[Entourage #101] Roman Rappak (Miro Shot)

Nul doute pour nous : Roman Rappak symbolise, à l’ère du tout numérique, l’incarnation même du « digital enthusiast ». Celui qui, bienveillant, ne craint pas l’apport des technologies dans nos vies et préfère puiser dans l’innovation une force de rapprochement et de création. Bien des années après avoir hissé le drapeau Breton en haut des line-up de festivals, le prolifique chanteur et compositeur londonien, white hat de la cyber-pop et amoureux éperdu des projets à forte propension multimédia, revenait fin 2019 sous une nouvelle identité collective : Miro Shot. Derrière cet alias à la cosmétique futuriste clairement assumée, la réunion de multiples talents : musiciens, vidéastes, codeurs et designers pour débrider l’indie pop de 2020. La sortie du premier album du néo-collectif augmenté, le sublime « Content », nourrit cet idéal lumineux quant à un avenir (re)connecté, à travers des titres aussi brillants que rassembleurs, mais qui savent tout autant se faire des critiques éclairés et conscients d’une société surveillée à distance et victime de l’ultra-consommation. Fruit de la collaboration avec pas moins de 450 contributeurs, le principal initiateur de Miro Shot nous a fait l’extrême plaisir de nous conter cinq liaisons musicales essentielles, avec certaines identités singulières et libres de la scène française et internationale.

crédit : MR Wash

Acid Arab

Notre album n’aurait jamais vu le jour sans les mecs de Acid Arab. Après le premier concert de Miro Shot, il est devenu clair que Londres n’était pas le bon endroit pour finir un album censé être optimiste et se centrant sur l’espoir de vaincre une certaine utopie technologique. Je suis arrivé à Paris en ayant achevé la moitié des morceaux, mais il restait un énorme point d’interrogation concernant ce qui allait se passer ensuite. À ce moment-là, l’Angleterre descendait dans l’enfer du Brexit. En contraste, Paris représentait une explosion d’énergie chaleureuse et d’art. Non sans ses propres grèves et manifestations, mais une ville pleine d’inspiration, capable de faire se connecter un million d’idées, de sons et de personnes. L’une d’entre elles était Acid Arab. Les gars du Shelter Studio m’ont immédiatement accueilli à bras ouverts. Vers la fin de mon séjour, leur groupe commençait vraiment à exploser. D’ailleurs, ils ont joué plus de concerts à l’étranger qu’aucun autre groupe français et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi ils sont tellement appréciés sur le devant de la scène internationale. Ils représentent beaucoup de symboles de la musique française, mais apportent aussi des éléments que seuls des Français sont capables de réaliser avec charisme ou élégance. Le rôle de pionnier de la France dans la musique électronique est bien établi, de Jean-Michel Jarre à Daft Punk, en passant par Air, Justice, etc. Et, pour moi, Acid Arab transmet ce feeling français actuel. Ils mélangent la musique house, en faisant clasher la house de Detroit avec des rythmes de Berghain, puis l’unissent à de la musique du Moyen-Orient d’une manière vraiment unique. Il y a quelques mois, j’ai pu me rendre à L.A. où j’ai rencontré un fashion designer, Anthony Hamdan Djendeli, qui m’a dit que leur musique respirait une nouvelle France ; une identité hybride qui alliait parfaitement l’ancien et le nouveau.


Terrier

La première fois que j’ai rencontré Terrier, il bossait dans un parking souterrain à côté du studio de Rone – il était en train de monter quelque chose qui paraissait déjà exceptionnel, même en démo. Il était très insatisfait de ces chansons à cette époque, et m’expliquait qu’il avait encore besoin de travailler dessus ici, avant de les faire entendre à plus de sept personnes. Je me rappelle avoir quitté le parking en me disant « je ne suis pas sûr qu’elles puissent s’améliorer » et avec l’espoir qu’il les sortirait telles quelles. Finalement, il y a bossé quatre mois de plus dessus et les chansons ont évolué vers quelque chose de tout à fait spectaculaire. Son approche de la composition à l’écriture est une incroyable source d’inspiration. Il prend tout ce qu’il y a autour de lui et invite l’auditeur à rentrer dans son monde.


Kate Tempest

Kate Tempest a évolué du statut de poétesse et rappeuse underground à celui d’une artiste emblématique, passant sans effort des scènes de festival à des lectures de textes, des représentations de théâtre à l’écriture d’un album avec Rick Rubin. Honnêtement, il n’y a personne comme elle au monde. J’ai rencontré Kate pour la première fois à l’âge de 13 ans parce que nous habitions le même quartier, et avons joué ensemble dans plusieurs groupes avant que je parte fonder Breton (avec qui elle venait parfois faire des remix). Hinako Omori, l’un des membres de Miro Shot, tourne avec elle, et elle figure dans l’un de nos morceaux immersifs à 360, réalisé par Dan Samsa.


Fishbach

Pour moi, Fishbach représente tout ce qui est merveilleux chez les artistes français, quelqu’un qui ne fait pas tant partie de la culture populaire, mais qui au contraire la crée. Lorsqu’elle sort l’un de ses albums, c’est toujours le meilleur qui existe. Lorsqu’elle décide qu’elle veut faire du théâtre, son jeu se révèle incroyable. Elle peut tout faire tant et si bien que je crois sincèrement que si elle ouvrait une boulangerie, ce serait la meilleure au monde. Dans le studio avec elle, j’ai été épaté par la façon dont elle peut faire coexister une certitude parfaite de ce qu’elle essaie de transmettre, avec un chaos et une liberté totale.


The fin.

Notre groupe a travaillé de manière collaborative sur différents projets, et continue de le faire. Le batteur de Miro Shot partage également la vie d’un groupe japonais, the fin.. C’est un projet hybride fascinant où les synthés shoegaze côtoient une pop psychédélique déchirée – imaginez Tame Impala croisant le fer avec Wild Nothing et Slowdive. Le chanteur principal, Yoti Uchino, écrit et produit tous les titres, et puise dans ses connaissances encyclopédiques de la musique pour donner vie à une production hybride qui se nourrit autant des scènes japonaises, anglaises et américaines, pour une identité vraiment unique. Le morceau « Shedding » illustre parfaitement cela à travers ce revirement du shoegaze vers une electronica indie.



« Content » de Miro Shot est disponible depuis le 1er mai 2020 chez All Points et Warp Publishing.


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