[Live] Le meilleur de Rock en Seine 2017 – partie 1

Premier récit de notre week-end à la 15e édition du festival Rock en Seine à Saint-Cloud. On s’attarde ici sur quelques coups de cœur du vendredi et du samedi, qui oscillent entre soleil et pluie, rage et finesse, douceur et chaos indescriptible. Avec, entre autres, les sulfureux Cabbage ou la claque Lysistrata.

Hercules and Love Affair – crédit : Cédric Oberlin

La première décharge est donnée par Cabbage, dès l’après-midi du premier jour. Ce projet rock mancunien, furieux et barré, porté par deux chanteurs alcoolisés, a fait bien plus que nous mettre en jambe pour la suite de l’événement parisien de l’été. Avec son garage punk de fond de cave de pub, la formation très politique a justifié son statut de « Sound of 2017 » octroyé par la BBC en livrant un set assez dingue. Preuve que Manchester reste toujours la même scène foisonnante et jamais à court de nouvelles sensations, le quintet a enchaîné les partitions rock aussi crades en guitares qu’en sueur tout en se montrant fédérateur. Ces nouveaux Courteeners, qui ont défrayé la chronique au printemps à cause des accusations d’agression sexuelle portées sur l’un de ses membres, ont notamment retourné les festivaliers avec leur tube « Dinner Lady » aussi violent que culte de par ses paroles un brin vulgaires (à l’image d’un passage raffiné alliant masturbation et quiche lorraine).

Cabbage – crédit : Cédric Oberlin

Quatre ans que nous n’avions plus entendu (ni vu) Beach Fossils. Les Américains promettaient l’un des retours les plus excitants sur la scène du festival cette année… et on n’a pas trop été déçu. La pop des New-Yorkais est en effet toujours tubesque, surtout quand ils posent des accents surfs sur leurs compositions grésillantes de guitares. Justifiant sa coolitude déjà bien réputée, le band s’arrête plusieurs fois entre les morceaux pour déclarer son amour pour Paris et son public avec une simplicité à faire rougir. Comme récompense, il a partagé avec nous les nouveaux sons jangle pop d’un disque essentiel pour l’été, « Somersault », sorti en juin, et évoquant la sensation du passage à l’âge adulte. Le set transporte ainsi pour notre plus grand plaisir l’ambiance de l’Hudson jusqu’au bord de la Seine. Mieux, en s’émancipant de Captured Tracks pour se produire sur son propre label, le groupe de Dustin Payseur semble profiter d’un vent de liberté qui, autant sur scène qu’en studio, porte le projet vers un avenir plus que prometteur.

Beach Fossils – crédit : Cédric Oberlin

Bien embêtés après leur récente aventure hollandaise (concert annulé à cause d’une menace terroriste), les Américains d’Allah-Las ont offert un set salvateur autant pour eux-mêmes que pour leur public sous le ciel capricieux du premier jour du festival. Tout le monde a ainsi pu retrouver le sourire et le soleil grâce à cette performance surf garnie d’harmonies vocales à l’ancienne, le tout servant des mélodies addictives pour un moment dansant et jouissif. Les spectateurs auront entre autres reconnu les riffs de guitare de « Satisfied » et « Could Be You », extraits de leur dernier LP « Calico Review ». La prestation bien que toujours aussi sobre – le quatuor appuyant sur ses sonorités efficaces plutôt que l’esthétisme ou son propre charisme – démontre son talent de songwriting aux couleurs 60’s. Dommage qu’il n’ait pas anticipé la sortie de son prochain EP «Covers #1 » avec une reprise de Kathy Heideman ou du groupe Further, préférant au lieu d’un bon dans le temps en rester aux Frantics et The Human Expression. Il faudra donc attendre le 3 novembre pour le découvrir chez Mexican Summer.

Allah-Las – crédit : Cédric Oberlin

Parmi les très attendus de l’édition, Hercules and Love Affair figurait en pole position, puisqu’on espérait un concert pour présenter son quatrième album en avant-première, « Omnion ». Sans ses guests fameux et habituels qui accompagnent ponctuellement le projet en studio (comme Sharon Van Etten, John Grant ou Faris Badwan (The Horrors)), le groupe new-yorkais délocalisé à Gand est bien venu avec la flopée de titres house et nu-disco portés par son DJ historique Andy Butler. De ce groupe mouvant, on a heureusement pu retrouver quelques-uns de ses éléments les plus fidèles, comme Rouge Mary, Française au chant habité, ou Gustaph, le Belge de l’équipe. Bien accompagnés par des danseurs hantés tout au long d’une setlist compilant les trois premiers albums, ils ont ainsi lancé leur show à la nuit tombée, et ont offert de cette manière une atmosphère club bienvenue et responsable des premières transes électroniques du festival. Sans instruments sur scène, tout est rendu épique par la folie des chorégraphies et la présence de ses interprètes, bien menés par un Rouge Mary généreux et d’une sympathie contagieuse à l’égard d’un public venu lui aussi pour danser.

Hercules and Love Affair – crédit : Cédric Oberlin

C’est probablement la belle découverte de cette édition. Ulrika Spacek a agréablement surpris les curieux présents pour leur set sur la scène du Bosquet (ex-Pression Live). La formation de l’East London en est déjà pourtant à deux albums, et tourne depuis quelque temps en France, notamment à Paris. Avec sa bonne dose de pédales fuzz et de reverb, le quintet indie-rock nous a immédiatement séduits sur les compos du très lo-fi « Modern English Decoration », paru chez Tough Love cette année, et alignant ses perles psyché au fort potentiel hypnotique. Développant des thématiques schizophrènes ou paranos, Ulrika Spacek provoque de fait une tension dans la production de ses morceaux tout au long d’un concert percutant et intense. Un peu à l’image du chaotique « Full Of Men » porté par la voix distordue – et presque en retrait des couches de guitares – de son interprète Rhys Edwards. C’est en effet le flot de riffs superposés qui en impose dans les sonorités et donne au spleen de ces Anglais une portée presque chamanique. Réduits un peu sévèrement à une comparaison avec Deerhunter, ils sont à revoir impérativement.

Ulrika Spacek – crédit : Cédric Oberlin

Lauréat du tremplin des Inouïs du dernier Printemps de Bourges, Lysistrata avait quelques promesses à tenir à Rock en Seine. Challenge bien plus que respecté pour le trio de Saintes, qui a su attirer petit à petit au fil de son set le public du samedi autour de la scène de l’Industrie sous un soleil assommant. Naviguant entre les séquences instrumentales post-rock, les diatribes punk ou les compositions math-rock, la jeune formation est un cocktail réjouissant de rage et d’explosivité. Une vraie boule d’énergie qui éclate dès les premières notes d’une prestation très inspirée et tout simplement épique. Les échanges de voix du batteur aux guitaristes donnent le ton d’un show où il ne faut pas avoir peur de lâcher prise et absolument tout donner. Arrivé à parfaite maturité, le projet est (déjà) fin prêt à dévoiler son album dont nous avons pu découvrir quelques avant-goûts, dont le tout frais et paradoxalement bouillant « The Thread ». Une suite de signes pour le moins prometteurs et qui laissent penser que Lysistrata figurera en tête des groupes qui vont compter sur la nouvelle scène française l’année prochaine.

Lysistrata – crédit : Cédric Oberlin

PJ Harvey ne vient que tous les cinq ans ou presque (15 pour Rock en Seine). Le fait qu’elle fasse deux concerts français en août était ainsi assez exceptionnel pour ne pas être manqué. Accompagnée d’une belle fanfare de musiciens (c’est en tout cas de cette façon qu’elle les met en scène), la Britannique revisite le répertoire de son précieux folk, avant de virer plus rock la dernière demi-heure. Un concert important qui fera date au festival, surtout pour ceux qui espéraient voir ou revoir  «The Hope Six Demolition Project » en live. Mené tout en maîtrise avec une simplicité bienvenue dans le choix des instrus, on ne peut que rarement voir aussi classe sur scène, avec la présence qui est la sienne (même peu communicative), son image de prêtresse, et cette voix forte dont les échos résonnent encore à nos oreilles. La reine des songwritrices UK n’a donc toujours rien perdu de sa superbe, malgré l’aspect très solennel du set, évidemment peu interactif, et qui a eu des airs de messes pour les fans avertis ou les curieux les plus concentrés, quand ceux à peine remis de la prestation surchauffée des Kills ont peut-être moins bien vécu le basculement vers cet univers.

PJ Harvey – crédit : Cédric Oberlin

Le meilleur de Rock en Seine 2017 en images par Cédric Oberlin :


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