[LP] Robi – La Cavale

Qu’elle fascine cette grande dame vêtue de noir, au teint pâle et froid, aux lèvres couleur sang ! Geisha orientale, prêtresse imperturbable, Chloé Robineau revient hanter nos nuits les plus longues et les plus glaciales de sa voix brute et douce, dominante et séduisante à la fois.

Robi - La Cavale

« La Cavale », objet de toutes nos attentes et attentions, attise les sentiments tels des braises encore chaudes. Comme s’il suffisait d’un souffle pour faire repartir les flammes, pour embraser d’un amour intact chaque mot…

Un clavier, une basse, une voix, une boîte à rythmes, parfois une guitare ; Robi, c’est une histoire d’essence autant que d’essentiel. C’est la place à de vraies émotions, celles qu’on ne peut cacher derrière le superficiel. C’est redonner leur poids, leur présence à des instruments qui se laissent parfois oublier. C’est prendre le temps d’écouter chaque partition mise l’une à côté de l’autre. C’est ne pas trahir l’auditeur, ne pas feinter ses attentes. C’est traduire l’authentique.

On est fasciné, d’abord, par « L’éternité », single aimanté et physique, de ceux qui rebutent avant de nous capturer, de nous aspirer pour mieux nous manger, pour mieux nous engloutir. Ténébreuse, la voix troublante de Robi nous envahit lentement, alors que les notes diffuses de son clavier viennent nous posséder, alors que les battements déshumanisés de régularité des machines s’immiscent, alors que la basse installe la marche silencieuse. Vient ensuite le refrain, salvateur et vibrant, déclaration captative d’un amour tombé en ruines, auquel le temps n’a pas survécu.

Robi nous murmure ses émotions dures et frigides, comme des pics des glaces qui nous caressent les sens. Elle nous susurre à l’oreille ses mots chauds, comme un souffle, comme une lueur qui redonne espoir. Entre désillusion et maîtrise, Chloé Robineau soigne ses douleurs pour mieux réchapper aux succubes qui la hantent.
Avec une conviction épatante, la chanteuse et compositrice parisienne, auteure solitaire de ce second album, poursuit l’aventure enclenchée par « L’hiver et la joie », révélation pop noire mise en lumière deux années auparavant.

Il est question d’éclats dans la nuit, de lune et de feu qui réaniment, d’instincts et d’impalpables sensations aussi profondes qu’évidentes. Entre murmures possessifs (Devenir fou), ivresse nocturne et passagère (Nuit de fête), zone de (ré)confort (À cet endroit) et langueur sensuelle (À toi, Par ta bouche), « La Cavale » de Robi est semée d’embûches et de haltes frontales.

Robi installe une musique cryptique et écrasante sur une voix caverneuse, sinueuse, aux textes instantanément adultes, qui dans l’immatériel seraient devenus laves et dont les mélodies en noir et blanc déjouent les émotions désaturées. Pas de place pour l’étincelant ou le radieux ; il fait nuit noire en été, il neige des cendres au cœur de l’hiver dans les tableaux rongés et enténébrés de Robi.

crédit : Frank Loriou
crédit : Frank Loriou

« La Cavale » n’est pas une chevauchée au clair de lune ni une escapade paisible ; c’est une course sur un démon, celui de nos pensées, de nos histoires et de nos instincts.

« La Cavale » de Robi, sortie le 26 janvier 2014 chez Les Disques de Joie / At(h)ome.


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Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques