorantes. Et, conjugué au son mélodieux d’une rivière lointaine, des notes perdues dans les vagues herbeuses provoquées par le vent ; des confidences qui nous sauvent de l’artifice et de la fiction urbaine, pour mieux nous emporter vers un apaisement salvateur. Une rédemption dans la clarté bleutée d’un ciel accueillant.

Run The Willow

Six titres attachants, qui valent mieux que n’importe quel remède contre la grisaille de nos villes étouffantes. Et grâce auxquels la brise mélodique n’a pas fini de nous emporter.

« The Wilderness Below EP » de Run The Willow est disponible depuis le 7 décembre 2014.


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