[Live] Rock en Seine 2016, jour 1

Avant de reprendre le chemin du travail, Rock en Seine s’impose comme le dernier festival parisien avant la rentrée. Installées sur le Domaine national de Saint-Cloud, cinq scènes vont se faire écho le temps d’un week-end donnant à entendre toutes les nuances de la pop et du rock. Entre coup de chaud et riffs bien sentis, les festivités ont été ouvertes ce vendredi 26 août sous un soleil de plomb. Ce sont les « petites » scènes de l’Industrie et de Pression Live qui ont alors su donner les meilleurs spectacles et frissons. Des fédérateurs Strumbellas aux guerriers Slaves, en passant par le culte Brian Jonestown Massacre sans oublier l’énergie folle de Royal Republic et la fantaisie de Flavien Berger. Une prometteuse mise en bouche.

Rock en Seine 2016 par Fred Lombard

Article écrit par Juliette Durand, Charles Binick et Fred Lombard

C’est un jeune parisien et son band aux cheveux gominés qui ont ouvert le bal sous une chaleur torride, mais sans repousser les premiers badauds venus profiter de la scène de l’Industrie à l’ombre des arbres à proximité. Le projet baptisé Theo Lawrence & The Hearts a livré une prestation hors du temps, perdue dans l’âge doré de la soul nord-américaine, à la fois belle et rétro. Avec ses éclats de voix à la manière d’un Alex Turner, Theo Lawrence a humblement maîtrisé son sujet pendant les quarante minutes allouées pour son set. Avec seulement une petite poignée de chansons dévoilées jusqu’ici dont l’étincelant single « Heaven to Me », c’était comme un saut vers l’inconnu pour le bluesman de Gentilly. L’occasion de découvrir en avant-première des titres encore jamais entendus ni peut-être joués devant tant de personnes. La prestation, sans déborder d’originalité, a été réalisée avec une assurance déjà impressionnante et promet de belles tournées pour la suite.

Theo Lawrence par Fred Lombard

Sous cette même atmosphère ensoleillée, The Strumbellas a soufflé un vent frais bienfaiteur. Pour leur première date en France, les Canadiens ont produit un set aux refrains entêtants dont les airs fédérateurs ont fièrement fait danser le public. Créateurs de mélodies accessibles et sifflotantes, le sextette ontarien créé une osmose douce et pétillante à coup d’hymnes pop-folk, riches de chœurs qui peuvent facilement emporter les corps et les esprits. Les titres se suivent ; de « Spirits » à « We Don’t Know », en passant par « Young and Wild ». Alignées sur le devant de la scène, les cinq voix de The Strumbellas portent le projet en harmonie. Cette jolie alchimie se retrouve dans les cordes, les claviers et la batterie qui s’unissent avec sensibilité, innocence et une douce âme conquérante. À la fois fougueux et enjoué, le band canadien aura marqué Rock en Seine de sa tendre effervescence libératrice.

The Strumbellas par Fred Lombard

Sur la scène de l’Industrie, Adrien Soleiman savoure sa programmation à Rock en Seine, lui qui, un an plus tôt, était venu acclamer son ami Émile Sornin, alias Forever Pavot, au même endroit. À quelques jours de la sortie de son premier album « Brille », le chanteur parisien à la voix caressante, installé derrière son clavier Rhodes, dévoile progressivement son jeu au caractère sibyllin. Sous un soleil brûlant, sa pop douce et romantique, aux contours lunaires, est introduite intelligemment par son premier single et porte-bonheur, « Rue des Étoiles ». La chaleur n’aidant certainement pas, la majeure partie des spectateurs aura opté pour l’ombre plutôt que le devant de la scène. Une manière de suivre, d’une oreille souvent distraite, cette prestation assurée entre chanson française et pop électronique, mais trop peu expansive. À revoir dans des conditions plus intimistes.

Adrien Soleiman par Fred Lombard

Corps à corps viril, Slaves a pris la scène Pression Live, comme on prend le ring ou les bas quartiers. Avec force et fracas, ils ne déçoivent pas pour ce grand moment punk très attendu du festival. Les deux Anglais livrent, dans une orchestration simple – une guitare et une batterie -, un combat hargneux et vital. Leurs morceaux se jouent au lance-pierre et à la sueur : toujours brefs et martelés. Le punk se redécouvre alors une vigueur urbaine, urgente et instinctive. Laurie Vincent et Isaac Holman sont venus vociférer leurs tubes nerveux, offrant ainsi une cacophonie rageuse à un public bouillant venu bière à la main. Le corps luisant du chanteur et batteur de Tunbridge Wells, dans le sud de l’Angleterre, a suffi pour provoquer quelques pogos, secouer les nuques et agiter les bras levés aux sons des diatribes antisystèmes d’« Are You Satisfied », nominé au Mercury Prize en 2015, et de son successeur, «Take Control », attendu le mois prochain.

Slaves par Fred Lombard

Nos retrouvailles avec Einleit sont on ne peut plus chaleureuses. En effet, arrivé sous la tente géante de la scène Île-de-France, la température grimpe encore de quelques beaux degrés supplémentaires. Loin de nous décourager, nous gagnons le devant de la scène et nous nous laissons instantanément posséder par les compositions obsédantes et ardentes du trio parisien. Emmené par le magnétique Jun Suzuki, à la présence captivante et à la voix de tête remarquable de justesse, le groupe dresse une œuvre épique, trempée dans la glace et la noirceur la plus vibrante. Marquée par des rythmiques électroniques incisives et décisives, Einleit impose son style très électronique avec force et impact. Vivement la sortie du premier album !

Einleit par Fred Lombard

Il fallait bien le set d’une formation culte pour que la première journée du festival soit parfaite. C’est la mission confiée à The Brian Jonestown Massacre, aussi connu pour sa discographie rock riche de seize albums studio que pour ses dérives extra-musicales. Le groupe mené par Anton Newcombe, guitariste aux rouflaquettes grisonnantes, discret sur le bord gauche de la scène, a réalisé un set mémorable d’une main de maître. Ce fut ainsi la messe psychédélique tant attendue, offerte à un public averti et évidemment conquis. Également l’occasion de renouer avec la gestuelle légèrement gauche de l’attachant Joel Gion, tambourine man mythique du groupe. Un des premiers grands temps forts de ce long week-end musical.

Brian Jonestown Massacre par Fred Lombard

C’est sur une Grande Scène habillée d’écrans magnétiques et où fusent des lumières travaillées que Two Door Cinema Club joue des vagues électro-pop tout aussi planantes que dansantes. Intensément rythmée par des jeux mélodiques aériens, la musique des Irlandais navigue sur des courants rapides et euphorisants de ses plus grands succès : « I Can Talk », « Something Good Can Work » et « Sleep Alone », entre autres. Les titres portés par le chant heureux d’Alex Trimble s’enchainent avec ce même élan, quitte à instaurer une routine malgré tout pêchue. En bref, un concert honnête et efficace, sans temps mort et ayant ramené aux souvenirs heureux de leurs débuts.

Two Door Cinema Club par Fred Lombard

Au son de trompettes dignes de Versailles, Royal Republic s’empare de la scène et la ferra sienne jusqu’à la fin du concert. Souverain en leur royaume, c’est à coup d’un rock’n’roll décoiffant plein d’entrain et d’humour que les quatre Suédois tiennent en haleine une foule frémissante et passionnée. Derrière leurs costumes de dandy se cache une musique qui fait l’effet de l’étincelle dans le champ de blé : incendiaire et ravageuse. L’énergique quatuor rock de Malmö, dans la veine dingue des Hives, sert un rock noble et frappé à coups de guitares démoniaques et de l’élégance d’Adam Grahn. Chic et agité, le concert est riche de toutes les nuances qu’il offre et de l’engagement total des musiciens dans un grand délire jouissif.

Royal Republic par Fred Lombard

L’heure est à la fête pour le passage de Breakbot venu défendre ici son deuxième album « Still Waters ». Entre hymnes disco pailletés et esthétique kitsch assumée, Thibault Berland n’a pas fait dans la demi-mesure sur la scène de l’Industrie en invitant des guitaristes funky, un couple de chanteurs échappés des eighties ; le tout sur une estrade aux marches équipées en néons flashy du plus bel effet. En soit, la meilleure application possible de la thématique Let’s Dance de cette édition de Rock en Seine, bien servie par les constructions instrumentales hyper accrocheuses délivrées par le producteur Yvelinois à l’image des très euphorisants « Get Lost » et autres « My Toy ».

Breakbot par Fred Lombard

L’an passé, nous avions découvert « Leviathan », album aux profondeurs abyssales et boucles infinies de Flavien Berger. Mais sur scène, exit les titres de dix minutes, le Parisien préfère l’enchaînement de plus courts fragments musicaux calibrés pour le festival. Seul à bidouiller ses machines sur la scène Pression Live, le musicien un brin décalé nous plonge dans l’océan de ses expérimentations électroniques conjuguant new-wave et chanson française. Entre deux explorations psychés et oniriques dans les fosses sous-marines, nous ne boudons pas notre plaisir de sortir un instant la tête de l’eau pour apprécier l’ambiance foraine du tubesque « Fête Noire », plein de nostalgie et de poésie. Nous retiendrons également de ce set joliment décousu, les transitions absurdes évoquant autant des lapins en gros titre de l’actualité, un laser rouge pointé sur lui depuis le public que des marronniers. Parfois difficile à suivre dans ses délires les plus poétiques, Flavien Berger est tout ce qu’il nous fallait pour clôturer cette riche journée du vendredi.

Flavien Berger par Fred Lombard


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